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Anarchisme

Dimanche 18 septembre 2011 7 18 /09 /Sep /2011 19:47

"La mesure n'est pas le contraire de la révolte. C'est la révolte qui est la mesure, qui l'ordonne, la défend, la recrée à travers l'histoire et ses désordres."
-> Albert Camus


"Vous croyez qu'il vous faut de la discipline... de la discipline... toujours de la discipline ! Mais c'est l'indiscipline qui est l'âme des combats du peuple... Ah ! bourgeois..."
-> Jules Vallès

Enregistrement d'une conférence donnée à une date non déterminée (il y a quelques dizaines d'années tout de même). Elle dure un peu plus de 18 minutes. On y cause philosophie, révolte, égalité, socialisme, liberté, révolution, etc...

 

Disponible à l'écoute en mp3, par là (le téléchargement prend juste quelques minutes) :

http://bit.ly/o99kAJ
ou
http://www.mediafire.com/?c5eg1jlwdk6108x

Par anars56 - Publié dans : Anarchisme - Communauté : Libertaires
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Mardi 23 août 2011 2 23 /08 /Août /2011 13:10

Charlie Bauer, militant anarcho-communiste, est décédé d'une crise cardiaque dimanche 7 août. Son verbe, sa verve révolutionnaires nous manqueront. Charlie Bauer qualifiait la prison comme "l'espace fasciste que s'autorise la démocratie" pour "écraser les individus" qui la dérangent, la remettent en cause ou la combattent. Nous l'avons justement invité à deux reprises pour des discussions sur l'enfermement et gardons le souvenir de sa venue au Forum Social Local de Vannes le 30 janvier 2010 puis le 11 mars 2010 à Lorient : l'homme comme le militant forçaient le respect et réveillaient les révoltes assoupies.
Charlie était également végétarien : la similitude de la prison et des élevages-abattoirs alimentaient aussi sa révolte et ses pratiques en conséquence.
Salut à toi !

 

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Communiqué des Relations extérieures de la FA :

Décès de Charlie Bauer, mort à la prison !

Charlie Bauer vient de s’éteindre. Pour tous les militants et toutes les militantes de la Fédération anarchiste, c’est une figure majeure du combat anticarcéral qui disparaît. Charlie a toujours répondu présent à toutes les demandes de participation à des réunions publiques que lui adressaient les groupes de notre organisation, jamais il ne comptait son temps, tant son rêve de connaître enfin une société d’ou seraient bannis tous les lieux d’enfermement lui tenait à coeur ; la Fédération anarchiste assure ses proches de sa profonde sympathie.

Fédération anarchiste, le 9 août 2011.

Par anars56 - Publié dans : Anarchisme - Communauté : Libertaires
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Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 12:49

Dans l'état actuel de confusion idéologique, il nous a semblé pertinent de publier cet article de Jean-Marc Raynaud, paru dans le Monde libertaire n°1092 (18-24 sept. 1997).

 

Révolution sociale et terrorisme

C'est une évidence, l'emploi systématique de la violence pour atteindre un but politique (c'est ainsi que le petit Robert définit le terrorisme) remonte à la nuit des temps et tous les tenants du pouvoir comme ceux aspirant à l'exercer y ont toujours eu recours.

Dans ces conditions, il est permis de se demander, vu que les terroristes de tous bords ne sont ni plus nombreux ni plus lamentables qu'hier, pourquoi le terrorisme, depuis maintenant plusieurs décennies, s'est mis, tel un spectre, à hanter le paysage politique occidental.


Le terrorisme, combien de divisions ?

Si on additionne les violences faites aux lieux et aux personnes par les forcenés de la Fraction armée rouge, des C.C.C., des commandos palestiniens, basques, corses, irlandais, intégristes islamistes... depuis vingt ans, force est de reconnaître, par delà le dégoût que provoquent les assassinats aveugles voire gratuits, qu'elles sont peu nombreuses et confinent au grotesque d'un point de vue militaire.

De cela les médias sont parfaitement au courant et l'empressement qu'ils mettent à conjuguer la moindre manifestation terroriste à tous les temps de l'ennemi public n° 1 pue largement de la gueule. Pourquoi en effet rendre compte des piqûres du moustique terroriste sur un monde aussi obsessionnel ? Pourquoi dans le même ordre d'idée faire preuve de tant de discrétion dès lors qu'il s'agit d'évoquer les motifs qui conduisent à l'impasse terroriste ? Pourquoi faire preuve de tant de complaisance à l'encontre des petits (Rainbow Warrior, bavures policières...) et des grands (Îles Malouines, la Grenade, l'ex-Yougoslavie, la guerre du Golfe...) terrorismes d'État ?

Ne s'agirait-il pas là, par delà l'appât du gain (le sang et l'abomination se vendent bien), de la participation des médias à la défense d'un système social tentant de masquer ses antagonismes de classe et l'intolérable d'aliénations en tout genre, sous les oripeaux d'un consensus mythique ?


Contrôle social et terrorisme

S'il est aisé de se persuader de l'insignifiance du terrorisme au plan militaire (quelques bombes et quelques plasticages n'ont jamais menacé sérieusement l'existence des États français, espagnols...), il est tout aussi aisé de se persuader du profit que le pouvoir ne cesse de tirer du terrorisme.

Sous couvert de lutte contre ce qui est présenté comme une menace majeure, l'État en profite en effet pour montrer ses muscles répressifs, ficher et contrôler tout ce qui n'est pas tout à fait dans la norme.

C'est bien évidemment de bonne guerre et il est permis de se demander pourquoi les terroristes participent avec tant de persévérance au renforcement de l'État. Mais peut-être que cet aspect des choses ne heurte pas fondamentalement leur être profond ?


Dérive d'une logique

De ce qui précède il ne faudrait bien sûr pas en conclure que ce sont les médias et l'État qui ont inventé le terrorisme. Le terrorisme, en effet, même s'il est instrumentalisé par les médias et par l'État, existe bel et bien. Il a toujours existé et s'est toujours vautré dans l'horreur.

Pour ce qu'il en est des terroristes religieux d'aujourd'hui, il n'est que de se rappeler la Saint Barthélémy, les croisades, les guerres de religion, la sainte inquisition... pour s'en persuader.

Pour ce qu'il en est des terroristes nationalistes, c'est du pareil au même. Israël, la France, la Grande-Bretagne, l'Espagne... et tous les États-nations se sont construits sur des monceaux de cadavres et des tombereaux d'abominations.

Pour ce qu'il en est des terroristes que l'on pourrait qualifier de politiques ou d'extrême gauche, c'est moins flagrant. Pour la plupart, ils ont en effet commencé par la lutte armée et ont rencontré ici et là un certain nombre de sympathies. D'où questions en rafales. La lutte armée conduit-elle inexorablement au terrorisme ? Ou bien peut-elle l'éviter, et de quelle manière ?


Lutte armée et révolution

À leurs débuts, l'option choisie par les Brigades rouges, la R.A.F., les autonomes à la mode P 38 ou A.D. s'intégrait relativement bien dans le schéma gauchiste de la révolution et de la lutte armée. Les groupes en effet s'inscrivaient clairement dans une stratégie de radicalisation de la lutte des classes au niveau national ou international. La décision qu'ils avaient prise d'affronter la bourgeoisie les armes à la main se voulait un prolongement de la guerre de classes se déroulant quotidiennement sur le terrain économique et social. Un moyen supplémentaire permettant, en dopant la répression, de mettre à nu «l'âme noire» des démocraties occidentales, de placer les masses en situation de percevoir la vraie nature du système, de dynamiser leur «instinct de classe», et de précipiter le choc frontal final entre exploités et exploiteurs. Un coup de pouce en forme d'accélération du processus historique, donc.

Dans cette optique, leurs choix stratégiques avaient une dimension politico-militaire évidente avec prééminence du politique sur le militaire. La R.A.F. en visant les centres militaires de l'O.T.A.N. en Allemagne cherchait à apporter un soutien concret à un Vietnam écrasé sous les bombes américaines. Les Brigades rouges, fortes des vagues déferlantes de l'après 68 avaient pour ambition de déborder le P.C.I. et de se substituer à lui et elles avaient, de ce fait, choisi d'évoluer principalement dans l'espace de la production, au cœur même des usines. Les autonomes italiens et français avaient opté pour l'immersion tous azimuts dans un mouvement social traversé par l'émergence des travailleurs précaires et la montée en puissance de pratiques d'action directe du genre squats et auto-réductions...

Bref, à l'origine les uns et les autres ne différaient pas fondamentalement de leurs petits camarades du gauchisme ordinaire. Simplement, ils se voulaient plus radicaux parce qu'ils estimaient que le moment historique était favorable à une radicalisation de la lutte des classes.


Recherche boussole désespérément

Quand au cours des années 70, un certain nombre de militants choisirent d'appuyer sur l'accélérateur de la lutte armée, c'était l'époque de la guerre du Vietnam, des luttes de libération nationale fixées à l'héroïne guévariste, du nouveau mouvement social à la mode des grandes luttes de l'après 68... et donc en apparence, d'une montée des luttes et d'une offensive des exploités et des opprimés.

Hélas ! trois fois hélas ! si période offensive il y avait, il ne s'agissait que d'une fin de période et très vite le reflux allait succéder au flux. Après avoir suscité l'enthousiasme, les «modèles» vietnamiens, castristes ou maoïstes descendirent très vite les marches au hit parade de l'espoir. La rage de changer la vie qui caractérisait l'après 68 fit place à l'obscure obsession de la survie... Et chaque jour qui passait rendait un peu plus irréaliste la possibilité de pousser plus avant une vague qui avait irrésistiblement commencé à refluer.

Dès lors, la lutte armée comme aiguillon d'un processus révolutionnaire s'avérait chaque jour un peu plus «anachronique» et ceux qui allaient s'entêter dans cette voie étaient condamnés à s'isoler toujours davantage du mouvement social, à s'enfermer toujours un peu plus dans la logique d'une surenchère suicidaire, et à disjoncter purement et simplement dans les corridors glacés d'une clandestinité sanguinaire.

Tel est le sens profond de l'histoire de la lutte armée «révolutionnaire» de ces vingt dernières années et de la dérive terroriste militariste et sanguinaire de ceux qui s'y sont adonnés. Mais ne s'agissait-il vraiment que d'une dérive ?


Violence et morale

Qu'il s'agisse de Marx, Lénine, Mao ou de nos guérilleros urbains de cette fin du XXe siècle, tous ou presque analysent la violence en des termes identiques.

D'une part ils la considèrent comme un élément nécessaire à la rupture avec un système social basé sur la violence. D'autre part, ils refusent de se positionner par rapport à elle d'une manière abstraite, générale, éthique ou morale.

C'est ainsi que Trotsky, droit dans ses bottes comme à son habitude, en arrivait à justifier les prises d'otages, leur exécution... et bien sûr la militarisation du travail. Sur de telles bases, la frontière séparant la lutte armée du terrorisme aveugle se franchit sans problème.


Avant garde, révolution, prise du pouvoir

Le gauchisme dont étaient issus les B.R., la R.A.F., A.D... a toujours, en théorie, subordonné le militaire au politique. Mais en pratique cela s'avère difficilement réalisable et conduit, comme l'avait déjà compris un certain Régis Debray, à des erreurs militaires mortelles. Aussi, c'est très vite à la notion de parti combattant (c'est-à-dire de prééminence du militaire) que l'on est arrivé. Et là encore, sur de telles bases, le franchissement de la frontière est aisé.

L'avant-gardisme, d'un point de vue général, repose sur deux postulats. Celui de l'impuissance des masses à dépasser spontanément une prise de conscience syndicaliste réformiste. Et celui de l'aptitude d'une minorité (capable d'analyser «scientifiquement» l'histoire) à «guider» les masses vers une prise de conscience plus élevée. On sait bien sûr ce qu'il en advient toujours de l'avant-gardisme.

L'objectif de toute avant-garde est de prendre le pouvoir. Heureusement, elles y réussissent rarement et quand elles se trompent sur l'analyse d'une situation, vu qu'une avant-garde «scientifique» ne peut pas se tromper, elles ont beaucoup de mal à changer de cap. Les B.R., comme l'E.T.A., sont des caricatures dans le genre.


L'enfer, c'est les autres

Au sein du mouvement libertaire, il n'est pas rare de mettre dans le même sac le terrorisme d'État des assoiffés de pouvoir qui ont gagné et le terrorisme, pitoyablement de faits divers, d'un gauchisme qui perd. Et de mettre en avant leur même rapport amoral à la violence, leur même appréhension des rapports entre politique et militaire et leur même logique avant-gardiste.

Pour s'être maintes fois confronté à la lutte armée et pour ne s'être jamais fourvoyé dans le terrorisme aveugle (à l'évidence grâce à son éthique et à son refus de l'avant-gardisme), l'anarchisme social est tout à fait fondé à dire cela.

Reste que cela n'explique en rien le pourquoi de l'amoralisme et de l'avant-gardisme.

Tous les avant-gardistes mettent en avant de la scène historique un sujet central. Pour Marx, Lénine... c'est le prolétariat. Pour Mao, c'est le prolétariat mais comme grand frère de la paysannerie pauvre. Pour l'Autonomie ouvrière, c'est la jeunesse ouvrière de la précarité, des squats...

Tous ces sujets historiques centraux sont caractérisés par leur positionnement dans l'espace de la production et relèvent d'une vision «économiste» de la lutte des classes.


L'autonomie du politique

Si on prend pour établi que l'aliénation générée par le système capitaliste est d'essence sociale et donc globale, toute conception de la révolution centrée sur l'économique ou sur tel ou tel autre aspect de l'aliénation débouche immanquablement sur une hiérarchisation de l'espace-temps du changement avec des fronts de lutte principaux et secondaires, et des projets historiques centraux et périphériques.

Sur de telles bases, qui sont celles du parcellaire et des hiérarchies, le politique s'impose très vite comme substitut de la globalité sociale.

Là, dans cette autonomie du politique, par rapport au social, se situe clairement l'une des explications essentielles de toutes les logiques avant-gardistes, et pour éviter la dérive terroriste comme pour rendre à la révolution sociale ses habits d'espoir, c'est peu dire qu'il convient de s'en préserver. On en reparle ?

 

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On lira en complement avec intérêt la position de l'Internationale des fédérations anarchistes (IFA) sur le terrorisme, adoptée lors de son congrès de... 1978 : http://www.federation-anarchiste.org/spip.php?article116

Par anars56 - Publié dans : Anarchisme - Communauté : Libertaires
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Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 20:54

Ils font la fête au mois de juillet,

en souv'nir d'une révolution,

qui n'a jamais éliminé

la misère et l'exploitation,

ils s'abreuvent de bals populaires,

d'feux d'artifice et de flonflons,

ils pensent oublier dans la bière

qu'ils sont gouvernés comme des pions.

 

Renaud : Hexagone

 

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Par anars56 - Publié dans : Anarchisme - Communauté : Pour la grève générale !
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Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 19:39


Les modes de prise de décision sont un élément particulièrement important du fonctionnement d’un groupe politique. Ils sont en effet révélateurs des relations que les individus entretiennent entre eux et de la place qu’occupe chaque individu par rapport au collectif. Faire un vote à la majorité ou adopter une position de façon consensuelle sont des procédures liées à des styles politiques et des motivations très différents.

Majorité et consensus

La prise de décision par un vote à la majorité est un trait bien connu dans les démocraties représentatives. Elle allie efficacité et rapidité en organisant la domination de la majorité sur la minorité. Elle permet par conséquent de trancher entre des options prédéfinies et de permettre la mise en place de gouvernements stables. Le vote à la majorité est donc particulièrement adapté à un système inégalitaire (divisé entre les dirigeants et la base), mais pluraliste, c'est-à-dire dans lequel plusieurs personnes (et pas un dictateur) doivent faire un choix entre différentes solutions possibles.

La délibération collective et la prise de décision au consensus sont particulièrement présentes dans la mouvance libertaire, mais la dépassent aussi largement. Elles peuvent d’abord être liées à une culture individualiste (et non pas égoïste), c'est-à-dire qui met en avant l’irréductible singularité de chaque être : elles sont alors le fruit d’une volonté d’expression et d’autonomie personnelle. Assurer que chacun-e participe à la décision et est en mesure de faire entendre sa position permet à tou-te-s de sauvegarder l’intégrité de leur personne et de ne pas abdiquer leur volonté propre au profit de celle des autres ou d’un leader. Certains groupes peuvent donc favoriser l’horizontalité et l’inclusivité (pas de chefs, participation de tou-te-s) dans le but essentiel de respecter l’individualité de chacun. Mais ce principe individualiste de base peut également être imprégné de considérations plus directement et plus consciemment politiques : l’horizontalité et la recherche du consensus naissent alors également d’un rejet de l’autoritarisme, d’une volonté de faire en sorte que personne ne puisse imposer à quiconque sa décision, et donc de favoriser l’égalité et l’autogestion. Individualisme et égalitarisme sont intimement liés, mais ce n’est sans doute que quand les positions individualistes parviennent à faire naître une conscience égalitariste – ou anarchiste – que la notion de consensus acquiert toute sa dimension et son efficacité.

De la nouvelle gauche à l’altermondialisme

La prise de décision au consensus n’est pas un fait historique récent, une nouvelle forme de dépassement de la démocratie majoritaire ; c’est un courant ancien qui a pour ainsi dire toujours existé parallèlement à d’autres modes de concertation. On peut le retrouver dans certaines sociétés dites « primitives », et il a été adopté par la secte protestante des quakers depuis le XVIIe siècle. Pour ne retenir que des groupements politiques récents ayant opté pour la prise de décision au consensus, on peut évoquer d’abord les mouvements de la nouvelle gauche étudiante aux États-Unis dans les années 1960, ainsi que le mouvement des droits civiques. Ces mouvements fédéraient de petits groupes locaux fonctionnant au consensus, mais sans que des règles spécifiques et définitives soient fixées en la matière. Si le consensus était alors pensé comme un instrument d’émancipation individuelle, il constituait davantage une pratique spontanée qu’une procédure institutionnalisée. C’est peut-être ce qui le rendait imparfait et qui a conduit de nombreuses femmes à créer leurs propres groupes en réaction au sexisme qui existait dans les collectifs prétendument égalitaires de la nouvelle gauche. C’est donc dans le mouvement féministe de la fin des années 1960 que les modes d’organisation et de prise de décision ont commencé à devenir un aspect central. Ce qui ne signifie pas pour autant que le système est alors devenu parfait. De nombreuses désillusions et frustrations sont nées des défauts et difficultés liés à la prise de décision au consensus, qui exige à la fois responsabilité et conscience politique de la part des participant-e-s. Mais c’est sur la base de ces expériences féministes que les mouvements suivants ont construit leur organisation. Beaucoup des mouvements écologistes qui se sont développés dans les années 1970 en Europe et aux États-Unis ont repris et essayé d’améliorer ce fonctionnement égalitaire et consensuel, en s’inspirant notamment des expériences anarchistes espagnoles et sud-américaines des grupos de afinidad (groupes d’affinité). Cette expérience accumulée s’est retrouvée dans les mouvements radicaux des années 1980 et 1990, et s’est véritablement diffusée à grande échelle avec l’émergence d’une nébuleuse altermondialiste dans le sillage des premiers soulèvements zapatistes (1994). À partir de la fin des années 1990 et du début des années 2000, ce sont des réseaux militants altermondialistes comme l’Action mondiale des peuples ou le Direct Action Network américain qui ont peut-être le mieux représenté le fonctionnement au consensus. Nourri dans les mobilisations transnationales, celui-ci s’est aussi largement diffusé, au point qu’on peut maintenant le retrouver dans des groupes locaux n’ayant jamais participé à un contre-sommet international. C’est toutefois souvent la proximité avec la nébuleuse altermondialiste qui permet de rendre compte des pratiques organisationnelles adoptées. Ainsi, bien qu’ils fonctionnent formellement sur les mêmes principes et valeurs, on constate d’importantes différences entre certaines organisations anarchistes classiques, relativement peu investies dans les réseaux altermondialistes, et les groupes d’activistes directement impliqués dans la protestation transnationale. Car il y a plusieurs façons de pratiquer la prise de décision égalitaire et consensuelle.

Des idéaux aux processus

Un mouvement comme le Direct Action Network, même s’il ne s’est pas construit à l’origine sur une adhésion aux théories anarchistes et si ses membres ne sont pas nécessairement des grands lecteurs de Proudhon, Bakounine et consorts, se définit largement comme anarchiste en raison de son attachement aux principes égalitaires et autogestionnaires. Mais le fonctionnement d’un tel réseau est finalement assez différent de celui d’une organisation comme la Fédération anarchiste, par exemple. On peut évidemment évoquer la structure réticulaire plutôt que fédérale du premier, mais c’est aussi et peut-être surtout la façon dont les décisions sont collectivement élaborées et prises qui différencie les deux collectifs. Si l’un et l’autre font preuve du même rejet de la prise de décision à la majorité (simple) comme essentiellement oppressive, car négatrice de l’égalité des individus et de leur autonomie, ils ne lui opposent pas exactement le même modèle.

Sans doute faut-il évoquer en premier lieu une différence de vocabulaire : alors que les altermondialistes parlent de consensus, les anarchistes organisés évoquent plus souvent la notion d’unanimité. En pratique, les deux termes peuvent être parfaitement synonymes, dans la mesure où l’idée est dans chacun des cas qu’une décision doit être approuvée par tous les membres du collectif. Mais en pratique, on constate souvent que la notion d’unanimité se focalise davantage sur la prise de décision elle-même alors que celle de consensus intègre d’abord l’idée d’un processus délibératif.

Le consensus, tel qu’il a été conceptualisé par de nombreux groupes radicaux d’inspiration libertaire, issus de la nébuleuse altermondialiste, est un processus, une façon de se comporter les uns vis-à-vis des autres qui met l’accent sur le respect mutuel et la créativité. C’est une façon de faire qui cherche à assurer que personne ne puisse imposer sa volonté à d’autres et que toutes les opinions soient entendues. Ce processus se veut donc égalitaire et anti-autoritaire. Il vise à la fois à préfigurer une société future dépourvue de domination et à agir aujourd’hui en cohérence avec ses idéaux. Mais ce qui fait sa particularité, c’est que les positions personnelles sont supposées évoluer avec la délibération. Elles ne sont donc pas considérées comme figées. Le but du processus délibératif est de trouver un terrain commun dans la diversité des positions. Il faut par conséquent chercher ce qu’il y a de bon et d’intéressant dans les arguments des autres plutôt que d’essayer de les réfuter en montrant leurs mauvais côtés. Le consensus n’est donc pas un compromis ou la recherche du plus petit dénominateur commun, mais une quête de créativité, une recherche de solutions qui puissent satisfaire tout le monde. Cela peut impliquer d’abandonner purement et simplement les propositions initiales au profit d’une nouvelle position qui tienne compte des aspirations et des objections de chacun-e. L’important, au final, est que chaque participant-e ait le sentiment que son point de vue a été entendu et pris en compte.

Le concept d’unanimité quant à lui ne suppose pas nécessairement ce processus délibératif préalable ; il repose sur l’adhésion générale aux propositions en débat, qui sont adoptées s’il n’y a pas d’opposition. Bien sûr, si des objections se manifestent, les propositions peuvent être reformulées afin d’en tenir compte. Dans ce cas, on se rapproche alors formellement d’un processus délibératif, et donc du consensus. Le risque, si l’on s’en tient à une prise de décision à l’unanimité sans travailler véritablement sur la construction préalable de positions consensuelles, est de voir plus fréquemment émerger des oppositions et donc d’éventuels blocages de l’organisation.

Procédures formelles et styles organisationnels

Pour pallier ce risque, les partisan-e-s du consensus ont élaboré tout un ensemble de procédures formelles visant à améliorer la qualité de la délibération. Il s’agit alors de procéder par étapes et de se doter de techniques destinées à faciliter l’émergence de positions consensuelles. Cela consiste notamment à présenter et à expliciter longuement les options initialement proposées, avant de recueillir les objections et d’adopter des amendements ou de formuler de nouvelles propositions. Pour permettre un débat serein et efficace, différents outils sont disponibles. On peut citer en premier lieu la désignation d’un-e ou deux animodérateur/trice(s), chargé-e(s) notamment de noter les différentes propositions et objections, de les synthétiser et de reformuler les propositions. L’animodérateur/trice s’assure également de la libre participation de tous au débat et tient donc la liste des tours de parole. En effet, ce mode de délibération suppose que chacun demande formellement la parole afin d’éviter le plus possible que quelques-un-e-s ne la monopolisent. Cela suppose à la fois d’attendre son tour pour parler, et de ne pas interrompre celui/celle qui parle. Dans certains groupes, afin de favoriser l’expression des plus discret-e-s ou timides (ou, pour le dire plus brutalement, des plus dominé-e-s), on donne la priorité à celles et ceux qui ne se sont pas exprimé-e-s depuis longtemps. On peut également recourir aux signes de la main qui rendent les débats plus fluides : ils permettent à celles et ceux qui ne sont pas en train de parler d’exprimer leur adhésion ou leur circonspection par rapport à ce qui est dit sans interrompre l’orateur/trice, ou encore d’intervenir directement dans le débat pour apporter une précision technique indispensable sans devoir attendre longuement son tour de parole. Enfin, il est possible de procéder à un ou plusieurs « tour(s) de table » qui permet(tent) de recueillir toutes les opinions en donnant à chacun-e l’occasion de s’exprimer sur la question, de façon posée, sans avoir à demander préalablement la parole. Bien d’autres techniques encore peuvent être utilisées, en fonction des habitudes et de la composition des groupes.

À travers ces exemples, on voit à quel point l’élaboration égalitaire et inclusive d’une décision collective suppose efforts et procédures spécifiques pour être optimale. L’objectif est bien sûr d’empêcher autant que possible que quelques individus ne s’imposent dans les débats pour imposer leur volonté. Pourtant, certain-e-s militant-e-s (et notamment des individus se revendiquant de l’anarchisme) rejettent parfois les tours de parole au motif qu’ils constitueraient une atteinte à la liberté d’expression personnelle et au principe d’autogestion. Cela traduit toutefois une méconnaissance ou une négation du fonctionnement de la domination sociale, qui ne réside pas dans le fait de fixer des règles de prise de parole, mais bien dans celui de laisser les plus à l’aise à l’oral et les plus déterminé-e-s monopoliser les débats.

Il n’est pas nécessaire de multiplier les procédures formelles pour assurer l’égalité de tous. Toutefois, les différents outils facilitent les débats et constituent des garde-fous contre les tentations autoritaires ou les solutions de facilité qui font préférer la rapidité des procédures à la qualité des échanges. Les fonctionnements dépendent de chaque groupe, de son histoire, sa composition et donc de sa culture. Les organisations d’inspiration libertaire les plus récentes tendent à se conformer davantage au modèle du consensus, et cela d’autant plus si elles ont participé à des mobilisations altermondialistes. Et une même organisation peut recourir à différents systèmes. Ainsi, les groupes fédérés peuvent reposer sur le consensus, avec éventuellement un recours à des procédures formelles, tandis qu’au niveau fédéral, et notamment en congrès, c’est une version plus simple de décision à l’unanimité (dans le cas de la Fédération anarchiste) ou à la majorité renforcée (dans le cas d’Alternative libertaire, par exemple) qui s’impose.

De la difficulté de prendre collectivement des décisions

Les limites et problèmes de la prise de décision à la majorité simple ne sont plus à démontrer. Cette pratique implique en effet la domination de la majorité sur une minorité qui peut être numériquement importante. Les procédures à la majorité renforcée (2/3 ou plus, par exemple) entraînent, dans une moindre mesure, le même type de problèmes, mais jouissent aussi du même avantage : ils permettent une prise de décision relativement rapide et évitent les blocages liés aux oppositions. C’est l’efficacité qui est privilégiée, au détriment du principe d’égalité et de respect de l’autonomie individuelle.

Il n’y a pas de consensus sans possibilité pour un individu de bloquer une décision. Mais cette possibilité est censée garantir la prise en compte de toutes les opinions plutôt que d’offrir à un-e seul-e le pouvoir d’empêcher le collectif d’agir. Une opposition ne doit pas être formulée à la légère : elle est théoriquement supposée empêcher une action qui serait néfaste pour le groupe ou contraire à ses principes et ne doit pas représenter un moyen pour une seule personne d’exercer un pouvoir sur le groupe. Cela implique que les participant-e-s à la prise de décision partagent une conception commune du groupe et de ses valeurs, faute de quoi les accords sont difficiles à conclure. Dans ce cas, les désaccords aboutissent soit à un blocage, soit à une scission.

Une délibération de qualité, accompagnée de procédures formelles, doit normalement faciliter le consensus, mais cela implique à la fois de longues discussions et un accord au moins tacite des participant-e-s sur les buts à atteindre et les moyens légitimes pour les atteindre. Par conséquent, le consensus est relativement difficile à obtenir, quelle que soit la taille de l’organisation. Il suppose fréquemment une homogénéité culturelle et sociale (blancs de classe moyenne, socialisés dans le même type d’organisations et d’actions) que les militant-e-s ne reconnaissent pas toujours. Se pose alors la question de la viabilité du projet et des pratiques anarchistes à une grande échelle et dans une population diversifiée socialement et culturellement. Pour être possible, la recherche de consensus requiert donc probablement un certain degré d’éducation aux principes égalitaires et donc d’homogénéisation de cette population.

Refuser le pouvoir et la domination et choisir de s’organiser de façon égalitaire sont des défis. Ils impliquent du temps et des efforts spécifiques, pour surmonter une habitude acquise dans les démocraties à trancher les débats à la majorité. Sans doute même impliquent-ils plus de vigilance qu’il n’est souvent de mise dans les organisations anarchistes. Car prendre des décisions à l’unanimité ne signifie pas nécessairement que la voix de chacun-e a été entendue. Il faut en effet prendre garde à ce que l’absence d’opposition ne cache pas la domination des plus charismatiques sur celles et ceux qui s’estiment moins légitimes à exprimer leur point de vue. Pour ce faire, des procédures formelles existent, qui enlèvent de la spontanéité aux débats, mais garantissent leur inclusivité. Reste à avoir conscience que l’égalité formelle n’empêche pas toujours l’émergence de leaderships informels, qui doivent faire l’objet d’une vigilance de tous les instants.

in Le Monde libertaire n°1640 (16-22 juin 2011)

http://www.monde-libertaire.fr/debats/14690-lanarchisme-en-pratiques-egalite-et-anti-autoritarisme-dans-les-prises-de-decision

Par anars56 - Publié dans : Anarchisme - Communauté : Libertaires
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Pour nous rencontrer : le 1er lundi de chaque mois, nous tenons une permanence de 18h15 à 20h15 à la maison des associations, 6 rue de la Tannerie, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été.

Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire Lochu - Ferrer ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

Toutes les infos et tous les rendez-vous liés à la lutte contre l'aéroport de NDDLandes (44) et au soutien de la ZAD sont sur https://zad.nadir.org/?lang=fr
 

Prochain RDV organisé par le groupe Lochu : Vendredi 7 juin - Vannes - Face à l'austérité : les résistances sociales et alternatives autogérées en Grèce peuvent-elles nous inspirer en France ? Rencontre débat avec Yannis Youlountas, réalisateur de documentaires, chroniqueur à Siné Mensuel et écrivain sur la situation sociale en Grèce.



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Mercredi 15 mai - Vannes - Débat "Impact des armes nucléaires sur l'être humain" (diaporama), dont le missile M51, organisé par la section morbihannaise du Mouvement de la Paix  - 20h30 - L’éloge de la lenteur (16 rue Chateaubriant)


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Jeudi 16 mai - Locmiquélic (56) - Café repaire "Impact des armes nucléaires sur l'être humain" (diaporama), dont le missile M51,organisé par la section morbihannaise du Mouvement de la Paix - 20h15 - Chez Mamm Kounfil


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Vendredi 17 mai - Redon (35) - Syndicalisme et émancipation humaine. Projection du film: "Histoire de la grêve générale" puis échange avec des militants FA et syndicalistes. Quel pourrait être le rôle du syndicalisme aujourd'hui ? Comment redonner de la force aux travailleurs ? - Centre social, rue Guy Pabois - 20h. Organisé par la liaison Géronimo (FA Redon)


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Vendredi 17 mai - Augan (56) - 21h Café discussion "Réseau d'échanges... et de ressources en milieu rural" avec l'association La Marmite (56) et la Confédération Paysanne 56 - Café coopératif le Champ commun


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Samedi 18 mai - Vannes - Dans le cadre de la semaine mondiale pour l'abolition de la viande, action barquette de 11h à 12h, sur l'esplanade du port - Organisée par NEA (Non à l'exploitation des animaux)


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Mardi 21 mai - Augan (56) - 19h30 Soirée d'information sur un projet de lieu agri-culturel (production de plantes aromatiques et médicinales bio et café-librairie à la ferme) à Sixt-sur-Aff (35) par l'association Micamot - Café coopératif le Champ commun


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Jeudi 23 mai - Rochefort-en-Terre (56) - 20h30 Soirée d'information sur un projet de lieu agri-culturel (production de plantes aromatiques et médicinales bio et café-librairie à la ferme) à Sixt-sur-Aff (35) par l'association Micamot - Café associatif de la Pente


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Concerts

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