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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 13:30

Le marxiste Bruno Frère a rédigé en 2010 le texte "Une organisation politique libertaire est-elle possible ?" (lisible en cliquant sur le lien) dans lequel il s'interroge sur les modes d'organisation que devrait choisir le mouvement dit altermondialiste pour arriver à ses fins... Dans cet article, il prétend analyser la proposition libertaire du fédéralisme et des réseaux...   Evidemment, en tant que partisan du "centralisme démocratique", il répond à cette interrogation (Une organisation politique libertaire est-elle possible ?) par la négative... Son texte a été mis en ligne sur le site du FSL 56 (Forum social local du Morbihan), collectif dans lequel nous sommes investis. Et bien entendu, nous avions rédigé quelques réponses !  Ces trois mises au point abordent chacune un angle différent avec le style qui revient à chaque auteur.

 

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1.

 

Le texte "Une organisation politique libertaire est-elle possible ?" appelle réponse car l'auteur fait un usage réducteur du terme, qu'il analyse via un prisme déformant.
A telle enseigne qu'il en arrive à le rendre interchangeable avec la cause "libertarienne" (autrement dit l'ultra lbéralisme).
Pour ce faire, sous couvert d'en étudier son évolution historique, il s'en prend au mode de coordination anarchiste : le fédéralisme fondé sur l'auto administration d'un groupe social sans intervention d'un pouvoir central et sur la libre association, mais en lui coupant les éléments vitaux : l'entraide et l'égalité économique et sociale. Coupures qui le vide de son sang généreux et vigoureux. Comme beaucoup, l'auteur regarde l'anarchisme de profil, car c'est au fond ce qu'il attaque, en ne lui voyant qu'une seule jambe : la liberté. S'il l'avait regardé de face, c'est-à-dire franchement, il aurait vu le pendant indispensable et par conséquent indissociable pour marcher : l'égalité et l'entraide. Ce qui permet de le dissocier sans équivoque possible du libertarianisme.

Depuis Proudhon, la boussole qui a toujours guidé les socialistes fédéralistes anti-autoritaires, c'est-à-dire les anarchistes, c'est la justice sociale ou comment concilier la liberté individuelle (fédéralisme) et l'égalité (socialisme). L'idée proudhonienne initiale a été retravaillée et dépassée. C'est ainsi que de fil en aiguille on passe au stade dit "collectiviste" (période Bakounine) pour aboutir au communisme libertaire... dès 1880 (soit 15 ans après la mort de Proudhon), ce que semble n'avoir pas vu l'auteur.

Le fédéralisme n'est pas l'apanage des libertaires, ni le socialisme "de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins", mais c'est leur combinaison qui fait la spécificité de ce courant d'idées.
Y passer outre, c'est passé à côté.

Il ne saurait exister de fédéralisme libertaire véritable sans esprit de solidarité. Chaque structure, autonome dans son fonctionnement interne, a aussi pour éthique de rendre des coups de main aux autres, de mutualiser les capacités. Ce point fondamental, sans lequel le terme libertaire n'est pas adapté, le différencie totalement du qualificatif libertarien, pour qui la liberté peut être celle d'exploiter autrui !
Il est aussi faux de dire que le fédéralisme libertaire tend à ne constituer que des groupes épars aux liens ténus. Bien compris, il doit tendre au contraire à réaliser l'unité (mais non l'uniformisation) en permettant l'intégration pacifique des groupes sociaux diversifiés, volontairement associés... et ce du local au mondial. Il permet ainsi de régler des problèmes et de mener des projets de grande ampleur. Dans un article intitulé "Politique participaliste : des idées qui peuvent inspirer les anars" du 6 août 2009, Normand Baillargeon, après avoir dénoncé léninisme et démocratie représentative, estime : "Notez que si on fixe à 40 le nombre moyen de membres des Conseils *, il suffit de 7 niveaux pour impliquer quelque 40 millions de personnes dans une décision qui les affecterait toutes. On peut imaginer un système de rotation pour déterminer qui sera le délégué et poser qu’un système de rappel soit institué pour assurer que le délégué fasse correctement son travail."

(* Un Conseil est un regroupement de personnes qui prend, seul, les décisions qui affectent les membres du Conseil et eux seuls.)

Les anarchistes sont épris-es de libertés, c'est bien connu. Or Bruno Frère devrait s'interroger quand il cite ce passage de Proudhon : "Dans la fédération, les attributs de l’autorité centrale (...) diminuent (...) d’intensité à mesure que la confédération se développe". Ainsi, plus on s'associe, plus est grande la liberté... C'est bien le contraire de l'atomisation qui est recherché, alors que B. Frère prétend que c'est ce à quoi aboutit le fédéralisme libertaire.

Il est vrai que le mouvement altermondialiste devrait étudier plus à fond ce qu'est le fédéralisme libertaire (et le pratiquer davantage) pour se donner plus de force, d'efficacité tout en se garantissant la plus grande autonomie.

Le fédéralisme libertaire n'est pas une construction théorique. Né de l'observation du fonctionnement des associations ouvrières et des nations de son époque, c'est effectivement Proudhon qui en a révélé la portée révolutionnaire. Ainsi, le fédéralisme est l'équilibre entre deux tendances historiques de l'humanité : d'une part celle qui consiste à aller de l'éparpillement vers le rassemblement (depuis les tribus primitives jusqu'aux grands ensembles du monde moderne), d'autre part l'aspiration des "peuples" à conserver leurs libertés.

L'auteur nous dit que l'autogestion est aussi revendiquée par les libertariens, qu'elle serait un nouvel esprit du capitalisme (des patrons qui laissent les ouvriers s'auto organiser... tout en se gardant pour eux la plus-value, il omet de le dire) mais cette autogestion là n'est pas libertaire : pour l'être, la propriété de l'entreprise devrait appartenir à la collectivité (elle est socialisée), le conseil gestionnaire (s'il y en a besoin d'un) devrait être élu et révocable, sans rémunération supérieure favorisant le retour aux privilèges... Et l'auto gestion libertaire est généralisée à la société entière... ou n'est pas ! Les fruits du travail ne sont pas extorqués par le patron/propriétaire car il n'en existe plus, ils sont mis en commun.

Si Bruno Frère a ainsi caricaturé l'idée fédéraliste libertaire, c'est bien pour, en filigrane, valoriser le centralisme, le pouvoir et la hiérarchie. Il revient à nier la capacité d'auto organisation des exploités. On a déjà donné, on a vu le mal que ça a fait et on le subit encore aujourd'hui !

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2.

 

Contrairement à ce que dit cet intellectuel, Proudhon a beaucoup écrit sur l'organisation du prolétariat... pour lui, et non pour un parti de gens qui décident de le représenter. Ce chercheur n'a pas trouvé non plus l'abondante littérature, ni la pratique de tout le mouvement libertaire, pourtant fortement organisé ! il n'a pas davantage trouvé ce qu'il a réussi à faire !
Plus près de nous, il semble ne pas connaître la théorie et la pratique de l'Internationale Situationniste.
Mais il fait rire quand, reprochant aux associations d'être parfois menées par des réseaux occultes, il leur oppose les places de pouvoir légitimes nettement identifiées des partis (centralisme dit démocratique). Ce chercheur n'a pas trouvé leur Histoire faite de reniements, de trahisons et de volte-faces subites. Il n'a pas vu que ces partis ne sont que le décalque de la pseudo-démocratie représentative : mais derrière cette façade aveugle, où peuple, militants et électeurs ne rentrent pas, fait rage la lutte pour le pouvoir...dans les bureaux où le tapis rouge n'est déroulé que pour les riches. C'est le but et le résultat de la délégation de pouvoir !
Ce perspicace et clairvoyant chercheur, a su trouver des partisans du capitalisme pour les mettre en vis-à-vis des libertaires. Que ces partisans de la marchandise se baptisent libertariens pour redorer le blason éculé des libéraux ne le surprend pas. Il y voit même une convergence avec les libertaires, dont il a au préalable rogné les ailes ! Mais la voie de la marchandise n'est absolument pas celle de la liberté. Et leur opposition partielle aux États n'en fait pas des partisans de la liberté.

En fait, on reconnaît bien l’idéologie léniniste, soeur mineure de l'idéologie de toute classe dominante.
 
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3. Et un p'tit texte de Marx sur la Commune de Paris (1871) qui est quasiment "une profession de foi anarchiste"... bien oubliée et surtout inappliquée par les marxistes léninistes.

 

"La Commune dut reconnaître d'emblée que la classe ouvrière, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer à  se servir de l'ancien appareil d'Etat ; pour ne pas perdre à nouveau la domination qu'elle venait à  peine de conquérir, cette classe ouvrière devait, d'une part, éliminer le vieil appareil d'oppression jusqu'alors employé contre elle-même, mais, d'autre part, prendre des assurances contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les proclamant, en tout temps et sans exception, révocables.

En quoi consistait, jusqu'ici, le caractère essentiel de l'Etat ? La société avait créé, par simple division du travail à l'origine, ses organes propres pour veiller à ses intérêts communs. Mais, avec le temps, ces organismes, dont le sommet était le pouvoir de l'Etat, s'étaient transformés, en servant leurs propres intérêts particuliers, de serviteurs de la société, en maîtres de celle-ci. On peut en voir des exemples, non seulement dans la monarchie héréditaire, mais également dans la république démocratique. [...]

Pour éviter cette transformation, inévitable dans tous les régimes antérieurs, de l'Etat et des organes de l'Etat, à  l'origine serviteurs de la société, en maîtres de celle-ci, la Commune employa deux moyens infaillibles. Premièrement, elle soumit toutes les places de l'administration, de la justice et de l'enseignement au choix des intéressés par élection au suffrage universel, et, bien entendu, à  la révocation à tout moment par ces mêmes intéressés. Et, deuxièmement, elle ne rétribua tous les services, des plus bas aux plus élevés, que par le salaire que recevaient les autres ouvriers. Le plus haut traitement qu'elle payât était de 6 000 francs. Ainsi on mettait le holà à la chasse aux places et à l'arrivisme, sans parler de la décision supplémentaire d'imposer des mandats impératifs aux délégués aux corps représentatifs."

 

Bref, personnellement, je pense qu'il faut mettre en place des mécanismes pour se protéger de toute domination, et qu'il faut affirmer ses positions politiques (en société post-moderne) pour contrer les critiques formelles (par exemple, que ce serait pas assez "libre"...).

A part ça, je suis d'accord que les réseaux trop informels, c'est de la merde à bobos.

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Published by anars56 - dans Anarchisme
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commentaires

Outré 07/05/2011 01:53


Je ne suis pas très surpris connaissant globalement ces points de vues. Simplement je crois que sur certains points de l'Histoire, l'URSS n'a pas eu le choix d'être ce qu'elle a été. N'oublions pas
que la Russie elle même fut harcelée de toute part aux premières années de la Révolution, l'ennemi voulait sa mort à l'intérieur comme de l'extérieur (finalement ce ne fut pas une situation très
différente de la Révolution française). A partir de ce moment, il est évident que des divisions aient pu se produire, notamment quant à la tournure autoritaire que pris la Révolution. Certains
auteurs dénoncent aussi une mauvaise gestion, alternant des mesures contradictoires socialisantes puis capitalisantes, qui ont conduit le pays à frôler la catastrophe. C'est probablement vrai, la
situation du pays après une guerre mondiale, une guerre civile n'est pas facile à gérer, surtout lorsque l'ont est isolé du reste de l'Europe. Et encore il faut considérer que les détenteurs du
capital refusaient de travailler selon la nouvelle société. Puis vint l'achèvement avec la seconde guerre mondiale et je pense sincèrement que si la Russie était devenue capitaliste elle aurait
accepté le plan Marshall (ce qui ne fut pas le cas il me semble). Puis vint le défit: devenir plus puissant que la plus grande puissance du monde pour s'imposer; départ de la course à l'armement
(coup fatal à la Révolution certes mais y avait il vraiment le choix?! sans faire de nihilisme?). Je fais donc vraiment la part des choses. Je ne comprends même pas comment la Révolution a pu
survivre plus de 5 ans dans de telles conditions ...
Quant aux opportunistes actuels qui fricoteraient avec la mafia cela doit être relatif à l'instauration du parti unique; comme dans tout système certains essayent de le changer de l'intérieur sauf
que dans le cadre d'un parti unique il n'y a qu'un seul choix à faire. Vous ne serait pas étonnés de constater que nombre d'opposants au régime chinois sont d'authentiques communistes ...

La Commune de Paris, dernier moment d'unité visiblement, me fait penser un peu à la même situation: une jeune République menacée qui consolide ses lois. La division des révolutionnaires EST la
principale cause du succès du capitalisme, c'est ce que je voulais dire dans mon précédent commentaire. Il y aurait pu y avoir un consensus entre libertaires et républicains en 1936 pendant la
guerre d'Espagne: la garantie du droit d'organisation sociale selon l'idée libertaire dans les régions conquises par les milices en contrepartie de l'implantation d'une sécurité nationale dans ces
zones le temps que le fascisme soit vaincu (car c'est bien ce qui comptait à ce moment battre le fascisme pour pouvoir enfin penser à vivre et pour cela il y avait besoin d'unité).

Votre combat est louable. Simplement ce que je constate aujourd'hui c'est que l'URSS est tombée mais a laissé place à un capitalisme bien plus avancé que celui que vous y dénonciez. Et bien
entendu, l'Occident s'en est obtenu une nouvelle jeunesse jusqu'à la crise suivante. Il n'y a pas de consensus, l'idéologie mondiale est libérale et leurs instigateurs n'ont pas besoin d'unité (à
part dans les élections éventuellement) tandis que pour une société sociale et solidaire il y a forcément une unité qui doit se former quelque part.

Pour finir, parlons de l'Etat: vous le considérez bien sûr comme responsables des maux de la Planète, soit. Mais doit on considérer également la sécurité sociale comme néfaste? l'établissement du
statut de fonctionnaires pour assurer des services pour tous, affranchis des lois de l'entreprise privée? ou doit on également condamner les quelques nationalisations de l'après guerre qui ont vu
la société française s'équilibrer autour de 50% public 50% privé? Bien sûre on peut faire mieux, on peut toujours faire mieux mais tout le monde n'a pas la même volonté d'où ma remarque: vous étés
en avance. Personnellement je réfléchis pas mal à un moyen de séparer les investissements publics et privés sans concentrer excessivement les pouvoirs. Je ne considère pas pour autant la
décentralisation comme une fin en soit (connaissant ses effets aujourd'hui) mais je crois que nous pourrions imaginer des structures autre que l'Etat pour garantir une justice sociale qui soit
stable et donc délivrée du marché, nous pourrions imaginer un autre système monétaire d'économie solidaire principalement, imaginer une autre référence de monnaie pour ce système de manière à ne
pas subir la concurrence. Et laisser la monnaie actuelle à qui veut vendre et acheter ce qui n'a pas de rapport directe avec la vie et la dignité humaine.


JJ 06/05/2011 17:47


Une mise au point :
Les maîtres de l'Etat dans le bloc de l'Est ont feint de croire à l'échec de leur modèle et, en le sabordant, se sont empressés de se vendre au capitalisme. Ils se sont bien gardés de remettre le
pouvoir au peuple à qui ils l'avaient confisqué. Je dirai même plus : ils ont feint de critiquer leur modèle de gestion, mais ce n'était que pour la galerie des gogos ! En fait, au même moment et
en sous-main, ils préparaient leur recyclage avec le capitalisme mondial, pour s'enrichir toujours plus. Ils ont ainsi montré la vérité des léninismes : la recherche du pouvoir séparé de la société
!


Outré 04/05/2011 02:23


Bien le bonjour citoyens! Je dois me permettre certaines remarques quant à cet article. Je comprends tout à fait le point de vue anarchiste, et à vrai dire l'anarchisme est probablement le stade le
plus avancé de la société humaine. Je trouve l'idée du fédéralisme pas mauvaise car elle permet d'éviter la concentration des pouvoirs que personne même la plus humble des personnes ne peut gérer
sans corruption. MAIS, je dois aussi prendre en compte certaines réalités: vous autres anarchistes êtes beaucoup trop en avance. Et c'est pour cela que la suppression de l'Etat aujourd'hui ne
mènerait qu'au succès de l'anarcho-capitalisme. Toute société plus égalitaire et autonome se verrait effectivement annihilée par les sociétés inégalitaires les plus conquérantes, concurrence
oblige. C'est pourquoi aucune société libertaire ne peut fonctionner tant que la droite ne se sera pas réformée elle même (après tout le principe d'égalité n'a pas été complétement nié par les
pionniers du libéralisme tels que John Locke, il faudrait donc le rappeler aux républicains de droite, qu'ils se détachent de leur alliance avec des pseudo-monarchistes au nom de la République).
Les bases de l'Egalité ne sont pas encore implantées et donc celles de la Liberté non plus. Il faut un équilibre entre les deux. Et je ne peut le voir tant qu'une véritable Révolution des
consciences n'aura pas eu lieu. En attendant l'Etat a encore un rôle à jouer, sans trop de pouvoir centralisé, certes, mais un rôle, en attendant que nous trouvions un meilleur moyen pour la
répartition des richesses. Quant à vous anarchistes j'espère que vous aurez compris comment, historiquement parlant, vous avez été instrumentalisés par le capitalisme; la manière dont s'est déroulé
la chute de l'URSS n'a mené qu'à la mondialisation du capitalisme financier (malgré un léger espoir international avec le rapport Sakharov), et ainsi risque de se produire la chute de la Révolution
cubaine. Les idées d'égalité ne survivent que lorsque leurs partisans restent unis! Souvenons nous la Commune de Paris ...


anars56 06/05/2011 19:50



Merci, Outré, pour ton intéressant commentaire. Nous sommes évidemment d'accord jusqu'à ton "MAIS" et aussi pour la nécessaire "Révolution des consciences", qui
n'est pas la moindre de nos motivations et activités et enfin nous sommes sans doute en accord sur le lien entre Liberté et Egalité (Cf. le texte fondamental de Carlo Cafiero "Anarchie et communisme" rédigé dès 1880 !). Je discuterai donc simplement des points
suivants :


Tu déclares que les anarchistes sont "en avance". C'est nous faire beaucoup d'honneur car nous n'avons pas cette prétention ! Comme les autres, nous sommes aussi le produit de déterminismes sociaux. Il y a juste que nous essayons de nous affranchir,
autant que faire se peut, des conditionnements sociaux que nous jugeons néfastes : ceux qui génèrent des rapports de domination, d'exploitation, de discrimination et de manipulation entre les
individus. Nous entendons leur substituer des rapports d'entraide et une recherche personnelle et collective d'émancipation, d'épanouissement... Ce qui implique un esprit critique toujours en
éveil. Aussi, ne prétendons-nous pas que cet affranchissement soit accompli intégralement. Nos revendications antisexistes, par exemple, ne signifient vraisemblablement pas que nous ayons réussi
à nous débarrasser de tout sexisme... tant le patriarcat est constitutif de la société et donc aussi de notre imaginaire, malheureusement. Plusieurs d'entre nous sont aussi salariéEs, c-à-d
soumisES à une forme d'esclavage à travers le lien de subordination qu'implique le salariat... Nous crions "liberté", justement parce que nous ne sommes pas "libres" ! A ce
titre, nous nous heurtons : au capitalisme (à son organisation fondée sur l'exploitation, l'accaparement des richesses et des moyens de production, mais aussi à
ses valeurs de compétition : l'écrasement des autres... et à l'aliénation et la frustration que peuvent procurer la marchandise, l'ultra-consommation, la "pipolisation", les jeux d'argent...),
à l'Etat (sa "Justice", son armée, sa police, sa surveillance...), aux religions, et aux préjugés racistes, xénophobes, sexistes, homophobes,
âgistes, ou à l'encontre des handicapéEs, etc...


Ce qui distingue sans doute le mouvement anarchiste des autres mouvements de libération, c'est de poser les rapports de Pouvoir comme un problème en
soi, de réfléchir à des structures sociales qui ne permettent pas au Pouvoir de s'autonomiser (c-à-d d'être confisqué par une minorité, ou une oligarchie comme on dit aujourd'hui) et d'avoir
comme boussole cette éthique de refuser le Pouvoir, de parvenir. De fait, parce que nous savons que les êtres humains ne sont pas parfaitEs, sont même faillibles et
influençables, l'idée libertaire consiste, entre autres, à réfléchir à des garde-fous permettant de contrer les rapports de Pouvoir et l'installation de hiérarchies : une
éducation à l'esprit critique, la fin de la propriété privée des moyens de production et d'échange, le partage égalitaire des richesses produites, l'orientation de chaque groupe humain décidée en
assemblée générale, le mandat impératif quand une tâche quelconque est
confiée à une personne ou à un groupe de personnes, le respect de la parole donnée tout simplement, l'autogestion généralisée de la société, la critique des religions, du nationalisme, du
corporatisme...
Il faut le reconnaître : le Pouvoir pose aussi un problème à l'idée démocratique. Les démocrates ont pensé en limiter les effets pervers par la
séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) et le suffrage universel. Or, si l'on ne touche pas aux inégalités économiques, ce que ne prévoit pas la démocratie qui s'accorde avec
le capitalisme, les éluEs aux institutions démocratiques se retrouvent de fait au service de la classe dominante. De même, la prétendue séparation des pouvoirs n'est qu'artificielle. D'autre
part, ces institutions (l'Etat) génèrent elles-même une bureaucratie et fabriquent une nouvelle classe sociale de domination. Ce fut particulièrement le cas dans les pays dits socialistes (URSS,
Chine, Cuba, etc...) où la société de classes a été maintenue, avec une minorité privilégiée, amenant des révolutionnaires non léninistes (anarchistes, conseillistes, ultra-gauche...) à qualifier
ces régimes de capitalisme d'Etat !


C'est sûr qu'un ilôt libertaire, fut-il à l'échelle d'un pays européen par ex, aurait du mal à survivre... Mais l'idée libertaire est internationaliste... ou
n'est pas. Grâce au principe fédératif dont on parle dans l'article, elle s'accorde avec l'autonomie des groupes humains et préserve les cultures. Elle a vocation à faire disparaître les frontières et
les Etats-nations simultanément avec le capitalisme... par désagrégation intérieure avec une multitude d'alternatives qui se fédèrent et par une poussée révolutionnaire quand les revendications
et les conquêtes sociales deviennent incompatibles avec l'existence du système capitaliste et étatique. L'autogestion aura aussi à se défendre effectivement et ce n'est pas une mince affaire,
nous n'avons pas de solutions clés en main... Entre les thèses du "peuple en armes" et les techniques de résistance non-violente collective... il y a de multiples exemples et sources
d'inspirations à étudier et à adapter selon la situation du moment... Rien ne peut être écrit à l'avance.
Penser que l'Etat serait encore un rempart actuellement face à la voracité des multinationales, comme tu sembles le faire est pour nous une
impasse : complice hier des groupes industriels et financiers, il y est aujourd'hui soumis : c'est lui qui adapte la législation dans l'intérêt des capitalistes (fiscalité organisée pour
que les riches échappent à l'impôt, contrats aidés, exonérations de cotisations, autorisations de mise sur le marché de médicaments dangereux, soutien à l'agriculture industrielle, au nucléaire,
primes à la casse, subventions diverses à l'exportation...), c'est lui qui finance la recherche-développement, qui paie les infrastructures qui serviront aux entreprises et c'est encore et
toujours l'Etat qui nous surveille (caméras, fichiers, prises d'Adn...) et nous réprime, spécialement quand des grèves & manifestations dépassent le cadre restreint de la légalité... L'Etat
est au coeur de l'organisation capitaliste qui s'en accommode très bien.


De même, nous n'attendrons pas que la Droite fasse sa mue... comme tu sembles bizarrement nous y inviter ! Autant attendre qu'une salade pousse en plein
désert...
Au contraire de ton point de vue, l'Histoire de l'URSS et spécialement les secousses révolutionnaires de 1917 qui ont vu l'élimination physique des anarchistes par
les Bolchéviks (nous pensons entre autres à la maknovtchina en Ukraine et à Kronstadt en 1921 mais pas
seulement), nous confirme que c'est bien ce modèle de soit-disant "socialisme réel" qui a fait le jeu du capitalisme et qui continue de le faire ! Le marxisme-léninisme des Bolchéviks a
réussi à déconsidérer l'idée de révolution auprès des masses populaires et même l'idée de communisme, aujourd'hui assimilé systématiquement au stalinisme et à ses goulags ! Pas très
attirant, n'est-ce pas ? Et si, parmi ceux et celles qui ne sont pas morts dans les geôles rouges, les anarchistes ont fui l'Urss, pourchasséEs ou refusant de servir de caution, ils et elles ont
dénoncé, dès les années 20 à travers le monde, l'usurpation de la révolution par le parti-Etat. Tout en continuant, bien que minoritaires, à propager et à essayer de construire le projet d'une
société sans classes, à même d'affranchir chaque individu des nombreux jougs qui l'enserrent. S'il y a donc bien un courant d'idées qui, historiquement, sert le capitalisme, par son effet
repoussoir, c'est le marxisme-léninisme !
La fin de l'Urss telle qu'elle était ne nous la fait pas regretter, elle n'était pas une alternative à nos yeux. D'ailleurs, ses dirigeants (membres du Parti
Communiste), y compris ceux de sa police politique, se sont très bien intégrés au capitalisme mondialisé, n'hésitant même pas à flirter avec la maffia, si tel est leur intérêt ! On peut en
revanche déplorer que les populations ne se soient pas tournées vers un socialisme sans césarisme, à caractère libertaire, autogestionnaire... mais sans doute, effectivement, que le mouvement
anarchiste manquait de consistance pour l'impulser. Aujourd'hui il se reconstruit un peu partout à travers le monde.
Les divisions ne sont pas l'oeuvre des anarchistes, car nous serons toujours là pour détruire le capitalisme, tant dans son organisation que dans ses valeurs. Ces
divisions des classes exploitées trouvent à la fois leur origine parmi les candidatures dites "révolutionnaires" aux élections bourgeoises (rien qu'en France il y a au moins 4 groupes politiques
à gauche du PS qui se chamaillent pour mettre en avant leurs champions ou championnes respectifs) et par le maintien de schémas qui visent à recréer un pouvoir fort.
C'est effectivement à la suite de l'échec du "Comité de salut public" qui n'a apporté aucun élan (au contraire), à la Commune de Paris
en 1871, que Louise Michel a pu déclarer "le pouvoir est maudit, c'est pour cela que je suis anarchiste" et elle a gardé cette ligne jusqu'à sa mort en 1905.
Nous portons toujours cet enseignement.



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Pour nous rencontrer : le 1er lundi de chaque mois, nous tenons une permanence de 19h15 à 21h00 à la maison des associations, 31 rue Guillaume Le Bartz, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été. Pas de permanence lundi 2 octobre 2017.

 

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Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.
 
Notre prochaine soirée publique :
 
 
 

 

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Tout novembre (du 1er au 30 !) - Le mois du documentaire 2017, 17ème édition. 113 séances en Bretagne

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Jeudi 2 novembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "La question démographique et ses implications politiques", avec Jean-Pierre Tertrais, par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

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Vendredi 10 novembre - Vannes - Soirée débat du groupe Lochu. Nous accueillons Alain Leduc pour son ouvrage "Octave Mirbeau, le gentleman-vitrioleur"

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Jeudi 7 décembre - Rennes, local "la Commune" - 20h30 Causerie populaire "Migrants. Témoignage de sympathisants sur leur expérience à Calais en soutien à la lutte des migrants", par le groupe la Sociale de la fédération anarchiste (FA)

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Concerts

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