Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 21:50
(IN)JUSTICE D’ÉTAT : À QUAND VOTRE TOUR ?


Un transfert de prisonniers a été prévu par l’État pour octobre 2009, de l’ancienne prison de Poitiers vers la nouvelle prison-Bouygues de Vivonne. Pour le 10 octobre 2009, une journée anti-carcérale avait été proposée par un collectif militant local, afin d’ouvrir le débat public sur une critique du système carcéral.

Il s’agissait de rassembler les gens, pour débattre des alternatives au système du châtiment et de la violence carcérale, et manifester une opposition digne et résolue à cette nouvelle prison. La journée s’articulait autour du « 23 », un lieu associatif qui avait bien voulu prêter ses locaux ce jour, pour des débats et un concert.

La journée a commencé vers midi par un débat très riche pour la qualité des interventions diverses. Un débat de fond, sur l’avenir des luttes anti-carcérales, devait avoir lieu le soir, suivi d’un concert pour lequel des groupes avaient fait le déplacement.

Pour montrer qu’il y a des gens qui protestent contre la construction de cette prison de nouvelle génération, un rassemblement en centre-ville était aussi prévu l’après-midi. Un rassemblement dit « festif », dans le respect de l’esprit du festival culturel des Expressifs qui avait alors lieu à Poitiers.

Mais la manifestation qui a suivi le rassemblement a été investie par des personnes qui avaient semble-t-il d’ores et déjà choisi d’autres façons de protester - selon des modes opératoires qui ont totalement pris au dépourvu nombre de participants. Cette minorité a peu à peu pris le contrôle de la manifestation, qui a rapidement dégénéré en un rapport de force entre certains manifestants et la police (tirs de flashball contre fusées et pétards). La manifestation a soudain reflué vers le centre-ville et a donné lieu aux dégradations matérielles aujourd’hui amplement relayées par les médias et les autorités.

Il ne nous appartient pas de juger les actes commis en eux-mêmes, puisqu’ils ne sont pas les nôtres. Ils peuvent être compréhensibles, si l’on analyse la plupart de leurs cibles : des vitrines d’agences de banques ; une agence de Bouygues (dont la maison-mère a construit cette nouvelle prison de Vivonne, gère son entretien et à qui l’Etat verse un généreux loyer) ; des cabines de France Telecom, l’entreprise aux 25 récents suicides ; du « mobilier urbain » à destination publicitaire...

Il est important de dire qu’il n’y a eu aucune violence délibérée contre la population.

Néanmoins, si nous aussi dénonçons la violence insupportable de ce système qui mène le monde droit au mur et brise les individus, nous sommes en désaccord profond avec cette « stratégie » de destruction.

Ces actions n’ont en effet été l’initiative que des individus qui les ont choisies ; or, elles ont immédiatement impliqué un grand nombre de personnes qui n’étaient ni prévenues ni préparées, et dont beaucoup n’étaient pas d’accord avec ces méthodes. Elles ont délibérément été commises dans le cadre d’une manifestation publique, mettant ainsi en danger tous les participants. Aucune personne ayant choisi ces actions ne pouvait ignorer que la mise en œuvre de celles-ci donnerait lieu, face à un Etat de nature fondamentalement répressive, à des réponses policières et judiciaires aux graves conséquences locales.

En effet, cette répression s’est bel et bien abattue, d’une véritable violence, aveugle. Descente policière massive et brutale contre « le 23 », qui n’avait strictement rien à voir avec les débordements de la manifestation. Le concert a été annulé, du matériel sono dégradé, le public et les bénévoles malmenés par la police, pendant cinq heures : plaquages au sol ou mise à genoux, matraquages, menaces, insultes, mains sur la tête, photos systématiques...

La répression, ce furent aussi des dizaines d’arrestations arbitraires, dont 18 donnant lieu à des gardes à vue éprouvantes. La police, bizarrement absente lors des débordements, s’est mobilisée en nombre pour le procès du lundi 12 octobre.

Le gouvernement, par la voix de l’inénarrable monsieur Hortefeux téléporté sur Poitiers, en profite étrangement pour ressortir les lois de 1936 de derrière les fagots contre les « groupuscules ». Mais aussi pour pondre deux nouveaux décrets (à valider par le conseil d’Etat), consistant en deux nouveaux fichiers sur les lieux communautaires et sur les « groupuscules » supposés à l’origine de ces actes. On peut aussi s’interroger sur la cohérence d’une démocratie sensée s’inspirer de cette vieille théorie sur la séparation des pouvoirs, avec un ministre qui débarque à Poitiers pour un procès en comparution immédiate, demandant des peines exemplaires. Montesquieu doit se retourner dans sa tombe…

Huit gardes à vue ont en effet débouché sur des comparutions immédiates forcées. Trois condamnés à la prison ferme (de un à quatre mois) plus du sursis et des amendes, dont deux ayant tout juste vingt ans. Pour les autres, du sursis allant de trois à six mois et des amendes. Tous des boucs-émissaires, n’ayant jamais commis les faits qui leur sont imputés, des preuves à l’appui de leur non-implication dans ces faits ayant été écartées volontairement, ainsi que des témoignages.

Pour les dix autres personnes, relâchées à l’issue de leur garde-à-vue, trois sont poursuivies pour refus de prélèvement ADN. Dont une, mineure de quatorze ans ( !), subira des poursuites pour « rébellion », une accusation policière qui frise le grotesque quand on connaît un tant soit peu la jeune fille.

Enfin, et c’est sans doute l’une autres tristes conséquences à long terme de cette manifestation et de la répression qui s’en est suivie : c’est tout le travail de fond, de nombreuses années, des militants et militantes libertaires auprès de la population, dont beaucoup étaient venus pour débattre d’alternatives à la prison, qui a été saccagé ce jour-ci - en trente minutes seulement.

Bien sûr, en tant qu’anarchistes, nous devrons analyser toutes et tous ensemble ces événements et leurs retombées.

Mais aujourd’hui, la priorité, ce sont les personnes enfermées en prison. Dans cette horrible prison de Vivonne, qui est le point de départ de tout cela. C’est le désarroi général, du côté des gens qui militent comme des gens qui vivent ici. Et la colère, face à tant d’injustice, tant ces condamnations sont révoltantes par leur absurdité. Bien au-delà de nos rangs, nous appelons immédiatement à soutenir toutes les victimes de cette parodie de justice, et nous appelons à la vigilance, face à toutes celles à venir.


Groupe Pavillon Noir (Fédération anarchiste - Poitiers), le 13 octobre 2009

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de anars 56
  • Le blog de anars 56
  • : Le blog du groupe libertaire René Lochu (Vannes)
  • Contact

Pour nous contacter, ne pas passer par la page "contact" du blog. Ecrire à : groupe.lochu(a)riseup.net

Vous pouvez aussi vous abonner à la feuille d'infos "Anars 56" (par mail, en texte brut, deux ou trois fois par mois).
Il suffit de nous le demander par mail à l'adresse ci-dessus.

Pour nous rencontrer : le 1er jeudi de chaque mois, nous tenons une permanence de 19h15 à 21h00 à la maison des associations, 31 rue Guillaume Le Bartz, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été.

 

Depuis quelques temps, des publicités intempestives (et insupportables par définition) apparaissent sur le blog. Nous vous recommandons de télécharger adblock qui les neutralisera. Adblock, logiciel gratuit, fonctionne pour Mozilla, Internet explorer, etc...

Recherche

Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.
 
 

--------------------------------------------------------------------------

Samedi 10 juin - Vannes - 10h30 Rassemblement en mémoire de Clément Méric, antifasciste, tué par des néo-nazis. Clément, Brestois d’origine, militant anti-fasciste, anti-capitaliste et de la cause animale, a été assassiné le 5 juin 2013 par des néo-nazis à Paris. L’actualité nous confirme que ses combats sont toujours nécessaires. Programme : lecture publique de textes et chants de lutte, puis pique-nique. Le Kiosque, esplanade du port, la Rabine. Proposé par le groupe libertaire René Lochu

--------------------------------------------------------------------------

Dimanche 11 juin - Augan (56), café Le champ commun - 17h : 150 années de luttes à travers les chants italiens avec "Le chant des grenouilles", "Senti le rane che cantano…" Dans ce spectacle mêlant récits, chants et musique, nous vous ferons entendre d’autres voix : celles, orgueilleuses et enragées, des brigands méridionaux et de leur guerre désespérée contre le nouvel État ; celles des paysans et des ouvriers agricoles, dont les luttes pour une existence meilleures seront sans relâche ; celles des travailleurs des carrières de marbre de Toscane, des mineurs de soufre de Sicile ; les voix fières et impertinentes des mondines ; celles des émigrés qui, après des décennies de défaites, allaient poursuivre leur rêve de justice dans d’autres terres. Entrée libre. Petite restauration sur place

--------------------------------------------------------------------------

Mardi 13 juin - Inzinzac-Lochrist (56), cinéma le Vulcain - 20h30 Projection de "Bienvenus", comédie sur un centre d'accueil pour réfugié-e-s en Norvège. Débat avec Amnesty international

--------------------------------------------------------------------------

Samedi 8 juillet - Hennebont (56) - 12h Pique-nique végétarien et végétalien. Chacun-e apporte un plat et on partage. Table de presse : droit des animaux, impacts sanitaires, sociaux, éthiques, écologiques de l'alimentation, de la production / consommation carnée et ovo lactée. Rdv à la bergerie, le long du Blavet sur le halage. Organisé par le collectif veg@net-c.fr

--------------------------------------------------------------------------

Samedi 8 et dimanche 9 juillet - Notre-dame-des-landes (44) - De nos terres à la Terre : Résister, agir, vivre... Rassemblement annuel organisé par la Coordination des opposant-e-s. Plus d'infos : http://notredamedeslandes2017.org

--------------------------------------------------------------------------

 

Concerts

Autres événements