Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 09:41

    Les « affaires politico-sexuelles » sont devenues une des banalités médiatiques françaises les plus répandues ces dernières semaines. Les révélations s'enchaînent les unes après les autres. Qu'elles concernent DSK, G. Tron ou un « ancien ministre », elles illustrent toutes ce que certains souhaitent dissimuler : elles cristallisent toutes le pouvoir des hommes et l'oppression sexuelle subie par les femmes. En France, chaque année plus de 12 000 femmes sont violées sur leur lieu de travail (soit 4,7% du nombre total de viols).

On peut alors se réjouir que des politiciens agresseurs soient acculés à devoir rendre des comptes. C'est là une victoire indéniable contre la loi du silence de l'idéologie masculine. Celle-ci veut nous imposer l'idée que le charmeur français maîtrise le juste dosage entre la séduction et l'agression, entre la sexualité et le pouvoir, et qu'il n'a pas besoin d'un puritanisme pudibond venu d'outre-atlantique. Seulement voilà : l'idée craquèle. Le charmeur est rattrapé par la réalité : les comportements du gentleman charmeur, qui plus est français de souche, ne conviennent pas aux violentées.

On peut certes se réjouir. Cependant, ces agresseurs ont à leur disposition des moyens colossaux pour se protéger : capital culturel, juridique et financier, qui ont aussi à voir avec leur qualité de détenteur de prostate. Et, au-delà des divers capitaux, souvent totalement disproportionnés en comparaison avec ceux des plaignantes, nos accusés bénéficient en plus d'une protection rapprochée : la solidarité masculine, avec son cortège de chiens de garde. C'est cette solidarité masculine qu'on voit actuellement se déployer en un déferlement réactionnaire, aussi bien verbal que vestimentaire. Aveuglés par leur phallocentrisme, nombreux sont en effet ceux qui affichent une posture intellectuelle certes incohérente mais pourtant socialement puissante et dévastatrice : une dose d'empathie sélective (ignorant l'agressée) faite de sexisme (au profit de l'agresseur). Les féministes y répondent énergiquement depuis des semaines. Les propos réactionnaires sont décryptés et dénoncés par les associations, les militantes et diverses personnalités : l'AVFT, les TumulTueuses, Mona Chollet, Clémentine Autain, etc. Manifestations, déclarations publiques et articles se succèdent. Conséquences : les témoignages de violences non-portés devant la justice affluent sans discontinuité dans les commentaires laissés sur certains sites. Même constat auprès du Collectif Féministe Contre le Viol qui enregistre une hausse de 20% d'appels supplémentaires depuis le début de l'affaire DSK. Autant d'éléments qui viennent illustrer et combattre le caractère généralisé du mépris des hommes et de leurs bobards.

(illustration : Coco)

 

 

Une régularité historique du Pays-des-droits-de-l'homme !


Le langage de la solidarité masculine est connu : quand il ne discrédite pas les victimes, il minimise l'agression, quitte à la balayer tout simplement. Là où il y a eu contrainte, violence, oppression et exploitation, il y aurait eu un simple rapport sexuel, une malheureuse pulsion masculine, un consentement réciproque, un accord tacite entre égaux ou un troussage de domestique. Rappelons nous le traitement d'anciennes affaires : le témoignage d'un Daniel Cohn-Bendit sexualisant les enfants dont il avait la garde par exemple. Rappelons nous le scandale d'un Frédéric Mitterrand, et aussi celui de l'odieuse complicité autour de Roman Polanski. Du recours à l'idée de nature jusqu'à la défense d'un libéralisme sexuel, tout est bon pour protéger l'agresseur, y compris l'invocation déplacée de ses créations artistiques et politiques.

Ces affaires amènent différents constats : les clivages politiques n'ont aucune pertinence quant aux violences commises. L'orientation sexuelle n'enlève pas les rapports de domination et d'exploitation. Les politiciens sont des agresseurs potentiels comme les autres. Et enfin, les agresseurs sont des hommes. S'évertuer à déjouer de supposées intrigues politiciennes faites de complot et de piège s'avère un détournement humiliant de la parole des plaignantes et un diagnostic pour le moins douteux des actes masculins exercés quotidiennement.

L'essayiste John Stoltenberg résume bien le nœud du problème : « Quand les hommes sont appelés à rendre des comptes de ce qu'ils font aux femmes dans leur vie - un événement qui se produit assez rarement -, leurs œillères, leur négligence des conséquences, leur égoïsme et leur obstination sont autant de facteurs qui ont tendance à excuser plutôt qu'à aggraver leurs plus horribles fautes interpersonnelles. Mais quand ce quelqu’un est une femme, elle est traitée de façon très différente. On attend d’elle de l’hésitation, des remords, de l’incertitude sur la rectitude de ce qu’elle fait, et ce même lorsqu’elle fait le bien. (...) Et lorsqu’on lui demande des comptes – ce qui arrive relativement souvent – non seulement n’a-t-elle jamais d’excuse, mais l’absence d’une pusillanimité féminine de convention peut servir à la blâmer encore plus. »1 C'est cette tache intellectuelle et pratique qu'il nous incombe de laver.

Aussi, face à de telles affaires amenées à se renouveler, les hommes ont sans aucun doute mieux à faire que de hurler avec les loups. Pour l'heure - et depuis fort longtemps - les hommes devraient d'une part se questionner quant à leurs propres pratiques (sexuelle, langagière, etc) et d'autre part trahir leur classe de sexe. A savoir : écouter, apprendre et être solidaire des féministes, reconnaître ses propres responsabilités, ne pas reproduire d'actes oppressifs, et enfin aider matériellement (financièrement, moralement,...) les victimes et les associations qui les soutiennent, si elles le souhaitent.

 

Yeun

 

1 Refuser d'être un homme. En cours de traduction.

Partager cet article

Repost 0
Published by anars56 - dans Anti patriarcat
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de anars 56
  • Le blog de anars 56
  • : Le blog du groupe libertaire René Lochu (Vannes)
  • Contact

Pour nous contacter, ne pas passer par la page "contact" du blog. Ecrire à : groupe.lochu(a)riseup.net

Vous pouvez aussi vous abonner à la feuille d'infos "Anars 56" (par mail, en texte brut, deux ou trois fois par mois).
Il suffit de nous le demander par mail à l'adresse ci-dessus.

Pour nous rencontrer : le 1er lundi de chaque mois, nous tenons une permanence de 19h15 à 21h00 à la maison des associations, 31 rue Guillaume Le Bartz, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été. Pas de permanence lundi 2 octobre 2017.

 

Depuis quelques temps, des publicités intempestives (et insupportables par définition) apparaissent sur le blog, sans qu'on ait moyen de les empêcher. Nous vous recommandons de télécharger un bloqueur de publicités qui les neutralisera.

Recherche

Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.
 
Notre prochaine soirée publique :
 
 
 

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Tout novembre (du 1er au 30 !) - Le mois du documentaire 2017, 17ème édition. 113 séances en Bretagne

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Jeudi 2 novembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "La question démographique et ses implications politiques", avec Jean-Pierre Tertrais, par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Vendredi 10 novembre - Vannes - Soirée débat du groupe Lochu. Nous accueillons Alain Leduc pour son ouvrage "Octave Mirbeau, le gentleman-vitrioleur"

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Jeudi 7 décembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "Migrants. Témoignage de sympathisants sur leur expérience à Calais en soutien à la lutte des migrants", par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Concerts

Autres événements