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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 11:30

Vendredi 9 décembre, à Vannes, nous avions choisi d'organiser une soirée "défaites vos idées toutes faites sur l'anarchisme". Nous étions 24. Pour ce type de discussions publiques, nous avons à chaque fois un dilemme : faut-il faire une introduction, apportant un peu de matière, ou entamer directement un tour de table sur les attentes et avis de chacun-chacune et amorcer spontanément le débat ? Par le passé, nous avons expérimenté les 2 formules, chacune ayant ses avantages et inconvénients. La première étant l'apport de "savoirs" par "ceux-celles qui savent", la seconde entraînant des échanges "dans tous les sens" pas toujours intéressants...

 

Ce coup-ci, nous avons opté pour une triple présentation : la première sur les valeurs fondamentales de l'@narchisme et une recherche d'y mettre en adéquation sa vie malgré le carcan social actuel, la deuxième sur l'autogestion, de la Préhistoire à nos jours (en gros !), et la troisième portait un questionnement sur l'@narcha féminisme, dont voici le support. La rencontre a été enregistrée et si le son tient la route, elle sera publiée sur ce blog. Nous avons eu en tout cas plus de deux heures d'échanges autour des élections, des religions, du sexisme, de la violence / non-violence, de l'éducation, de la révolution, de l'auto-suffisance alimentaire et énergétique, des contradictions parfois entre nos désirs et la réalité de nos pratiques liées aux contraintes de cette société, sur les manières possibles d'arriver à un monde non autoritaire, non capitaliste et solidaire, ... que nous avons trouvées pas mal.

 

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Questionnement sur l'anarcha-féminisme (par B)

 

Il existe au sein même de l'anarchie deux types de féminisme : le féminisme libertaire et l'anarcha-féminisme. Je souhaiterais avec vous ce soir examiner de plus près ce dernier mouvement.

 

I) Le féminisme en Bretagne : un mouvement en lutte pour sa légitimité

 

Mais avant toute chose, nous sommes ici pour défaire nos idées toutes faites. Et avant de voir plus exactement l'anarcha-féminisme, il s'agit impérativement de défaire, dans un premier temps, les idées reçues sur le féminisme lui-même.

 

1) Une vision négative du mouvement :


En France, d'une manière générale, le féminisme doit toujours, perpétuellement, prouver sa légitimité. Les hommes comme les femmes ne perçoivent pas, pour beaucoup, l'intérêt d'un tel mouvement. Soit, pour ces personnes, l'égalité des sexes et des droits est déjà existante, rendant ainsi le mouvement féministe caduc, périmé, vide de sens. Soit, ces personnes ont une image très négative du mouvement féministe et en particulier de la féministe, sur laquelle semble, par phénomène de transfert, s'agglutiner toutes les difficultés d'être des individus et de leur relation à l'autre. A la suite d'une petite enquête, j'ai constaté que La féministe prenait l'image d'une part d'un être castrateur et dominateur, transformant les hommes en une chose mollassonne n'ayant plus droit d'existence, d'autre part d'une extrémiste au sens péjoratif du terme, c'est-à-dire ne percevant aucunement la complexité du monde, et ce que nous pourrions appeler d'anti-féminin ou anti-féminine, c'est-à-dire accusant les femmes dans leur féminité et par là dans leur devenir femme et donc perçue comme étant une anti-femme. Il y a une véritable incompréhension du mouvement et des idées féministes. D'une manière générale, un amalgame est fait entre les notions féministes d'égalité des droits, égalité des sexes et déconstruction des genres.


Et le plus déroutant c'est qu'il est facilement observable que ce sont les femmes qui sont le plus souvent accusatrices, qui nient la valeur et la légitimité du mouvement féministe.


En Bretagne, plus particulièrement, le mouvement féministe aujourd'hui doit encore perpétuellement prouver sa légitimité. Car on lui oppose l'idée d'une société bretonne matriarcale au sein de laquelle le mouvement n'a pas sa raison d'être. Or, cette idée d'une société matriarcale est bien plus un mythe qu'une réalité. Selon la sociologue Anne Guillou « c'est une idée qui a été véhiculée par les intellectuels bretons du XIXe siècle, en réaction à des observateurs extérieurs qui décrivaient les femmes comme étant asservies et prématurément vieillies. Pour résumer, on peut dire qu'elles étaient des mères dominantes et des femmes dominées. » (Conférence Université d'été Quimper 2010). La Bretagne n'est pas une société matriarcale mais matrifocale au sein de laquelle le féminisme a toutes ces raisons d'exister.

 

2) Le combat véritable du féminisme :


Le féminisme lutte contre les modèles sociaux masculin/féminin obligatoires où la femme et l'homme se doivent d'avoir un certain type de comportement et de rôle défini et fixe. Je prendrais la femme en exemple qui se doit d'être féminine c'est-à-dire douce, attentionnée, maternelle, aimante, altruiste, prenant soin de sa beauté, sexuellement passive, en attente, cantonné à des métiers dits féminins (infirmière, aide soignante, pharmacienne, assistante sociale, institutrice, éducatrice jeune enfant, puéricultrice, hôtesse, vendeuse, esthéticienne, mannequin, coiffeuse, couturière, etc.) dans lesquelles elles utilisent toutes les capacités de leur dite féminité et où, surtout, elles assistent l'homme dans ses courageuses et ambitieuses actions.


Le féminisme lutte contre l'homophobie, la lesbophobie et la transphobie, contre l'esclavage sexuel et la pornographie sexiste, contre les modèles d'une sexualité imposée, forcément hétérosexuelle, où la femme est la plupart du temps passive et où l'acte sexuel est centré sur une éjaculation vaginale.


garsfilleLe féminisme lutte contre le publisexisme, contre les jouets sexistes qui façonnent les individus dès le plus jeune âge, et contre l'éducation sexiste. La petite fille est endoctrinée dans du rose, des cœurs, des barbies, des bijoux, du maquillage, des dinettes, des mini fers à repasser, des mini bébés qui pleurent, des mini aspirateurs sans qu'elles n'aient la possibilité d'accéder aux camions, tracteurs, voitures, vaisseaux inter-galactiques, pistolets, épées, costumes de Luc Sky alker, de Batman, de Superman, Spiderman, Zorro.


sexismeLe féminisme lutte contre les violences physiques, psychologiques et sexuelles. En France, 41 % des viols sont commis sur des filles de moins de 15 ans et 74% d'entre elles connaissent leur agresseur. Les violences faites aux femmes sont souvent exécutées dans la sphère familiale. Au moins 2 millions d'hommes en France battent leur compagne et chaque année 300 à 400 d'entre elles sont assassinées. 48 000 viols sont aussi déclarés chaque année ; combien sont tus ?


Le féminisme lutte pour le droit des femmes à disposer de leur corps. Dans les hôpitaux en France, il est encore difficile de pratiquer l'IVG. Les moyens sont réduits, les médecins parfois récalcitrants, moralisateurs, les regards suspicieux. Dans le Morbihan, le planning familial est inexistant. Les femmes qui sont hors délai doivent encore partir en Hollande ou en Espagne pour pratiquer un IVG. L'information dans les collèges et les lycées semble dans le secteur morbihannais encore faible concernant la sexualité, les MST, les modes de contraceptions, les possibilités d'IVG.


Le féminisme lutte contre l'exploitation économique des femmes dans la sphère domestique, contre l'inégalité des salaires et les discriminations au travail.


Le féminisme lutte contre l'État qui réprime mais aussi contre les religions qui oppriment : voile, excision, mariage forcé, interdiction de contraception, d'IVG, de vie sociale, affective et culturelle en  public, de vie et de relations extra-conjugales. Comment, nous, femmes françaises et bretonnes, tendons la main aux femmes immigrées mais aussi aux femmes du monde entier, bafouées, outragées, réprimées, vitriolées, torturées, lapidées, violées, etc. ?

 

II) L'organisation de la lutte et l'anarcha-féminisme :

 

01organizeAlors oui ! Le féminisme a ses raisons d'exister. Il n'est ni une lutte vaine ni un mouvement castrateur. Le féminisme qui s'inscrit dans l'anarchisme est plus encore à même de revendiquer les droits des femmes. En comparaison aux autres mouvements féministes, il prône la liberté pour tous, femme ou homme, et lutte contre toute forme d'oppression et de pouvoir. Ce n'est pas un mouvement qui fait campagne pour une égalité des chances au sein du monde capitaliste mais qui lutte contre le monde capitaliste. Les femmes ne doivent pas attendre l'établissement de lois votées par l'idéologie dominante pour prendre en main leur devenir. Elles ne doivent pas chercher à ressembler aux Pères mais à créer un nouveau monde. La lutte doit se faire de manière individuelle et collective, au quotidien mais aussi par des actions militantes, dans la sphère du privé autant que dans la sphère publique. Les femmes doivent être autogestionnaires, solidaires, lutter contre toute forme d'oppression, contre toute privation de liberté.

 

1) Contexte historique de l'anarcha-féminisme.


Mais regardons de plus près l'anarcha-féminisme. Ce mouvement est apparu dans le courant du XIXe siècle. Il exprime le désir d'un discours et d'une pratique autonome de certaines militantes anarchistes de façon collective ou individuelle. On pourrait croire que l'anarchisme est intrinsèquement féministe puisqu'il est une philosophie politique opposée à toute relation de pouvoir. Or, si ce mouvement est né, c'est bien qu'à l'intérieur même de l'anarchie, subsistait et subsiste encore un certain machisme, que dans les cercles anarcha-féministes anglophones on désigne sous le nom de manarchiste. Certains théoriciens anarchistes traditionnels, comme Proudhon par exemple, voyait dans le patriarcat un problème mineur, voire un phénomène fondamental à la structure familiale. Or, les anarcha-féministes perçoivent le patriarcat comme l'une des premières manifestations de la hiérarchie dans notre société, l'une des premières relations de pouvoir. L'anarcha-féministe se lie en cela avec le mouvement écoféministe qui voit apparaître le patriarcat et le sexisme, dès les premiers temps de l'établissement de l'agriculture. De cette première relation de pouvoir imposée à des fins économiques et, en quelque sorte, à la genèse du capitalisme et de l'Etat, se lient les phénomènes majeurs contre lesquels l'anarchisme en général s'oppose. L'anarcha-féministe lutte contre le patriarcat, le capitalisme, l'État, la famille, les genres féminin/masculin et le système d'éducation en militant pour une école nouvelle initiée par  Franscico Ferrer.

 

2) Questionnement et ouverture au débat


Ce qui m'interpelle dans cette réflexion du mouvement anarcha-féministe et dont j'aimerais aujourd'hui débattre avec vous, si vous le désirez, est ce positionnement sur le patriarcat, posé comme première relation de pouvoir et de domination. Si le patriarcat est enfin dissout au sein d'une société donnée dans tous les domaines (le genre, le sexe, le droit, le travail, etc) au profit d'une égalité, d'une absence de pouvoir entre les sexes et les genres, est-ce qu'il s'ensuivrait logiquement une dissolution du Capitalisme et de l'État ?

Est-ce que la déconstruction des genres imposés déconstruit toutes formes de pouvoir ?

 

B

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commentaires

Bête spatio-temporelle 05/09/2014 20:48

J'ai foi en le féminisme lorsqu'il est vu du côté positif. Vous avez le droit de ne pas vous torturer avec l'épilation. Vous avez le droit de travailler avec un fer à souder. Vous avez le droit
d'être poitrine nue quand il fait chaud, ou quand vous avez envie.

Vous avez un avantage que vous ignorez. Lors des combats à main nue, à très haut niveau, c'est le plus rapide qui l'emporte. La force brute n'est rien contre l'esprit, votre légèreté et votre
souplesse font de vous des combattantes redoutables, comme j'ai pu le constater dans les clubs d'arts martiaux.

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Agenda de la semaine

Le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

 

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Jeudi 17 septembre - Partout en France - Mobilisation sociale et intersyndicale (grève et manifestations...) pour les salaires, la réduction du temps de travail, pour une autre production de biens et services, etc...Appel de syndicats et d'organisations étudiantes et lycéennes. Vannes (10h30 Rond-point Le Poulfanc), Pontivy (10h30, la Plaine), Lorient (10h30 Place Glottin), Belle-Ile (11h port Le Palais)

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Jeudi 17 septembre - Rochefort en Terre, Café de la Pente - 19h30 Théâtre clownesque, poésie dénonciatrice "Punctum Diaboli" par la Compagnie des Oubliettes. Pot pourri historique sur la persécution des femmes. Prix libre, durée : 1h30

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Samedi 19 septembre - Port-Louis - 20h : rencontre avec Isabelle Attard autour de son essai "Comment je suis devenue anarchiste", animée par Roger Le Vilain. Entrée libre mais réservation indispensable. "La Dame Blanche" Librairie, Café, Salon de thé

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Dimanche 20 septembre - Concarneau - 15h Appel de la CNT Quimper à un cordon libertaire "REFUSONS CE MONDE, PRENONS NOS VIES EN MAIN". Sur les quais entre la ville close et le port de plaisance

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Dimanche 20 septembre - Etel, cinéma la Rivière - 17h Projection-débat "Plogoff, des pierres contre des fusils". Plogoff, février 1980. Toute une population refuse l’installation d’une centrale nucléaire à deux pas de la Pointe du Raz, en Bretagne. Six semaines de luttes quotidiennes menées par les femmes, les enfants, les pêcheurs, les paysans de cette terre finistérienne, désireux de conserver leur âme. Six semaines de drames et de joies, de violences et de tendresse:  le témoignage d’une lutte devenue historique. Projection suivie d’un débat avec la réalisatrice Nicole Le Garrec ainsi que l’association Les Lucioles - Ria en  transition. Sur Erdeven a eu lieu en 1975 une bataille moins violente contre un projet de centrale nucléaire. Et maintenant quelle est notre capacité à être autonome énergétiquement ?

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Mercredi 23 septembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h45 Projection de "Plogoff. Des pierres contre des fusils" en présence d'Erwan Moalic, président des "ami.e.s de Nicole et Félix Le Garrec"

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Vendredi 25 septembre - Concarneau - Rassemblement festif et populaire ouvert à tous pour dénoncer le modèle des chalutiers géants, scandaleux sur le plan social et environnemental, à l'occasion du baptême d'un nouveau chalutier de pêche industrielle (le SCOMBRUS). A l'appel de l'association Pleine Mer (pêcheurs-artisans...). 11h, face au bureau de France Pélagique, dans la zone du Moros

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Samedi 3 octobre - Auray, cinéma Ti Hanok - 19h Ciné-débat "Numéro 387" de Madeleine Royer suivi d'un échange avec SOS Méditerranée

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Lundi 12 octobre - Angers - 9h Rassemblement de soutien à Vincenzo devant la Cour d'appel. Pour sa totale liberté

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Concerts

Autres événements

Ciné concert "Rock against racism" au Ti Hanok à Auray

 

 

 

Ciné débat "Plogoff. Des pierres contre les fusils"