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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 15:31

Dans l’élan des événements du printemps 1968 est créée, le 21 septembre 1969, la communauté libertaire du Gouah-Du, à la Chapelle-Neuve, près de Locminé, dans le Morbihan. Quittant une situation assurée, refusant la société capitaliste sans chercher à se couper d’elle, des jeunes décident d’unir leur aventure. L’objectif est « la mise en commun des capacités, des ressources, des énergies et des problèmes propres à chacun des êtres qui la composent, sans autre autorité que le bon sens, l’autodiscipline et l’intérêt de tous, dans le but de contribuer au changement de la société ». Ces personnes faisaient partie de l'ASRAS (Alliance des syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes)

 

Nous ne connaissons pas la durée de cette expérience. Mais ces gens essayèrent la mise en commun la plus totale, matériellement et financièrement, par une entreprise autogérée, axée vers la production d’artisanat.

Information tirée de l'exposition "l'anarchisme et les anarchistes en Bretagne", chapitre de 1968 à 1980, réalisée par le groupe de Rennes de la fédération anarchiste.

La communauté Gouah-Du a rédigé et édité une brochure de 17 pages, intitulée "Après plus de six mois d'expérience, la communauté libertaire du Gouah-du s'explique...",  parue en 1970. Ci-dessous des extraits de cette brochure, nous n'avons pas tout repris (entre autres les griefs à l'encontre du système capitaliste et les schémas d'une nouvelle organisation sociale). 

 

  Gouah-Du 001

Extraits de cette brochure

 

    Qui sommes-nous ?

 

Nous avons tous quitté une situation assurée (aux PTT, dans les études techniques, dans la cordonnerie, ou dans l'éducation nationale), pour créer cette communauté, c'est-à-dire pour mettre en commun nos capacités, nos ressources, nos énergies et nos problèmes, sans autres autorités que le bon sens, l’autodiscipline et notre intérêt à tous, celui de la communauté.

Nous sommes tous des jeunes (de 18 à 23 ans) et nous avions tous un emploi avant de nous rejoindre.

 

    Pourquoi au Gouah Du ?

 

En fait, c'est un peu le site, mais surtout le loyer apparemment modéré qui ont guidé notre choix.

Nous ne sommes ni des ermites, ni des hippies. Nous ne cherchons pas à nous couper de la société, contrairement aux apparences. Seulement, le Gouah-du nous évite les contraintes de la ville : bruits, agitation, horaires imposés, chefs imbéciles, etc... et nous permet de vivre et travailler dans des conditions que nous avons entièrement choisies.

 

    La légende et nous

 

La légende a prétendu, ou prétend encore, que nous sommes : des fils de riches, des fainéants, des drogués, des hippies.

   Des fils de riches ? Nos parents sont tous des travailleurs salariés (fonctionnaires, docker, ouvrier du bâtiment) ou retraités ;

   Des fainéants ? Voici notre horaire de travail :

           - lever à 11 heures,

           - corvées ménagères de 11h à 16 heures,

           - travail de 16 heures à 4 heures du matin,

           - repos de 4 h à 11 heures ;

   d'autre part notre production est là pour prouver notre travail ;

   Des drogués ? Une perquisition et une enquête de la brigade des stupéfiants ont prouvé que nous n'avions jamais eu de drogue au Gouah-du, et que nous ne nous étions jamais drogués. De plus l'usage de la drogue va à l'encontre de nos principes. Elle permet seulement à une fraction de la population d'oublier les réalités et les problèmes de la société (ce n'est pas tout ce que nous avons à dire sur ce problème, mais, ce n'est pas la place, ici.) ;

   Des hippies ? Le hippy rejette la société par son anticonformisme, mais ne cherche pas à en résoudre les problèmes. Dans certains cas, ils admettent, même, un chef. Les idées hippies sont, aussi, en contradiction, avec les nôtres.


Ces quelques lignes nous ont permis de vous préciser qui nous étions et de dénoncer la légende faite autour de nous, nous voulons maintenant vous expliquer pourquoi nous avons formé cette communauté.

 

 

--------------------------------------------------------------------------------

 


Si nous nous sommes réunis pour vivre selon les principes libertaires, c'est parce que nous refusons la société actuelle et que nous voulons contribuer à en construire une autre.

 

   Nous refusons la société capitaliste :

 

   (...)

 

   Ce que nous proposons : le SOCIALISME LIBERTAIRE

 

   Le socialisme libertaire, la plus méconnue et la plus maltraitée des philosophies, dénonce l'inutilité des patrons qui sucent la classe ouvrière et des curés qui demandent au peuple d'attendre que Dieu décide pour que la situation s'améliore et, enfin, des polices de toutes sortes qui vous empêchent d'être de l'avis contraire à celui des dirigeants.

   Le socialisme libertaire demande : quel ouvrier ne se sent pas capable de gérer, avec ses camarades, l'usine où ils travaillent et qu'ils font tourner, puisqu'ils savent comment gérer les finances de leurs familles ?

   Le socialisme libertaire demande : de quel droit une poignée de profiteurs décide pour quelques millions d'autres hommes qui auront droit à la matraque s'ils contestent ?

 

   Le socialisme libertaire propose les différents schémas suivants d'organisation économique et sociale, pour que sur le plan économique :

   - au niveau de l'entreprise (usine, exploitation agricole, ...) la gestion soit effectuée par les travailleurs eux-mêmes (autogestion). Nous pensons que les travailleurs sont parfaitement capables de s'occuper des investissements des achats, des matières premières, des commandes, de la vente et des relations avec les autres entreprises gérées, elles aussi par les travailleurs eux-mêmes ;

   - au niveau d'un pays : l'organisation de la production, l'organisation de la distribution et la coordination des entreprises par le syndicat d'industrie, ou par le syndicat agricole, tous les syndicats étant regroupés dans une CONFEDERATION NATIONALE DU TRAVAIL.

 

   L'ORGANISATION ECONOMIQUE

 

   (...)

 

   L'ORGANISATION ADMINISTRATIVE ET SOCIALE

 

   (...)

 

--------------------------------------------------------------------------------

 

Nous faisons partie de tous ceux qui militent pour le socialisme libertaire.

(...)

Les organisations (...) ont soit une activité anarcho-syndicaliste (c'est-à-dire syndicaliste révolutionnaire) soit de propagande par des groupes libertaires. Nous avons choisi une autre forme d'action. Pourquoi ? Parce qu'il nous semblait nécessaire de dépasser les mots et de montrer un exemple concret d'organisation économique libertaire au niveau d'une entreprise autogérée (ce que nous sommes déjà), et, d'autre part, de faire l'expérience de la vie communautaire, suivant les principes libertaires.

 

Nous pensons ainsi démontrer aux gens sceptiques qu'il n'est pas besoin de chef, et qu'une entreprise peut être gérée par les travailleurs eux-mêmes. Et, sur le plan moral, nous voulons montrer qu'il est possible de supprimer l'esprit de possession des choses (propriété privée) et des êtres (mariage, liens familiaux), les intérêts de la vie communautaire sont, en effet, supérieurs à ceux de la vie familiale, où les enfants sont liés à un seul exemple : celui des parents. Dans une communauté, au contraire, les enfants ont plusieurs exemples, plusieurs personnes à qui s'en remettre quand ils ont besoin d'affection ou de comprendre quelque chose. Cela, bien sûr, ne supprime absolument pas les liens entre la mère et l'enfant, seulement ces liens ne sont plus égoïstes, mais raisonnés, du fait même que la mère admet que l'enfant soit attaché à plusieurs personnes et non plus à une seule ou à un seul couple. Cela élargit d'autant l'esprit de l'enfant.

(...)

 

--------------------------------------------------------------------------------

 

    UTOPIE ?

 

Beaucoup voudraient vivre dans une telle société : "Ce serait le paradis", disent-ils. Beaucoup, aussi, pensent que si, eux, seraient capables d'y vivre, leurs voisins ne le seraient pas. Le voisin disant évidemment la même chose !

 

Enfin, au bout du compte, on nous traite d'utopistes. Pourtant si nous croyons à la réussite de notre entreprise, comme à l'avènement du socialisme libertaire, si nous croyons que cela est possible, c'est parce que nous avons des exemples historiques d'application du socialisme libertaire.

 

(...)

 

--------------------------------------------------------------------------------

 

    6 MOIS D'EXPÉRIENCE - UN PREMIER BILAN

 

- Sur le plan moral et social :

Après six mois de vie communautaire librement acceptée n'importe quel individu commence à perdre son sens de la propriété privée - tant en ce qui concerne les choses, qu'en ce qui concerne les êtres ; son individualisme petit-bourgeois qui perpétuait la loi de Jungle ; ses tristes périodes d'isolement qui l'effondrent et lui font douter de lui et de son entourage.

- Sur le plan sexuel :

Notre recherche vers l'union et l'amour libres, est actuellement en bonne voie ;

nous parvenons à mettre nos problèmes en commun, et, ainsi à les résoudre plus facilement.

- Sur le plan pratique :

Les avantages sont aussi considérables. Nous avons ainsi appris des métiers que nous n'aurions pu exercer dans la vie que nous avons quittée, ce qui élargit d'autant notre horizon de pensée et de réflexion. Nous avons, aussi et surtout, appris que toutes les difficultés matérielles sont surmontables pourvu qu'un idéal existe et que la liberté individuelle soit respectée, par tous, à l'intérieur comme à l'extérieur de la communauté.

 

D'autre part, n'oublions pas que notre atelier artisanal fonctionne depuis six mois sans chef aucun et avec l'initiative de tous. C'est cela sans doute le plus positif de l'expérience.

 

Pourtant, Gérard en octobre et Pamphile en décembre, nous ont quittés.

Comment expliquer ces départs après avoir dressé un bilan aussi positif ?

D'abord, par le fossé qui existe entre les paroles et les actes des deux démissionnaires. Il est très facile de se dire militant libertaire quand on est confortablement installé dans un café, il l'est déjà beaucoup moins quand on est confronté aux difficultés imposées par la lutte de tous les instants qui est celle des véritables militants.

 

Mais, il est évident que nous sommes libres d'arrêter l'expérience si nous ne nous sentons plus assez forts pour la poursuivre, ou, si elle ne nous convient plus.

 

De toutes manières, ces départs n'ont qu'une importance relative, puisque la constitution non sélective d'une communauté les rend prévisibles et puisque beaucoup d'autres personnes attendent pour nous rejoindre que notre communauté puisse les accueillir décemment.

 

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   CONCLUSION PROVISOIRE

 

Vous le savez déjà, les flics aussi, la communauté libertaire du Gouah du est à vocation militante. Préciser que son jeune âge, ses maigres ressources financières du moment, et que les tracasseries policières qu'elle subit l'empêchent de diffuser plus efficacement les idées libertaires, est, vous le comprenez, inutile. Actuellement, nous nous bornons à vendre des journaux et à expliquer notre philosophie à qui veut venir nous voir.

L'organisation économique de notre communauté ne sera, elle aussi, exemplaire que lorsque nous serons plus nombreux, donc plus productifs.

 

Nos projets envisagent une modification dans la nature de notre production, nous pensons bientôt créer une petite exploitation agricole. Aussi, nous demandons à tous ceux qui sont désireux de nous aider, de nous renseigner sur les problèmes de l'élevage de chèvres et de la culture.

 

Pour peu que notre production de cuivre gravé soit écoulée et que nos amis deviennent plus nombreux encore, l'avenir prévu de notre communauté est assuré.

 

Avant de mettre le point final à cette brochure, il faut que  nous vous fassions part d'une certitude qui nous est chère :

parce que nous n'avons que notre philosophie, notre imagination, nos bras et vous, peut-être, pour répondre aux puissances d'argent, aux flics et imbéciles de toutes sortes, puissants en nombre, notre communauté marche sur un fil fragile. Aussi, son échec éventuel ne serait nullement l'échec de nos idées.

Mais l'intérêt que nous savons avoir soulevé parmi vous, nous prouve que notre expérience est non seulement nécessaire, mais qu'elle répond à un besoin impérieux pour trouver une solution aux problèmes de l'Homme dans le monde.

 

Si vous désirez un supplément d'informations, nous vous invitons à venir nous voir, ou à nous écrire :

 

Communauté libertaire LE GOUAH-DU

La Chapelle Neuve

par LOCMINE -56-


Avril 1970, le Gouah-du

 

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Bibliographie succincte pour approfondir les idées libertaires


   Sur le socialisme libertaire :

         - Le monde nouveau, par Pierre BESNARD

         - L'anarchisme, par Daniel GUERIN (Col. Idées-Gallimard)


   Critique du capitalisme :

         - Qu'est-ce que la propriété ?, par PROUDHON (Col. Garnier Flammarion)


   Critique du communisme :

         - La révolution inconnue, par VOLINE (Ed. Belfond)


   Sur l'Ukraine :

         - La révolution inconnue, par VOLINE (Ed. Belfond)


   Sur l'Espagne :

         - L'oeuvre constructive de la révolution espagnole, éditée par la CNT

         - Les anarchistes espagnols et le Pouvoir, Ed. Le Seuil

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Published by anars56 - dans Histoire
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Jeudi 2 novembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "La question démographique et ses implications politiques", avec Jean-Pierre Tertrais, par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

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Vendredi 10 novembre - Vannes - Soirée débat du groupe Lochu. Nous accueillons Alain Leduc pour son ouvrage "Octave Mirbeau, le gentleman-vitrioleur"

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Jeudi 7 décembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "Migrants. Témoignage de sympathisants sur leur expérience à Calais en soutien à la lutte des migrants", par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

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