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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 09:53

 

(Illustration : Coco)

dessin-coco-hosto.png

 

 

 

 

« [une]vie politisée devrait aiguiser

aussi bien les sens que la mémoire. »

Adrienne Rich

 

La Sécurité sociale française concède aux employeurs de révoltantes exonérations de cotisations, d'où un déficit croissant. En 2008, les employeurs ont été ainsi exonérés de 28,8 milliards d'euros. Principalement pour les emplois précaires que l'Etat valide et banalise par la même occasion.

Le démantèlement du service public hospitalier participe de ce même mouvement libéral et il s'effectue de 2 manières. La 1ere, qu'on connait bien, consiste à grignoter régulièrement les acquis sociaux. Il s'agit de faire payer toujours davantage le public. Par exemple : un décret récent augmente la franchise hospitalière (frais « modérateur ») de 6 euros. Ce qui signifie une économie de 500 millions faite sur le dos des hospitalisé-e-s !

Cette dernière initiative fait suite : au déremboursement de nombreux médicaments, à la hausse du tarif des généralistes, à la restriction de la prise en charge des affections longue durée, etc, etc. Les priorités du gouvernement français s'avèrent bien loin d'une considération pour les 5 millions de personnes qui ne peuvent plus se payer de mutuelle et les 9 millions qui se privent de soins pour raison financière !

La 2ème manière de démanteler le service public hospitalier consiste pour le gouvernement à se désengager progressivement, avec des restrictions budgétaires et une privatisation accrue de certains services - dans la restauration par exemple, avec de grands chefs de la gastronomie dont le simple nom témoigne de la qualité : Sodexo... Ces restrictions budgétaires se répercutent sur la masse salariale de diverses façons : limitation à l'embauche, diminution du nombre de « jours de congés », non-remplacement des départs en retraite, etc. On prétend augmenter l'efficacité des professionnel-le-s hospitalier-e-s à produire du soin. L'accélération des cadences et les effectifs réduits sont les nouveaux paramètres des supposées « usines à santé ». Ces secondes priorités de l'Etat s'avèrent loin d'une considération pour les soigné-e-s, comme pour les soignant-e-s !

 

Un quotidien camouflé

Ces dernier-e-s ont cependant des témoignages surement précieux à livrer sur le démantèlement en cours. Qu'en est-il de leur vécu, peu connu de la population ? Comment philosopher sur les valeurs du care sans camoufler leur quotidien ?

 

Depuis plusieurs années, je suis aide-soignant et fonctionnaire dans un Centre Hospitalier Universitaire. La casse du service public hospitalier est mon quotidien. Tous les 3 jours depuis plus d'un mois, il manque un-e soignant-e sur une équipe de 7. Et on doit quand même soigner, avec nos exigences de soignant-e de plus en plus frustré-e.

Est-ce que les gens peuvent soupçonner notre colère trop souvent lasse ? Sans doute qu'il faudrait déjà saisir un minimum le quotidien du métier. Alors voici déjà ¾ d'heure de ma matinée : pour ma 2ème toilette, je suis à soigner un homme d'une soixantaine d'années. Je lave son visage, ses bras, son torse, ses jambes, ses parties génitales, son dos, ses fesses. Je l'habille avec la chemise ouverte de l'hôpital. Je le tourne sur le côté pour changer sa literie. Je le rase. Je le coiffe. Je lui explique mes gestes sans même savoir s'il me comprend. Je suis attentif à ces mimiques de douleur pour éviter, autant que possible, de lui en infliger des nouvelles. Je dois parfois m'arrêter quelques instants pour que son visage soit à nouveau détendu.

Alors, sauf à littéralement shooter le patient de médocs, comment accélérer sans maltraiter ?

Depuis plusieurs jours, il ne nous parle plus. Il ne nous sourit plus. Pour éviter qu'il s'étouffe, on ne le nourrit plus. La malice qui pétillait dans ses yeux s'est désormais éteinte. Maintenant, on l'accompagne à sa mort : « lit identifié en soins palliatifs », depuis plusieurs jours.

Tandis que je prends son flacon de déodorant, une chose m'intrigue sur l'étiquette : un ballon de foot, cerclé d'une slogan du genre machin-truc for men - le déodorant des sportifs.

Le patient est là, allongé sur son matelas à air, cherchant désespérément son oxygène entre des poses respiratoires qui me semblent interminables. Tout en guettant les mouvements de sa cage thoracique, je soulève ses bras pour y appliquer le déodorant, celui des sportifs.

Et cette petite phrase, supposée parler aux hommes - les actifs, les énergiques, les compétiteurs - supposée flatter et conforter leur égo, me semble, ici particulièrement, tellement éloignée du moment présent. Tellement ridicule...

 

Maltraitance institutionnelle

Les aides-soignant-e-s et les infirmier-e-s (majoritaires dans l'hôpital) doivent mettre en œuvre une prise en charge globale des personnes. Il s'agit d'accompagner et de soigner toute une diversité humaine : diversité des parcours, diversité des mentalités, des besoins, des pathologies, des possibilités, diversité des désirs et des corps. Dans le système social actuel, toute cette humanité, toute cette diversité se transforme en charge de travail. Bien sûr, c'est avec une certaine répugnance qu'on utilise cette dernière expression, mais c'est pourtant elle qui qualifie le mieux ce qui prend actuellement des proportions dramatiques. Les restrictions opérées par le gouvernement, sous forme de compression de personnel, ont des conséquences très concrètes dans les soins. Et l'administration hospitalière empêtrée dans sa gestion du budget rechigne à regarder les conséquences de telles situations : qui dit sous-effectifs dit de mauvaises prises en charge, avec de la négligence, de l'épuisement, des sous-soins, voire de la maltraitance.

Notre responsabilité, soignant-e-s et potentiel-le-s usager-e-s des hôpitaux, est de résister à la maltraitance institutionnelle et aux tragédies que les gestionnaires provoquent. En commençant par dire les choses ; pour les soignant-e-s, déroger à l' « obligation de réserve » est une première étape.

 

... Encore 5 autres personnes à laver et à préparer avant le déjeuner !

 

Yeun

 

 

 

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Published by anars56 - dans anticapitalisme
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Notre prochain rendez-vous public :
 
Jeudi 16 novembre - Vannes - Manifestation contre les Ordonnances Macron (cf. appel de l'intersyndicale du Morbihan) et contre l'état d'urgence devenu droit commun. 10h30 la Rabine (esplanade du Port)
 
 
 
 
 

 

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Tout novembre (du 1er au 30 !) - Le mois du documentaire 2017, 17ème édition. 113 séances en Bretagne

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Jeudi 16 novembre - 10h30 Grève et manifestations contre la casse sociale orchestrée par le gouvernement à la solde du patronat - Lorient (Bld Cosmao-Dumanoir), Vannes (esplanade du port), Belle-Ile (port Le Palais).

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Jeudi 7 décembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "Migrants. Témoignage de sympathisants sur leur expérience à Calais en soutien à la lutte des migrants", par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

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