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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 13:39


Disons les choses simplement, puisque nous sommes des esprits simples.
Les pensées, les aspirations, les rêves que nous cherchons à exprimer appartiennent à l’humanité depuis la nuit des temps. Une foule de législateurs, de politiciens, d’experts, d’intellectuels et autres défenseurs des idées autorisées ont délibérément compliqué les questions, faisant se sentir stupides et inférieurs tant d’hommes et tant de femmes qui se sont toujours référés au seul livre où l’on peut trouver quelques réponses : celui de l’expérience vécue.


Ils disent que la prison est nécessaire pour punir ceux qui transgressent les règles de la société.
Voyons voir, le concept de « règle » suppose qu’il y ait un libre accord à la base de cette société, un ensemble de normes qui sont volontairement partagées par les individus qui la composent. Mais en est-il vraiment ainsi ? Les gouvernements représentent-ils vraiment la volonté des gouvernés ? Le pauvre consent-il de bon gré à ce que le riche s’engraisse sur son travail ? Le voleur volerait-il s’il avait hérité une usine de son père ou s’il pouvait vivre d’une rente ?
En réalité, telle que cette société fonctionne, nous n'avons pas d'autre(s) liberté(s) que celle(s) que nous prenons en conscience face à des lois que d'autres ont établies pour nous, et qu'un gouvernement a imposées à l'immence majorité des femmes et des hommes.
Avant de se demander s’il est juste ou non de punir par la prison celui qui a enfreint la règle, il convient de se demander : qui décide – et comment – des règles de cette société ?

Ils disent que la prison protège de la violence.
Mais est-ce le cas ?
Pourquoi les pires des violences – nous pensons aux guerres ou à la faim imposée à des millions de personnes – sont-elles parfaitement légales ? Pourquoi est-ce qu’on finit en prison quand on tue par jalousie alors qu’on fait carrière et qu’on devient même un « héros » quand on bombarde une population entière ?
La prison ne punit que la violence qui pose problème à l’État et aux riches ou celle qu’il est facile de présenter comme abominable (par exemple, les viols ou certains délits particulièrement cruels sont ainsi utilisés pour enrayer la critique de la prison : « oui, mais que ferait-on alors des violeurs ? »). Alors que la violence structurelle de la société est, elle, défendue tous les jours par la prison.
Combien y a-t-il d’entreprises qui enfreignent la loi tous les jours ? Et combien de patrons finissent en prison ? Quant aux dits crimes abominables, n’est-il pas révélateur que celui qui fabrique de la fausse monnaie est beaucoup plus lourdement puni que celui qui commet un viol ? Ceci n’est évidemment pas un hasard : la loi sert à défendre la propriété, pas le bien-être des individus.

Ils disent que la loi est la même pour tous.
Et pourtant, en prison, il n’y a pratiquement que des femmes et des hommes sans formation, immigrés ou enfants d’ouvriers, la plupart incarcérés pour des délits contre la propriété, donc des actes profondément liés à la société dans laquelle nous vivons, au besoin qui la fait tourner du matin au soir : celui de trouver de l’argent. Et nous n’avons pas encore parlé des nombreux prisonniers qui seraient dehors (ou auraient écopé des dites peines alternatives) s’ils avaient tout simplement eu assez d’argent pour se payer un bon avocat.

Ils disent que la prison aide à se racheter ou à se réintégrer dans la société.
Le système carcéral est une manière de soumettre les individus à une comptabilité pénale digne d’une foire : tel crime, tant d’années. La prison empêche les gens de vivre les conflits du début à la fin, de les résoudre (ou non), d’y réfléchir. Comme si l’enfermement avait jamais pu résoudre quoi que ce soit à la place des gens. En plus, qu’y a-t-il de pire que d’être séparé de ses semblables pendant des années et ne rien pouvoir faire de passionnant, condamné à laisser le temps s’écouler, éduqué à faire semblant devant l’assistant social ou le psychologue, habitué à toujours se soumettre au supérieur ?
Et puis il reste encore la question qui n’est jamais posée : Quelle intégration ? Dans quoi ? Dans une société si précieuse, dispensatrice de valeurs si élevées et de relations si égalitaires ? Cette société est à l’inverse bâtie sur l’oppression et dirigée par des valeurs qui maintiennent l’inégalité et l’exploitation.
Ainsi, cette société produit la misère quotidienne de laquelle proviennent et à laquelle retournent beaucoup de prisonniers. Cette société justifie l’enfermement de milliers de personnes parce qu’elle a besoin de la prison pour protéger ses fondations, pour préserver l’inégalité.


Nous sommes contre la prison parce qu’elle est née et elle s’est développée pour défendre les privilèges des riches et le pouvoir de l’État.

Nous sommes contre la prison parce qu’une société non plus basée sur le profit, mais bien sur la liberté et la solidarité, n’en aurait plus besoin.

Nous sommes contre la prison parce que nous voulons un monde dans lequel les règles sont vraiment décidées en commun.

Nous sommes contre la prison parce que même le pire des crimes a quelque chose à nous apprendre sur nous-mêmes, sur nos peurs, sur nos faiblesses et que ça ne sert à rien de le cacher derrière les murs.

Nous sommes contre la prison parce que les plus grands criminels sont ceux qui en détiennent les clefs.

Nous sommes contre la prison parce que rien de bon n’a jamais grandi sur la coercition et sur la soumission.

Nous sommes contre la prison parce que nous voulons changer radicalement cette société (et par conséquent transgresser les lois), pas nous intégrer pacifiquement dans ses villes, ses usines, ses casernes, ses supermarchés.

Nous sommes contre la prison parce que le bruit de la clef dans la serrure d’une cellule est une torture quotidienne, l’isolement une abomination, la fin de la visite une souffrance, le Temps enfermé un sablier qui tue à petit feu.

Nous sommes contre la prison parce qu’il y a toujours des matons prêts à défendre les abus et les violences, parce qu’elle déshumanise par l’habitude d’obéir et de dénoncer.

Nous sommes contre la prison parce qu’elle nous a arraché trop de jours, de mois, d’années ou d’amis, d’inconnus, de compagnons.

Nous sommes contre la prison parce que les gens que nous avons rencontrés à l’intérieur ne nous ont semblé ni meilleurs ni pires que ceux qui croisent notre existence dehors.

Nous sommes contre la prison parce que la nouvelle d’une évasion nous fait plus chaud au cœur que la première journée de printemps.

Nous sommes contre la prison parce que vu à travers le trou d’une serrure, le monde ne semble peuplé que d’êtres perfides et suspects.

Nous sommes contre la prison parce que le sens de l’équité ne sera jamais contenu dans aucun code.

Nous sommes contre la prison parce qu’une société qui a besoin d’enfermer et d’humilier est elle-même une prison.



Des anarchistes
[ Extrait de Au-delà des murs, numéro unique pour la destruction de la prison et de son monde, Belgique, décembre 2008 ]JAILsized

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Agenda de la semaine

Le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

 

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Réunion publique ANNULÉE pour cause de couvre-feu étatique : Mardi 27 Octobre - Rennes - 20h. Réunion publique : « Les résistances paysannes : une autre conception du progrès » avec Silvia Pérez-Vitoria (universitaire, auteure de « La riposte des paysans » et « Manifeste pour un XXIème siècle paysan », elle collabore aux revues « L’Ecologiste » et « Nature et Progrès »…). - Salle 12 Maison des associations 6 Cours des Alliés. Par le groupe la Sociale de la Fédération anarchiste

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Soirée ANNULÉE : Vendredi 30 octobre - Lorient, cité Allende (12 rue Colbert) - 20h Conférence-débat par Pinar SELEK, à propos de l'article de Voltairine de Cleyre « Le mariage est une mauvaise action ». Organisée par les Ami.e.s de Voltairine

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Lundi 2 novembre - Rennes - 19h Causerie Populaire : Croissance économique & décroissance globale : de quoi parle-t-on ? Avec François Graner, biophysicien directeur de recherche au CNRS de l’Université de Paris – Diderot. Débat animé par Jean-Pierre Tertrais, auteur d’une centaine d’articles dans le Monde Libertaire, des brochures et livres sur la décroissance. au local la commune, 17 rue de Châteaudun, Rennes. Par le groupe la Sociale de la Fédération anarchiste

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Jeudi 5 novembre - Vannes - 14h30 Mobilisation des salarié.e.s du social et du médico-social public et privé "en solde et en grève" contre l'imposture du "Segur" (- 183 euros), à l'appel de la CGT 56 "Santé et action sociale". Rdv Place de la mairie

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Lundi 9 novembre - Questembert, cinéma Iris - 20h30 Ciné-débat "Un pays qui se tient sage" de David Dufresnes (sur les violences policières), en présence du réalisateur. Tarifs habituels

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Jeudi 12 novembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h45 Ciné-débat "La cravate" (sur le parcours d'un militant d'extrême-droite), en présence du co-réalisateur Etienne Chaillou. Tarifs habituels

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Samedi 14 novembre - Belle-Ile, Le Palais, salle Arletty - 20h30 Ciné-débat "Delphine et Carole, insoumuses" (Ce voyage au cœur du « féminisme enchanté » des années 1970 relate la rencontre entre la comédienne Delphine Seyrig et la vidéaste Carole Roussopoulos. Derrière leurs combats menés caméra au poing, surgit un ton empreint d’humour et d’insolence. Réalisé par la petite-fille de Carole). Rencontre avec Josiane Zardoya, monteuse du film.  

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Jeudi 19 novembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Mon pays fabrique des armes" (sidérante enquête sur les ventes d'armes françaises), d'Anne POIRET. En partenariat avec Amnesty International, avec Jean Froidefond de la commission "armes" d'Amnesty et Armand Paquereau de la campagne "Silence ! On arme". Tarifs habituels

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Vendredi 27 novembre - Lorient, cité Allende (12 rue Colbert) - 20h Conférence-débat « La contraception masculine » par l’association Thomas Bouaoù – avec lectures de textes du livre d’André MOREL « Le Zoïde ». Organisée par les Ami.e.s de Voltairine

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Dimanche 29 novembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 18h Ciné-débat "LIP. L'imagination au pouvoir" (sur une entreprise reprise en autogestion par ses employé.e.s au cours d'une grève). Suivi d'une rencontre avec l'équipe de l'Usine Invisible, structure solidaire développée dans le Morbihan dans un souci de juste reconnaissance et rémunération des couturièr.e.s mobilisé.e.s par la crise sanitaire

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Jeudi 10 décembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Autonomes" (documentaire de François Bégaudeau), en présence de Benjamin Constant, présent dans le film. Tarifs habituels

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Concerts

Autres événements

Au cinéma Ti Hanok à Auray Dim 29 nov