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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 12:36

(suite de la communication de Jean-Pierre Tertrais, lors d'une action anti-Ogm à Rennes devant l'INRA en 2000)

"Je voudrais terminer par le point de vue spécifique des anarchistes sur cette question de la propriété foncière, point crucial du débat. Beaucoup, agronomes, paysans ou autres, voient la solution dans le développement de l'agriculture familiale. D'abord, c'est croire que les propriétaires de domaines de 300 ou 400 ha vont accepter courtoisement de se laisser déposséder (ou alors il faut s'expliquer : s'agirait-il d'une agriculture à deux vitesses ?). Ensuite, c'est oublier que le système dans lequel elle se développerait est le système capitaliste, et que la dynamique de ce système ne peut qu'accroître une concentration toujours plus importante. L'accumulation du capital aggrave constamment les inégalités.

 

En France, avant l'irruption de l'agrobusiness (dans les années 50-60), c'est l'agriculture familiale d'auto-subsistance qui prédominait depuis la réforme agraire née du démantèlement des propriétés féodales. La Révolution de 1789 avait aboli la rente seigneuriale et conforté le poids de la petite et moyenne paysannerie. Les structures agraires ont continué à évoluer lentement vers un plus grand morcellement de la propriété et de l'exploitation. En 1865, selon la statistique des cotes foncières, il existait 14 millions de propriétaires. L'augmentation des quantités produites conjuguée à la hausse des prix donne à beaucoup de paysans les moyens d'acheter des parcelles, tandis que la hausse des salaires permet à certains journaliers d'accéder à la propriété.

 

Or le capitalisme reconstitue aujourd'hui le même schéma que le féodalisme. Pour cela, il lui suffit d'attribuer chaque année, par exemple, à 4 200 chefs d'exploitation 750 000 F (114 000 euros) pour l'agrandissement de leurs fiefs, pendant que 250 000 ne percevront que 18 000 F (2 700 euros). Et cette exploitation familiale est précisément en train de disparaître à raison de 30 000 par an parce qu'elle est contraire aux exigences du capitalisme. 180 000 exploitations occupent les deux tiers de la Surface agricole utilisée (SAU). Ces exploitations représentent le « noyau dur » de l'agriculture française.

 

On est d'ailleurs dans un cercle vicieux, puisque la forte demande de foncier, souvent de la part des agriculteurs qui cherchent à s'agrandir, entraîne une augmentation du prix des terres agricoles (de 19 % de janvier 1999 à juillet 2000). Situation évidemment très défavorable aux petites et moyennes exploitations, et surtout aux jeunes en quête de terres pour s'installer.

 

On est aussi devant un curieux paradoxe : alors que la plupart des Français souhaitent certainement une réforme agraire au Brésil, par exemple, où 1,4 % des propriétés de plus de 100 ha rassemblent 50,4 % de la surface cultivable, nous laissons s'amplifier chez nous le phénomène exactement inverse : la concentration des terres.

 

La mise en commun des terres apparaît donc comme la seule perspective réaliste. Réaliste, parce qu'elle s'est déjà réalisée, notamment en Espagne, pendant la Révolution de 1936, où les terres ont été gérées collectivement.

 

Au Brésil, sous l'impulsion du MST (Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre), dans la majorité des cas d'occupation de terres, celles-ci sont collectivisées, après débat entre toutes les familles. Une organisation est mise en place pour produire, commercialiser et transporter la production.

 

Gracchus Babeuf, révolutionnaire français, s'était opposé à la loi agraire de mars 1793, parce qu'il savait que l'égalisation d'un jour ne serait que le point de départ d'une nouvelle course à l'inégalité des fortunes (et on peut constater aujourd'hui que l'Histoire lui a donné raison). Il écrivait : « La loi agraire, ou le partage des campagnes fut le vœu instantané de quelques soldats sans principes, de quelques peuplades mues par leur instinct plutôt que par la raison. Nous tenons à quelque chose de plus sublime et de plus équitable, le Bien Commun ou la communauté des biens ! Plus de propriété individuelle des terres : la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde. »"

 

Pour aller plus loin sur le communisme anarchiste, lire ce magistral texte de référence : Anarchie et communisme, de Carlo Cafiero (1880).

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Published by anars56 - dans anticapitalisme
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commentaires

Jean-Paul MORIN-ANDREANI 02/10/2012 20:03

D'autre part si l'exploitation familiale répond ( de part sa formation administrative DJA ou autre) à un système établit; De suite on peut retirer le terme d'exploitation familiale!!car elle n'a
plus aucun sens ce, face à la rigueur administrative liée à la finance, E.P.I (étude prévisionnelle d'installation de l'époque) ou autre ...maintenant...

JJ 02/10/2012 23:29



 Merci Jean-Paul pour ton commentaire. Un copain du groupe te propose cette réponse.

   Proudhon a écrit et fait des choses dans lesquelles nous nous reconnaissons encore. Mais il a évolué du début à la fin de sa vie, et nous ne le suivons
pas partout.
   Ainsi pour ses idées sur la propriété...

   Comme l'annonçait Babeuf, et comme nous le voyons tous maintenant, la petite propriété des moyens de production, dans l'économie capitaliste, aboutit à
la grande propriété. On a ainsi, en 1789, donné au peuple en France presque tout le territoire (on ne laissait rien aux animaux...). Deux siècles plus tard,
ce peuple a été chassé de son territoire pour se retrouver rassemblé en hors-sol dans les villes. Et ceci par le simple jeu des lois du marché ! On a simplement accéléré le mouvement par la
politique agricole anti-paysanne à partir de la 2ème moitié du XXème siècle.

   Or, cette propriété possédait tellement son propriétaire, l'aliénait tant à une forme économique que d'autres manipulaient (par les prix du marché et
par l'impôt, puis par la politique agricole), qu'il n'a pas su se fédérer avec d'autres propriétaires pour se sauver !
En fait, le paysan, celui qui vivait dans le pays, était devenu un propriétaire exploitant lié à sa propriété et lié par sa propriété : quand celle-ci disparaît, il
n'a plus qu'à disparaître !

   Son rapport aux autres paysans était aussi aliéné par sa propriété : bien qu'il fût souvent obligé de s'associer pour de nombreuses tâches, il restait
dans une logique de compétition avec ceux-là mêmes avec qui il travaillait ! Ce n'est pas le paysan qui possède sa propriété, c'est sa propriété qui possède le paysan.

     Au contraire, des collectivités paysannes, comme en Espagne en 1936, mettaient en commun les moyens de production, pour vivre en commun.
Elles restaient libres de s'organiser comme elles l'entendaient ; à tel point qu'elles laissaient même à ceux qui le voulaient la liberté de la petite propriété. Ces paysans se fédéraient
librement à d'autres villages et villes... Il faut rappeler que par cette forme autogérée de l'économie, ces paysans ont pu soutenir l'effort de la guerre civile et améliorer leur vie.

   C'était le contraire des fausses collectivités dirigées par l'Etat, comme en Russie ; là, les paysans devenaient des ouvriers agricoles.

   Cette propriété étatique n'a bien sûr rien à voir avec une collectivité paysanne.

   L'opposition entre petite et grande propriété est une guerre interne à la société marchande. Seule l'association libre et volontaire des gens peut nous
en sortir...



Jean-Paul MORIN-ANDREANI 02/10/2012 19:03

Un peu plus clair ==> Attention!!! proudhon était revenu sur la propriété en disant ...après..." la propriété c'est la liberté...", ce en fonction de l'utilisation du terme "propriété":
- Si l'on utilise la propriété sans vivre sur...pour mettre en esclavage des personnes pour en tirer profil; là il y'a Maître, par contre si la propriété sert à se démarquer des spéculateurs alors
il y'a liberté!
(Je peux développer mais cela serait un peu long! voir prix des locations plus que prohibitifs!!)
L'important est de ne pas laisser "avaler" les petites structures qui ne s'en sortent, qu'en opposition à un système capitaliste, que par des production inadéquats ou hors valeurs, d’où la réalité
de petits paysans, au détriment des grosses structures opposées fondamentalement à ces méthodes de production mais "dans le coup" en matière économique voulue!!!
A votre service si vous voulez...

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Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.
 
 

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Du vendredi 26 au dimanche 28 mai - Lorient - Festival Unies sont nos cultures (contre-culture autogérée). 8ème édition. Jam Graffiti, concerts, sound-systems, sk8board, tables de presse, expos, performances... Rue Florian Laporte

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Samedi 27 mai - Quimper (29) - 4ème fête de l'autogestion (par la CNT) - De 10h à 20h concerts, discussions, marché gratuit, stands, tables de presse. Entrée libre (sur donation). Esplanade F. Mitterrand

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Jeudi 1er Juin - Rennes (35) - 20h30 Causerie populaire "idéologies et archéologie préhistorique" (en quoi les interprétations des faits archéologiques sont, depuis la naissance de la Préhistoire (concept né au milieu du 19ème siècle), tributaire des idéologies dans lesquelles baignent les archéologues qui les proposent. On parlera de racisme, de patriarcalisme et des grandes idéologies politiques du 20ème siècle qui s'exercent en filigrane dans les interprétations archéologiques). Organisée par le groupe la sociale de la F.A. Local la Commune

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Vendredi 2 juin - Caen (14) - Concert de solidarité internationale pour des camarades anarchistes tchèques. avec Sid et Enfants de la lutte. A la Pétroleuse. 20h. Prix libre. Info : groupesanguin@laposte.net

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