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Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 14:30

Le marxiste Bruno Frère a rédigé en 2010 le texte "Une organisation politique libertaire est-elle possible ?" (lisible en cliquant sur le lien) dans lequel il s'interroge sur les modes d'organisation que devrait choisir le mouvement dit altermondialiste pour arriver à ses fins... Dans cet article, il prétend analyser la proposition libertaire du fédéralisme et des réseaux...   Evidemment, en tant que partisan du "centralisme démocratique", il répond à cette interrogation (Une organisation politique libertaire est-elle possible ?) par la négative... Son texte a été mis en ligne sur le site du FSL 56 (Forum social local du Morbihan), collectif dans lequel nous sommes investis. Et bien entendu, nous avions rédigé quelques réponses !  Ces trois mises au point abordent chacune un angle différent avec le style qui revient à chaque auteur.

 

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1.

 

Le texte "Une organisation politique libertaire est-elle possible ?" appelle réponse car l'auteur fait un usage réducteur du terme, qu'il analyse via un prisme déformant.
A telle enseigne qu'il en arrive à le rendre interchangeable avec la cause "libertarienne" (autrement dit l'ultra lbéralisme).
Pour ce faire, sous couvert d'en étudier son évolution historique, il s'en prend au mode de coordination anarchiste : le fédéralisme fondé sur l'auto administration d'un groupe social sans intervention d'un pouvoir central et sur la libre association, mais en lui coupant les éléments vitaux : l'entraide et l'égalité économique et sociale. Coupures qui le vide de son sang généreux et vigoureux. Comme beaucoup, l'auteur regarde l'anarchisme de profil, car c'est au fond ce qu'il attaque, en ne lui voyant qu'une seule jambe : la liberté. S'il l'avait regardé de face, c'est-à-dire franchement, il aurait vu le pendant indispensable et par conséquent indissociable pour marcher : l'égalité et l'entraide. Ce qui permet de le dissocier sans équivoque possible du libertarianisme.

Depuis Proudhon, la boussole qui a toujours guidé les socialistes fédéralistes anti-autoritaires, c'est-à-dire les anarchistes, c'est la justice sociale ou comment concilier la liberté individuelle (fédéralisme) et l'égalité (socialisme). L'idée proudhonienne initiale a été retravaillée et dépassée. C'est ainsi que de fil en aiguille on passe au stade dit "collectiviste" (période Bakounine) pour aboutir au communisme libertaire... dès 1880 (soit 15 ans après la mort de Proudhon), ce que semble n'avoir pas vu l'auteur.

Le fédéralisme n'est pas l'apanage des libertaires, ni le socialisme "de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins", mais c'est leur combinaison qui fait la spécificité de ce courant d'idées.
Y passer outre, c'est passé à côté.

Il ne saurait exister de fédéralisme libertaire véritable sans esprit de solidarité. Chaque structure, autonome dans son fonctionnement interne, a aussi pour éthique de rendre des coups de main aux autres, de mutualiser les capacités. Ce point fondamental, sans lequel le terme libertaire n'est pas adapté, le différencie totalement du qualificatif libertarien, pour qui la liberté peut être celle d'exploiter autrui !
Il est aussi faux de dire que le fédéralisme libertaire tend à ne constituer que des groupes épars aux liens ténus. Bien compris, il doit tendre au contraire à réaliser l'unité (mais non l'uniformisation) en permettant l'intégration pacifique des groupes sociaux diversifiés, volontairement associés... et ce du local au mondial. Il permet ainsi de régler des problèmes et de mener des projets de grande ampleur. Dans un article intitulé "Politique participaliste : des idées qui peuvent inspirer les anars" du 6 août 2009, Normand Baillargeon, après avoir dénoncé léninisme et démocratie représentative, estime : "Notez que si on fixe à 40 le nombre moyen de membres des Conseils *, il suffit de 7 niveaux pour impliquer quelque 40 millions de personnes dans une décision qui les affecterait toutes. On peut imaginer un système de rotation pour déterminer qui sera le délégué et poser qu’un système de rappel soit institué pour assurer que le délégué fasse correctement son travail."

(* Un Conseil est un regroupement de personnes qui prend, seul, les décisions qui affectent les membres du Conseil et eux seuls.)

Les anarchistes sont épris-es de libertés, c'est bien connu. Or Bruno Frère devrait s'interroger quand il cite ce passage de Proudhon : "Dans la fédération, les attributs de l’autorité centrale (...) diminuent (...) d’intensité à mesure que la confédération se développe". Ainsi, plus on s'associe, plus est grande la liberté... C'est bien le contraire de l'atomisation qui est recherché, alors que B. Frère prétend que c'est ce à quoi aboutit le fédéralisme libertaire.

Il est vrai que le mouvement altermondialiste devrait étudier plus à fond ce qu'est le fédéralisme libertaire (et le pratiquer davantage) pour se donner plus de force, d'efficacité tout en se garantissant la plus grande autonomie.

Le fédéralisme libertaire n'est pas une construction théorique. Né de l'observation du fonctionnement des associations ouvrières et des nations de son époque, c'est effectivement Proudhon qui en a révélé la portée révolutionnaire. Ainsi, le fédéralisme est l'équilibre entre deux tendances historiques de l'humanité : d'une part celle qui consiste à aller de l'éparpillement vers le rassemblement (depuis les tribus primitives jusqu'aux grands ensembles du monde moderne), d'autre part l'aspiration des "peuples" à conserver leurs libertés.

L'auteur nous dit que l'autogestion est aussi revendiquée par les libertariens, qu'elle serait un nouvel esprit du capitalisme (des patrons qui laissent les ouvriers s'auto organiser... tout en se gardant pour eux la plus-value, il omet de le dire) mais cette autogestion là n'est pas libertaire : pour l'être, la propriété de l'entreprise devrait appartenir à la collectivité (elle est socialisée), le conseil gestionnaire (s'il y en a besoin d'un) devrait être élu et révocable, sans rémunération supérieure favorisant le retour aux privilèges... Et l'auto gestion libertaire est généralisée à la société entière... ou n'est pas ! Les fruits du travail ne sont pas extorqués par le patron/propriétaire car il n'en existe plus, ils sont mis en commun.

Si Bruno Frère a ainsi caricaturé l'idée fédéraliste libertaire, c'est bien pour, en filigrane, valoriser le centralisme, le pouvoir et la hiérarchie. Il revient à nier la capacité d'auto organisation des exploités. On a déjà donné, on a vu le mal que ça a fait et on le subit encore aujourd'hui !

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2.

 

Contrairement à ce que dit cet intellectuel, Proudhon a beaucoup écrit sur l'organisation du prolétariat... pour lui, et non pour un parti de gens qui décident de le représenter. Ce chercheur n'a pas trouvé non plus l'abondante littérature, ni la pratique de tout le mouvement libertaire, pourtant fortement organisé ! il n'a pas davantage trouvé ce qu'il a réussi à faire !
Plus près de nous, il semble ne pas connaître la théorie et la pratique de l'Internationale Situationniste.
Mais il fait rire quand, reprochant aux associations d'être parfois menées par des réseaux occultes, il leur oppose les places de pouvoir légitimes nettement identifiées des partis (centralisme dit démocratique). Ce chercheur n'a pas trouvé leur Histoire faite de reniements, de trahisons et de volte-faces subites. Il n'a pas vu que ces partis ne sont que le décalque de la pseudo-démocratie représentative : mais derrière cette façade aveugle, où peuple, militants et électeurs ne rentrent pas, fait rage la lutte pour le pouvoir...dans les bureaux où le tapis rouge n'est déroulé que pour les riches. C'est le but et le résultat de la délégation de pouvoir !
Ce perspicace et clairvoyant chercheur, a su trouver des partisans du capitalisme pour les mettre en vis-à-vis des libertaires. Que ces partisans de la marchandise se baptisent libertariens pour redorer le blason éculé des libéraux ne le surprend pas. Il y voit même une convergence avec les libertaires, dont il a au préalable rogné les ailes ! Mais la voie de la marchandise n'est absolument pas celle de la liberté. Et leur opposition partielle aux États n'en fait pas des partisans de la liberté.

En fait, on reconnaît bien l’idéologie léniniste, soeur mineure de l'idéologie de toute classe dominante.
 
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3. Et un p'tit texte de Marx sur la Commune de Paris (1871) qui est quasiment "une profession de foi anarchiste"... bien oubliée et surtout inappliquée par les marxistes léninistes.

 

"La Commune dut reconnaître d'emblée que la classe ouvrière, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer à  se servir de l'ancien appareil d'Etat ; pour ne pas perdre à nouveau la domination qu'elle venait à  peine de conquérir, cette classe ouvrière devait, d'une part, éliminer le vieil appareil d'oppression jusqu'alors employé contre elle-même, mais, d'autre part, prendre des assurances contre ses propres mandataires et fonctionnaires en les proclamant, en tout temps et sans exception, révocables.

En quoi consistait, jusqu'ici, le caractère essentiel de l'Etat ? La société avait créé, par simple division du travail à l'origine, ses organes propres pour veiller à ses intérêts communs. Mais, avec le temps, ces organismes, dont le sommet était le pouvoir de l'Etat, s'étaient transformés, en servant leurs propres intérêts particuliers, de serviteurs de la société, en maîtres de celle-ci. On peut en voir des exemples, non seulement dans la monarchie héréditaire, mais également dans la république démocratique. [...]

Pour éviter cette transformation, inévitable dans tous les régimes antérieurs, de l'Etat et des organes de l'Etat, à  l'origine serviteurs de la société, en maîtres de celle-ci, la Commune employa deux moyens infaillibles. Premièrement, elle soumit toutes les places de l'administration, de la justice et de l'enseignement au choix des intéressés par élection au suffrage universel, et, bien entendu, à  la révocation à tout moment par ces mêmes intéressés. Et, deuxièmement, elle ne rétribua tous les services, des plus bas aux plus élevés, que par le salaire que recevaient les autres ouvriers. Le plus haut traitement qu'elle payât était de 6 000 francs. Ainsi on mettait le holà à la chasse aux places et à l'arrivisme, sans parler de la décision supplémentaire d'imposer des mandats impératifs aux délégués aux corps représentatifs."

 

Bref, personnellement, je pense qu'il faut mettre en place des mécanismes pour se protéger de toute domination, et qu'il faut affirmer ses positions politiques (en société post-moderne) pour contrer les critiques formelles (par exemple, que ce serait pas assez "libre"...).

A part ça, je suis d'accord que les réseaux trop informels, c'est de la merde à bobos.

Par anars56 - Publié dans : Anarchisme - Communauté : Libertaires
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Pour nous rencontrer : le 1er lundi de chaque mois, nous tenons une permanence de 18h15 à 20h15 à la maison des associations, 6 rue de la Tannerie, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été.

Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire Lochu - Ferrer ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

Toutes les infos et tous les rendez-vous liés à la lutte contre l'aéroport de NDDLandes (44) et au soutien de la ZAD sont sur https://zad.nadir.org/?lang=fr
 

Prochain RDV organisé par le groupe Lochu : Vendredi 7 juin - Vannes - Face à l'austérité : les résistances sociales et alternatives autogérées en Grèce peuvent-elles nous inspirer en France ? Rencontre débat avec Yannis Youlountas, réalisateur de documentaires, chroniqueur à Siné Mensuel et écrivain sur la situation sociale en Grèce.



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Mercredi 15 mai - Vannes - Débat "Impact des armes nucléaires sur l'être humain" (diaporama), dont le missile M51, organisé par la section morbihannaise du Mouvement de la Paix  - 20h30 - L’éloge de la lenteur (16 rue Chateaubriant)


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Jeudi 16 mai - Locmiquélic (56) - Café repaire "Impact des armes nucléaires sur l'être humain" (diaporama), dont le missile M51,organisé par la section morbihannaise du Mouvement de la Paix - 20h15 - Chez Mamm Kounfil


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Vendredi 17 mai - Redon (35) - Syndicalisme et émancipation humaine. Projection du film: "Histoire de la grêve générale" puis échange avec des militants FA et syndicalistes. Quel pourrait être le rôle du syndicalisme aujourd'hui ? Comment redonner de la force aux travailleurs ? - Centre social, rue Guy Pabois - 20h. Organisé par la liaison Géronimo (FA Redon)


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Vendredi 17 mai - Augan (56) - 21h Café discussion "Réseau d'échanges... et de ressources en milieu rural" avec l'association La Marmite (56) et la Confédération Paysanne 56 - Café coopératif le Champ commun


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Samedi 18 mai - Vannes - Dans le cadre de la semaine mondiale pour l'abolition de la viande, action barquette de 11h à 12h, sur l'esplanade du port - Organisée par NEA (Non à l'exploitation des animaux)


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Mardi 21 mai - Augan (56) - 19h30 Soirée d'information sur un projet de lieu agri-culturel (production de plantes aromatiques et médicinales bio et café-librairie à la ferme) à Sixt-sur-Aff (35) par l'association Micamot - Café coopératif le Champ commun


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Jeudi 23 mai - Rochefort-en-Terre (56) - 20h30 Soirée d'information sur un projet de lieu agri-culturel (production de plantes aromatiques et médicinales bio et café-librairie à la ferme) à Sixt-sur-Aff (35) par l'association Micamot - Café associatif de la Pente


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