Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 14:25

Extrait du site de l'OCL (Organisation communiste libertaire)

 

Égypte

L’autogestion de Port-Saïd et les luttes ouvrières

mercredi 27 février 2013, par XYZ

 

Le mouvement de protestation dans la ville de Port Saïd se poursuit sans interruption. Depuis le dimanche 17 février, il a pris une nouvelle tournure avec le blocage des routes, des accès aux entreprises, des administrations publiques et des écoles puis une grève des travailleurs de la zone portuaire touchant une trentaine d’entreprises.

Derrière l’appel à la désobéissance civile, c’est un début de prise en main de la ville par ses habitants qui semble se mettre en place.


Une réalité sans précédent se déroule dans la ville de Port-Saïd : une autogestion complète, un rejet de tout ce qui représente l’autorité. Une réalité que les protagonistes de la lutte égyptienne en ce moment – les travailleurs – cherchent à reproduire dans d’autres villes.


Port-Saïd est devenu un lieu entièrement entre les mains du peuple. A l’entrée de la ville, si dans le passé, il y avait de nombreux barrages de police, on trouve maintenant un check-point formé par des habitants, surtout des travailleurs en grève, auto-proclamés « police populaire ». Il en va de même pour la circulation : plus de police, mais des jeunes, des étudiants et des travailleurs qui autogèrent la circulation urbaine.

 

Désobéissance civile : ce qui caractérise maintenant la ville est un rejet complet du gouvernement de Morsi sous toutes ses formes, d’où l’expulsion de la police, le refus du travail et du système scolaire gouvernemental.

En ce qui concerne l’aspect « sécurité », avec l’autogestion les rues sont devenues maintenant plus sûres que jamais. La semaine dernière, la police – à la suite des protestations de rue, de la colère populaire consécutive des 21 condamnations à mort liées au massacre de Port-Saïd et des 40 victimes des affrontements ultérieurs –a été contrainte d’accepter de laisser la ville dans les mains du peuple.


Le gouvernement de Morsi a accepté de rappeler la police, à la fois à cause des preuves vidéo irréfutables montrant des policiers du régime tirer et tuer les manifestants de sang-froid, mais aussi parce qu’il était convaincu qu’une ville toute seule ne pouvait pas s’autogérer et que Port Saïd aurait demandé l’intervention du gouvernement pour réprimer les probables révoltes. Mais la réalité est très différente et montre qu’une ville sans « forces de l’ordre » est plus sûre et vit mieux.


Ensuite, il y a un accord tacite qui permet à l’armée (majoritairement respectée par les gens car traditionnellement moins liée au régime que la police, cette dernière étant une émanation du pouvoir et des services secrets) de surveiller les points névralgique de la ville, mais sans pouvoir intervenir.


Donc, la réalité est la suivante : les militaires non armés gardent des endroits tels que le tribunal et le port très important (actuellement en grève) et la « police populaire » s’occupe de la sécurité dans la ville.


Le refus de tout ce qui représente l’autorité se manifeste dans la pratique de ne pas payer les taxes gouvernementales et les factures, en refusant même toute communication avec le gouvernement qu’il soit central ou local.


La fermeture de l’administration centrale et l’auto-organisation des moyens et des modes de production, font de l’expérience de Port-Saïd une réalité sans précédent et l’expérimentation d’un nouveau mode de vivre, de produire, d’exister.


Les usines sont fermées, le trafic maritime est bloqué, il ne se produit que ce qui est utile et ne restent ouverts uniquement que les services nécessaires.

Le pain est fabriqué (dans la photo de droite, un magasin qui vend du pain à des prix populaires, les écriteaux indiquant les raisons de la protestation), les magasins d’alimentation, les hôpitaux et les pharmacies restent ouverts. Dans chaque usine, ce sont les travailleurs qui ont eu à décider de poursuivre ou non la production et la réponse générale est désormais NON. D’abord la justice, d’abord l’achèvement de la révolution et ensuite, au besoin, la production repartira.


Une nouvelle forme d’auto-organisation est en train d’être expérimentée dans les écoles. Celles-ci restent ouvertes, mais les familles de Port-Saïd elles-mêmes refusent d’envoyer leurs enfants dans les écoles du gouvernement. En ce moment même, des enseignants et des comités populaires essaient d’organiser des écoles populaires dans la place centrale, rebaptisée place Tahrir de Port-Saïd, où, en plus des matières scolaires, il y a la volonté d’enseigner la justice sociale et les valeurs de la révolution égyptienne.


Une réalité qui peut sembler impossible. Même dans les pages de ce portail, nous avons raconté dans le passé l’expérience de Port-Saïd avec d’autres yeux. Mais après la mort des 21 accusés pour le massacre du stade, une nouvelle conscience populaire a surgi dans cette ville, probablement très traditionaliste dans le passé. En fait, les 21 à être condamnés sont des jeunes, étudiants pour la plupart, alors que la responsabilité de ce massacre doit être recherchée dans la sphère politique ; la sentence semble avoir été une satisfaction accordée à ceux qui cherchent la justice. Aucun des accusés ne sont issus des rangs de la police ou de l’Etat et de ses services secrets. Port-Saïd l’a bien compris et dès que les condamnations à mort ont été prononcées, des manifestations importantes ont éclaté et ont conduit à la mort d’une quarantaine de manifestants, certains d’entre eux, même lors de l’enterrement des victimes des émeutes. De là a commencé la grève, la désobéissance civile.

 

Une réalité que nous-mêmes, avant de la voir de nos propres yeux, n’aurions jamais imaginé.

Une colère, d’abord née d’un désir de justice pour la peine de mort et pour les 40 victimes consécutives, mais qui a grandi et est devenue politique. Le fort protagonisme ouvrier, la croissante prise de conscience de la population de Port-Saïd ont fait de cette contestation une lutte sans précédent qui fait trembler sérieusement le régime de Morsi. Une lutte qui, si elle s’étendait dans d’autres villes, pourrait vraiment mettre le régime à genoux.

Maintenant, les gens ne demandent plus, comme c’était encore le cas il y a une semaine, de ne pas punir les citoyens de Port-Saïd pour des crimes qui ont été commis par le régime. Maintenant, ce qui est demandé, c’est la justice pour toutes les victimes de la révolution ; maintenant, ce qui est demandé à haute voix c’est la chute du régime.


Dans la journée de lundi [25 février], une grande manifestation a eu lieu dans les rues de Port-Saïd : le syndicat indépendant des travailleurs, les étudiants, le mouvement révolutionnaire, ils sont nombreux à être descendus dans les rues, nombreux à être venus du Caire pour exprimer leur solidarité aux travailleurs et à la ville en lutte. Un grand cortège a envahi les rues de la ville, en appelant à une grève générale dans tout le pays.


Pendant ce temps, au cours des dernières semaines, d’autres villes égyptiennes ont connu de grandes grèves : à Mahalla, à Mansoura, à Suez, les travailleurs dans de nombreuses usines se sont croisés les bras pendant des semaines. De même, par centaines ils sont descendus dans les rues pour appeler à une grève générale dans tout le pays, de nombreuses écoles et universités ont annoncé une prochaine grève générale. Beaucoup de travailleurs et de secteurs sociaux qui sont en grève n’ont pas réussi – pour l’instant – à généraliser la grève et la lutte, comme cela s’est produit à Port-Saïd.


On ne sait pas comment cette expérience, appelée « la Commune de Paris égyptienne » va pouvoir se poursuivre. Il est certainement difficile de poursuivre une lutte de ce genre dans un moment où le gouvernement central pourrait couper l’eau et l’électricité ; pour le moment, s’il ne le fait pas, c’est seulement parce qu’il craint des explosions de rage majeures. En outre, la poursuite ou non de la grève des travailleurs est fortement liée à la possibilité qu’elle se généralise et se reproduise dans d’autres villes.

 

Initialement, les habitants de Port-Saïd avaient annoncé leur intention de poursuivre la grève jusqu’au 9 mars prochain, date où seront confirmées les 21 condamnations à mort. Maintenant, avec l’entrée en mouvement des travailleurs, l’avenir est incertain, mais certainement riche de potentialité.

Les difficultés du moment peuvent sembler nombreuses, mais la prise de conscience de toutes les personnes (et pas seulement les travailleurs), la pratique du refus du régime, l’auto-organisation, sont autant d’éléments qui semblent donner des perspectives positives à ces luttes.

Le correspondant d’Infoaut dans l’aire moyen-orientale

[ Traduction : XYZ pour OCLibertaire ]

[ Source : ici ]

 

Complément d'infos : ici 

 

Et cet article de l'Hebdo Al-Arham : Désobéissance civile en Egypte : Unis contre un Etat qui ne les écoute pas

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de anars 56
  • Le blog de anars 56
  • : Le blog du groupe libertaire René Lochu (Vannes)
  • Contact

Pour nous contacter, ne pas passer par la page "contact" du blog. Ecrire à : groupe.lochu(a)riseup.net

Vous pouvez aussi vous abonner à la feuille d'infos "Anars 56" (par mail, en texte brut, deux ou trois fois par mois).
Il suffit de nous le demander par mail à l'adresse ci-dessus.

Pour nous rencontrer : le 1er jeudi de chaque mois, nous tenons une permanence de 19h15 à 21h00 à la maison des associations, 31 rue Guillaume Le Bartz, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été.

 

Depuis quelques temps, des publicités intempestives (et insupportables par définition) apparaissent sur le blog. Nous vous recommandons de télécharger adblock qui les neutralisera. Adblock, logiciel gratuit, fonctionne pour Mozilla, Internet explorer, etc...

Recherche

Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.
 
 

--------------------------------------------------------------------------

Jeudi 27 avril - Ciné Roch à Guéméné sur Scorff (56) -19h45 Projection du documentaire sur la transition écologique "Qu'est-ce qu'on attend ?" de Marie-Monique Robin

--------------------------------------------------------------------------

Du vendredi 28 au dimanche 30 avril - Lorient et Ploemeur (56) - Rencontres internationales des résistances aux OGM, avec des représentant-e-s des 5 continents. Ateliers (sur inscription), conférences... Organisées par Ingalan

--------------------------------------------------------------------------

Vendredi 28 avril - Rennes - 19h « La parole des femmes sur la question animale », conférence organisée par Sentience Rennes et le CRPEA (Collectif rennais pour l'égalité animale), présentée par Élise Désaulniers. Campus Villejean, bâtiment L. Entrée libre

--------------------------------------------------------------------------

Du samedi 29 au dimanche 30 avril - Trégunc (29) - Festival Grains de sable : foire alternative et bio, plus de 100 exposants, producteurs, artisans. Conférences, débats, films, spectacles pour petits et grands, ateliers... De 10h à 19h (spectacle/concert 20h30 samedi). 3 euros la journée. Halle des sports

--------------------------------------------------------------------------

Lundi 1er mai - Hennebont (56) et partout dans le monde - Manifestation de solidarité internationale contre l'exploitation et l'aliénation au travail, pour l'émancipation des travailleurs et travailleuses (avec ou sans activité).

--------------------------------------------------------------------------

Lundi 1er Mai - Rennes (35) - A l’issue de la manifestation de classe des travailleurs (départ 10h30 place de la mairie), la Fédération Anarchiste organisera un Meeting de rue orienté sur le lien entre la grève du vote et les luttes sociales. « Tu es exploité, voter n’y changera rien, Abstention et luttes sociales ». Rdv sur le lieu de dislocation de la manif (vraisemblablement autour de 12h30 place du général de Gaulle). Les prises de parole FA devraient s’articuler autour de 2 grands thèmes : l’inadéquation du système électoral comme outil d’émancipation sociale et la capacité des luttes sociales à construire collectivement un autre futur. De plus, en lien et en accord avec l’organisation du meeting, le collectif à Table  (cantine mobile pour nourrir les luttes) organise un banquet pour la fin de la manif, comptant fournir 4 à 500 repas, avec le soutien d’étudiants et / ou des jeunes de la conf paysanne. Des collectifs de soutien aux luttes en cours (à Babacar,  Guyane, NDDL, Rennes ingouvernable) pourraient être amenés à intervenir, ès qualité, à l’issue des prises de paroles de la FA. Le micro sera ensuite ouvert au public

--------------------------------------------------------------------------

Lundi 1er mai - Brech (56) - Apéro-concert avec Les Fées Minées (folk, punk aux chouettes textes). A Calan, ferme Mange-tout. 18h

--------------------------------------------------------------------------

Vendredi 12 mai - Guichen (35) - 19h30 Concert "Keep the rage, live session 1" avec 2 groupes à tendance punk engagé : Coin locker babies et Cave ne cadas. Au bar l'Accueil breton.

--------------------------------------------------------------------------

Samedi 13 mai - Rochefort en Terre (56), café de la Pente - 21h Concert de soutien à la caisse anti-répression 56, organisé par le collectif ZAD de Questembert et son infokiosque. Avec 3 groupes punk rock : Les Scotchés, The Attendants, 70 Pornographix men. Prix libre.

--------------------------------------------------------------------------

Vendredi 19 mai - Vannes - 20h30 Projection de courtes vidéos puis débat sur la décroissance avec Jean-Pierre Tertrais (auteur de plusieurs ouvrages sur la question). Maison des associations (rue G. Le Bartz). Organisé par le groupe libertaire René Lochu.

--------------------------------------------------------------------------

Samedi 20 Mai - Lorient - Mobilisation contre Bayer-Monsanto de 10h à 21h. Animations, marché de producteurs, stands, pique-nique, restauration bio, marche (départ 14h), prises de paroles, buvettes, musiques. Rdv Quai des Indes

--------------------------------------------------------------------------

Du vendredi 26 au dimanche 28 mai - Lorient - Festival Unies sont nos cultures (contre-culture autogérée). 8ème édition. Jam Graffiti, concerts, sound-systems, sk8board, tables de presse, expos, performances... Rue Florian Laporte

--------------------------------------------------------------------------

Concerts

 

 

Autres événements