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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 17:30

affichette surveillance auray 4

Misant moins sur la répression, sans l'abandonner pour autant, les sociétés dites démocratiques développent à différents échelons un contrôle social pour canaliser les contestations. Ce contrôle social, qui semble faire consensus entre la droite et la gauche, présente  différents aspects, qui doivent être interrogés au regard de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. C'est ce que développera Jean-Pierre Tertrais, auteur d'un livre sur le sujet. Ce vendredi 3 juin est également la troisième étape de la caravane des gueux & des gueuses contre les politiques sécuritaires et liberticides, en tournée en Bretagne jusqu'au 12 juin. La soirée est ainsi co-organisée par le groupe libertaire Lochu (fédération anarchiste Vannes) et la caravane des gueux. École Rollo, 1 rue Picasso, salle Julienne Marca - 20h30 - Entrée libre. Infos : fedeanar56@yahoo.fr
Information sur la Caravane des gueux : http://caravanedesgueux.over-blog.net/

 

 

 

  caravane des gueux

 

Mercredi 1er juin : Notre-Dame des Landes (hébergement squat la pointe)

* Formation action directe non-violente

* Information autour de l'aéroport

Aux Planchettes  lieu occupé situé sur la route allant de la Paquelais à Fay de Bretagne. 14h

site de la ZAD

 

Jeudi 2 juin : Rennes (hébergement au Rheu)

* Débat sur le thème "écologie et justice sociale" avec la Souris Verte.

Aux champs Guillaume à coté du lycée agricole du Rheu. 9h

site de la souris verte

 

Vendredi 3 juin : Auray

Réunion publique sur le contrôle social, à Auray, avec Jean-Pierre TERTRAIS auteur d'une brochure sur la question. Organisé par le groupe libertaire René Lochu.

Groupe scolaire Rollo, Entrée libre. 20h30.

 

Samedi 4 juin : Lorient

* Précarité du logement, en lien avec la lutte des habitantEs du camping de Locmiquelic avec NPA, la CNT..., et mobilisation avec les indignés de Lorient.

Place Aristide Briand (devant la FNAC) à partir de 16h.

site des chomeurs rebelles du Morbihan


Dimanche 5 juin : Pontivy

* Travail : réalités actuelles et utopies constructives, avec la CNT Pontivy.

Maison des associations (salle derrière à l'étage). 15h.

cnt-pontivy@mailoo.org

 

Lundi 6 juin : Mellionnec (Ker Saoz)

* Vers une autonomie globale (habitat, nourriture, énergie...), avec les habitantEs du lieu.

* étape vers Rostrenen avec roulotte(s)

Kersaoz sur la route de Mellionec Langoellan, au fond du hameau. 12h

 

Mardi 7 juin : Rostrenen

* Animation sur le marché sur la LOPPSI et autres lois sécuritaires...

* étape vers Trémargat avec roulotte(s)

Sur le marché. 11h

 

Mercredi 8 juin : Trémargat

* Echanges locaux et gratuité, au café associatif Tremargad Café.

* Participation à la zone de gratuité locale en apportant quelques objets...

Dans le centre. 15h

 

Jeudi 9  Vendredi 10 juin : Quimper

* Information/action autour des lois sécuritaires avec les CRABES

Jeudi place Corentin. 16h

 

Samedi 11 et dimanche 12 juin : Brest et Crozon


N'hésitez pas à nous contacter à caravanedesgueux@mailoo.org pour nous dire si vous souhaitez être présent sur tout ou partie de la caravane, ou sur une étape en particulier, et si vous disposez d'un véhicule (camionnette, caravane, voiture...).


Les étapes redéfinies sont visibles sur google map : link

 

N° de tél : 06-43-85-16-66

 

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Extrait d'une interview de Serge Quadruppani, auteur de La politique de la peur, qui relativise la répression et qui nous invite à ne pas sombrer dans la peur.

 

La répression est-elle un mode de gouvernement, actuellement ?

Je suis perplexe devant le discours qui dit que la répression s’accentue. Depuis les années 70 et le discours sur la fascisation de l’Etat que tenaient les maos, je trouve que dans nos milieux, on passe notre temps à dire que la répression s’accentue. Je pense que la répression existe toujours, qu’elle prend des formes différentes, qu’elle prend des visages différents et que ce qui est intéressant, c’est d’analyser leur changement. Mais concevoir sans arrêt la situation en terme de fascisation, je trouve que ça ne fait pas beaucoup avancer parce que depuis le temps que l’Etat se fascise, on devrait être dans le fascisme. Or je pense que la compréhension des processus de répression et de contrôle ne doit pas nous empêcher de voir aussi ce qui fait tenir le système par ailleurs. Le système ne repose pas uniquement sur la répression et c’est pour ça que la répression ne s’accentue pas sans arrêt, à chaque instant. Le moment Sarkozy est effectivement un moment où on montre les muscles.

C’est vrai que par exemple avec la répression dans les banlieues, on gâche encore plus qu’avant la vie des gens. Mais pendant les émeutes de 2005, il n’y a pas eu de morts ou alors s’il y en a eu, parce que dans ce cas là, il y a toujours des discours sur les morts qu’on a cachés mais en tous les cas, il n’y a rien eu de comparable avec ce qui se passe aux Etats unis dans des cas pareils où la police n’hésite pas à tuer. Et là, visiblement, la police avait l’ordre de faire tout ce qu’elle voulait mais pas de tuer. On a l’impression que ça fait partie de la gestion des quartiers dits difficiles par la police et qu’ils ont carte blanche sauf qu’il ne faut pas tuer. De temps en temps, ils tuent parce qu’il y a toujours les morts par les dites bavures mais quand même, la volonté, c’est d’éviter ça au maximum. Ca, c’était jusqu’à présent. On ne sait jamais ce que nous réserve Sarkozy avec l’approche des élections. Tout est possible. Il peut aussi décider qu’une bonne séquence d’émeutes en tuant quelques jeunes pourrait lui être profitable. Il faut toujours voir les deux côtés des choses. Mais le monde ne tient pas uniquement sur la répression. Il tient aussi sur une forme de positivité qu’il apporte aux gens : la consommation ou le rêve consommatoire qui est quand même essentiel. C’est le "care" si cher à Martine Aubry. Il y a malgré tout une forme d’Etat social qui continue à exister. C’est important de comprendre comment toute la société de contrôle se développe, s’étend mais c’est important de comprendre aussi ses limites et de comprendre que la société ne repose pas que sur le contrôle. Et qu’il nous appartient à nous à la fois de trouver des moyens, des formes d’affrontements avec l’Etat qui ne soient pas sur son terrain, c’est-à-dire, ne pas jouer à la guerre parce que sur ce terrain, l’Etat gagne toujours, ce qui ne veut pas dire que je suis non violent et à la fois trouver des formes d’affirmation, d’association qui nous donnent le sentiment d’échapper au système consommatoire, au système de crédit, au système qui nous fait accepter les contrôles.

(...)

C’est clair qu’il y a un renouveau de la contestation sociale radicale qui cherche ses formes. Qu’il y ait de la répression face à ça, il n’y a pas à s’étonner. C’est très important de se battre contre la répression mais il ne faut surtout pas y passer son temps, se mettre dans l’optique de « On va vers un fascisme », cette espèce de discours anxiogène permanent qu’il y a dans des milieux militants complètement paranoïaque est à mon avis, ni vrai, ni faux.

Les gens de Tarnac ne se sont pas isolés. Quand le marteau pilon leur est tombé dessus, ils ont bénéficié de beaucoup de solidarité parce que c’étaient des gens qui avaient su à la fois se lier à la situation locale tout en gardant des contacts internationaux. Je crois qu’aujourd’hui, c’est fondamental. De même on peut aussi retourner la techno science contre elle-même avec les techniques de connexion qui existent. J’aime mieux dire connexion que communication. Parce que c’est à nous de décider s’il y a communication ou pas. Dans la novlangue, la communication, c’est un mouvement univoque, c’est quand le pouvoir parle. Aujourd’hui, avec tous les systèmes de connexion existants, on a encore plus la possibilité de se désenclaver. Il faut vraiment la saisir. C’est notre arme principale.

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 10:29

 

 

« Ce que nous affirmons, c'est que la tare

doit être expulsée une fois pour toutes. »

martinique.jpg

Frantz Fanon

 

L'Histoire officielle est souvent l'œuvre des classes dominantes. Elles y écrivent prioritairement leurs seules perceptions, dans la défense, involontaire ou non, de leurs propres intérêts. L'Histoire des populations opprimées y est généralement filtrée, rétrécie ou occultée. Implicitement, le dernier livre de Gilbert Pago, L'insurrection de Martinique -1870-1871, est une invitation à rompre avec ce schéma. L'universitaire martiniquais a déjà publié plusieurs ouvrages dont : Les femmes et la liquidation du système esclavagiste à la Martinique (éd. Ibis rouge). Ici, il nous convie à découvrir une page de l'Histoire largement ignorée. Ignorée particulièrement par une population blanche enlisée dans de faux questionnements concernant la culpabilisation de l'occident autour d'une repentance intolérable.

 

Noircir les pages


Dans son dernier ouvrage, G. Pago relate et analyse les jours de révoltes qui ont secoué le territoire antillais sous tutelle française à la fin du XIXème siècle. Comme pour d'autres soulèvements, que Alain Plénel rappelle dans sa préface, c'est un fait divers qui a été le déclencheur de la révolte paysanne : l'injustice coloniale à l'égard d'un noir de 22 ans condamné à la déportation. La colère insurrectionnelle a été la réponse spontanée de la population noire ; solidaire contre l'injustice subie par l'un d'entre eux et solidaire contre les provocations de la caste des béké-es : propriétaires et décideurs blancs, pour certains, nostalgiques de la période esclavagiste. La révolte déferlera à la fin du mois de septembre 1870 pendant 5 jours, incendiant et pillant les maisons des blanc-hes en fuite. Le contre-coup sera cependant tragique : une répression féroce et mortelle s'abattra avec des peines de prisons, des déportations, des peines de morts et une coercition exacerbée pendant plusieurs années.

Pour expliciter cette révolte populaire, G. Pago contextualise. Il nous dévoile alors les tensions d'une société héritière de l'esclavage (Après un rétablissement en 1802, la France avait aboli à nouveau la traite négrière en 1848). Autant dire que le spectre d'un nouveau rétablissement demeurait une crainte de la population noire de l'île, alimentée par un racisme qui imprégnait toujours l'ensemble des relations entre blanc-hes, mulâtres-ses et noir-es. L'auteur décortique les enjeux politiques de l'époque dans un langage assez clair : l'ensemble des protagonistes et des différents groupes sociaux y sont décrits avec finesse, tout comme la succession des événements. La mise à jour des stratégies de la justice coloniale blanche lors des procès est particulièrement intéressante.

Pour appréhender ce qu'on nomme désormais L'insurrection du sud, l'auteur a dépouillé de multiples documents d'archives. Certains sont reproduits en annexe : par exemple la liste nominative des insurgé-es réprimé-es puis condamné-es. De plus, sensibilisé à la critique féministe de l'Histoire, G. Pago n'occulte pas la participation et l'activité des femmes. Il pose alors les bases d'une analyse des rapports sociaux de sexe pour la plupart des faits : insurrection, procès, etc.

(On peut certes regretter quelques lignes trop marxisantes. Cependant,...)

Ce petit livre est une très bonne entrée en matière pour découvrir l'Histoire méconnue des sociétés antillaises.

 

Blanc comme neige ?


Dans une certaine mesure, l'ouvrage de Gilbert Pago permet d'une part de constater les continuités historiques, et d'autre part d'expliciter les soulèvements populaires qui suivront dans les colonies françaises d'outre-mer : comme le mai 67 guadeloupéen, ainsi que le récent LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon). D'ailleurs, suite à cette mobilisation exemplaire de 2009, signalons que les accords signés avec les autorités françaises sont magistralement bafoués : illustration supplémentaire du désormais classique mépris républicain.

Pendant des décennies, la France a enseigné à un peuple esclavagisé, déporté et colonisé le célèbre « Nos ancêtres les gaulois » - suscitant ainsi une forme particulière de désintégration sociale pour une pseudo-intégration à la métropole universelle. Ce livre de Gilbert Pago nous dévoile l'autre face du phénomène, il nous montre une autre Histoire. Une Histoire occultée, celle d'un peuple de résistant-es, faite de révolte, de solidarité et d'aspiration à l'égalité, réelle.

Yly

 

 Gilbert Pago:L'insurrection de Martinique -1870-1871, édition Syllepse (2011), 155 pages, 9 euros.

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 10:05

"Victor Serge, l'homme double", écrit par Jean-Luc SAHAGIAN, préfacé par Yves PAGES, est paru aux éditions Libertalia en mai 2011. 235 pages, 13 euros. Disponible à la librairie Publico.

 


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Pour le Monde libertaire, nous avons interviewé l'auteur. Une petite présentation de Victor  Kibaltchitch, dit "le rétif", dit Victor Serge, permettra de situer le lascar. Né en 1890 en Belgique d'émigrés russes révolutionnaires, un peu avant sa majorité, il fréquente les communautés libertaires belges et françaises, avant de s'installer en région parisienne pour devenir rédacteur au journal "l'anarchie" de tendance anarchiste individualiste. Il se retrouvera em prisonné après l'affaire de la Bande à Bonnot. Il est expulsé ensuite en Espagne où, ouvrier typographe, il se syndiquera à la CNT en 1917 et participera à la revue Tierra y Libertad. Quand la révolution russe éclate, il fait route vers la Russie où il s'engage au Parti bolchévik. Il rentre peu en peu en dissidence en devenant opposant à la ligne stalinienne au profit de celle élaborée par Trotsky. Proscrit, il est de nouveau expulsé en Belgique puis en France. Au cours de ces années il devient aussi un grand écrivain de renommée internationale. Réfugié à Marseille durant la guerre, il doit  s'exiler vers le Mexique où il meurt en 1947. Aussi, ce livre permet-il d'envisager sous un angle original, les périodes de l'illégalisme anarchiste français des années 1910, les révolutions russe (1917) et espagnole (1936) à travers un acteur important de ces moments historiques, tout en gardant un regard à la fois émouvant et distant. Ces questionnements nous interpellent toujours aujourd'hui.

 

De quand date ta rencontre avec Victor Serge ?


Je l'ai rencontré il y a quelques années en lisant les "Mémoires d'un révolutionnaire". Je ne suis pas un spécialiste de Victor Serge ni de quoi que ce soit. Si j'ai commencé à m'intéresser à lui et à écrire sur lui, c'est parce qu'il m'interrogeait. C'était aussi une sorte de jeu. Sans plan préétabli, j'ai commencé à écrire sur cet homme et sur certains aspects de sa vie et de sa pensée. Au fur et à mesure de l'écriture, d'autres livres, d'autres itinéraires et d'autres aspects de l'œuvre de Serge venaient compléter ou parfois infirmer ce dont j'avais déjà parlé et me donnaient envie d'écrire davantage. Je suis aussi allé rechercher des documents, lettres ou journaux, aux archives à Paris, à la BDIC de Nanterre ou à l'Institut d'histoire sociale d'Amsterdam.

J'ai choisi de ne parler dans cet essai que des choses qui m'intéressaient, ce n'est pas une biographie. Ce sont donc certains aspects de Serge qui font écho aujourd'hui chez moi et peut-être chez d'autres personnes : par exemple, son rapport au pouvoir, à l'écriture, à l'amour...

 

Comment as-tu construit ton livre ?


Ce livre ne suit pas un ordre chronologique, c'est plutôt une errance dans une vie et à travers cette vie, dans le XXème siècle. Par exemple, dans le premier chapitre intitulé "l'homme lisse", je pars d'une photo de Serge datant de 1919 lorsqu'il vient d'arriver en Russie. J'ai mis ce portait en regard avec d'autres descriptions cette fois littéraires. De cet ensemble est ressortie l'image d'un homme dissimulant souvent ses sentiments. J'essaie de montrer en quoi cet homme est emblématique du siècle, emblématique du milieu bolchévik fondé sur une certaine duplicité, un refus de montrer ses sentiments. Comme s'il était sans faille, failles qui se révèleront plus tard.

Mon livre est un genre de puzzle aux pièces qui ne s'ajustent pas obligatoirement de manière parfaite, ce n'est pas une image définitive de Serge. C'était quelqu'un agité de courants contradictoires. Il s'est engagé pleinement dans son époque et a porté ainsi un certain nombre de saloperies. Il n'était pas d'un seul bloc : certains le présentent comme un résistant anti totalitaire, d'autres comme un révolutionnaire, d'autres encore comme un renégat à la cause libertaire... comme s'ils voulaient en faire une statue.

Mon livre développe donc un point de vue subjectif sur cet homme, sur ce que ça renvoie en moi aujourd'hui.

 

Tu as choisi de parler assez longuement de la jeunesse de Serge dans le milieu anarchiste individualiste... pourquoi ?


Parce qu'à mon sens c'est un moment de sa vie qui est important, qui va le travailler jusqu'à la fin même s'il choisit de mettre cette période en sourdine, un peu comme si c'était des erreurs de jeunesse.

Sa formation intellectuelle n'en fait pas un bolchévik comme les autres. D'ailleurs, lors de l'enterrement de Kropotkine, c'est le seul bolchévik à être accepté par les anarchistes, il était encore vu comme un camarade, peut-être à tort.

J'essaie de montrer une évolution beaucoup plus heurtée que ce que Serge a voulu raconter. Son passage de l'anarchisme au bolchévisme ne s'est peut-être pas fait aussi simplement que ce qu'il écrit, en tout cas pas de manière continue, harmonieuse. Peut-être que sa manière de parler de l'anarchisme individualiste et de sa fréquentation des membres de "la bande à Bonnot" révèlent un échec d'une certaine manière dérisoire au regard de son engagement dans la révolution russe. Alors que l'échec de celle-ci est grandiose ! Pour lui, son engagement bolchevik, c'est l'Histoire, alors que sa fréquentation des "hommes perdus" de la bande à Bonnot, c'est juste un fait divers.

 

Tu parles beaucoup du rapport de Serge à l'écriture, cela te semble essentiel ?


Ce qu'il y a d'étonnant chez Serge, c'est le fait qu'il mette constamment sa vie en scène dans des livres : ses romans ou ses mémoires. Il vit plein d'événements cruciaux du siècle, en n'hésitant pas à se mettre dedans, à se mettre en danger, que ce soient avec les anars, avec les bolchéviks, avec Trotsky plus tard. Il n'est pas un simple témoin, un simple spectateur. Il est aussi, presque parallèlement, un écrivain de cette vie. Il met en scène les événements qu'il traverse, il les réécrit, les réorganise et les réagence. Il en occulte une partie aussi. C'est d'abord un propagandiste et un idéologue, qui se transforme en écrivain. Il y a toujours chez lui cette hésitation entre la vérité et le mensonge.

 

Dans cet homme double, il y a aussi ce rapport au Pouvoir et à sa critique...


Je voulais tenter de comprendre les moments de sa vie où il est traversé par ces deux ressorts contradictoires : par exemple le moment où il vient en Russie et où il va directement participer au pouvoir en prenant sa carte au parti et en se mettant au service de la propagande. A ce moment, il est happé par le pouvoir, mais il faut dire aussi qu'il se laisse happer, on pourrait ajouter qu'il le sait et même qu'il vient dans cette disposition d'esprit.

Au moment de Cronstadt, la question se pose de nouveau : car on voit ce que le pouvoir d'État signifie concrètement (la répression féroce des marins et révolutionnaires du port de Cronstadt par l'État Bolchevik). C'est alors qu'il va s'éloigner quelques temps du pouvoir et aller vivre en communauté à la campagne : dans ce moment de doute, il préconise même un communisme des associations, revenant ainsi vers les idées libertaires. Sans doute songe-t-il à abandonner un temps le pouvoir. Mais tout de suite après l'échec de cette tentative communautaire et parce qu'il lui est impossible d'être en-dehors des événements, il renoue avec le pouvoir et va en Allemagne au service du Komintern.

De même pendant la guerre d'Espagne, alors qu'il est exilé en Belgique, il regrette que les anarchistes, qui sont puissants au début de la révolution et de la guerre civile, n'aient pas pris la totalité du pouvoir. Il pense que les anars sont inconséquents et regrette aussi que le POUM, le seul parti qui soit, selon lui, héritier des bolcheviks de 1917, ne soit pas plus puissant. Il n'a pas tiré vraiment les leçons de la transformation si rapide des bolcheviks en maitres absolus et impitoyables.

 

On peut dire aujourd'hui que le XXème siècle a été complètement pourri par cette question du pouvoir et de l'État : totalitaires (staliniens et nazis) ou démocratiques, qui deviennent super puissants, qui s'immiscent dans toute la société. Cela entraîne la quasi-impossibilité de poser la question de l'État, de sa critique, comme s'il n'y avait qu'une seule voie possible. Les premiers à avoir réussi une révolution ont finalement choisi le même type d'organisation que leurs ennemis. La face du monde aurait pu être différente si d'autres choix avaient été faits par les bolchéviks ou s'ils n'avaient pas éliminé tous les autres. Cela a ensuite produit la même logique dans les bouleversements sociaux suivants du XXème siècle et Serge a aussi, malheureusement, participé à la construction de ce sinistre modèle.

 

 

En quatrième de couverture, tu es présenté comme participant à une bibliothèque libertaire dans les Cévennes. Depuis quand existe-t-elle, comment fonctionne-t-elle, c'est quoi une bibliothèque libertaire tout simplement ?


Cette bibliothèque existe depuis 3 ans, elle se trouve à St Jean du Gard au 152 grand'rue. Elle fonctionne sur le principe de la gratuité (sans droit d'inscription) et sans subvention. Les événements qui y sont organisés (discussions, débats, projections, lectures, repas) sont aussi gratuits et collectifs. Ce lieu est ouvert à tous et on peut venir y partager des textes, des questionnements, des émotions, une tisane, un verre de vodka... Je crois même que des histoires d'amour ont pu commencer dans cette bibliothèque ! On peut y trouver aussi bien de la BD, de la poésie et de la littérature que des livres et des brochures portant sur la question sociale. Ce fonds est alimenté par les dons de nombreux éditeurs, libertaires et autres (ainsi que par nos bibliothèques personnelles). Il y a 3 permanences par semaine et des événements publics hebdomadaires. Enfin, de temps à autre, paraît « le bulletin des compagnons de nulle-part », recueil de textes et d'impressions sur un thème particulier. Le numéro douze, paru en avril, évoque le voyage. Ce bulletin peut être trouvé gratuitement à la bibliothèque.

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 12:38

« De Hiroshima à Fukushima, ce qui devait arriver Areva.»
Mr. Rayon X

Où trouver le Monde libertaire près de chez vous : cliquez ici !

ML-1637-recto.jpgML-1637-verso.jpgSommaire

Actualité

Surpopulation carcérale, par A. Sulfide, page 3

Non à la flikiatrie, par J. Monjot, page 4

Météo syndicale, par L. Barbesois, page 4

Répression en Grèce, Fédération anarchiste, page 5

L’Autruche, par F. Ladrisse, p.5

Une Journée contre l’homophobie ?, par P. Schindler, page 7

DSK et le FMI, par J. Langlois, page 9

Potkinisme

Gospel patronal, par N. Potkine, page 11

Arguments

Droites parlementaires et extrêmes, patronat et Église, par P. Noir, p.12

Sciences

De nouvelles armes non létales, par P. Gaucher, page 17

Histoire

Victor Serge, l’homme double, entretien avec J.-L. Sahagian, page 18

Mouvement

Manifestation pour l’auto-gestion, par Bibo, p.20

C’est pas du cinoche, par Bibo, page 21

Nécrologie : René Gieure, p.21

La plus parlante des radios, page 22

L’agenda vous appelle, camarades, page 23

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 21:06

L'enfermement psychiatrique en question(s) avec Jacques Lesage de la Haye : psychologue, écrivain, ancien prisonnier et animateur de l'émission anti-carcérale Ras les murs sur Radio libertaire.

Un débat proposé le 1er avril 2011 par le groupe libertaire Lochu et la fédération anarchiste de Vannes (cf. cet article sur le blog). Merci à François (FSL 56) pour le montage et la mise en ligne.

 

 

 

 

 

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 17:42

Texte de l'intervention de Jean-Pierre TERTRAIS réalisée en avril 2011, sur la question énergétique, au local la Commune de la fédération anarchiste Rennes. Il s'agit uniquement de la partie technique, la partie politique étant destinée au débat.


 

 

LA QUESTION ENERGETIQUE

 

L'histoire des civilisations est marquée par de nombreuses découvertes et inventions, mais plus particulièrement par celles liées à l'énergie. Pendant très longtemps, les sources d'énergie étaient essentiellement des énergies renouvelables (bois, tourbe, vent, hydraulique, énergie animale et humaine).

  TN-Jongleur

A partir de la révolution industrielle survenue au 19e siècle, un fossé est franchi : le charbon et la machine à vapeur, puis le pétrole, le gaz naturel, l'électricité, l'uranium rendent l'énergie abondante et bon marché, reléguant en grande partie les énergies renouvelables aux oubliettes parce que non concurrentielles. C'est-à-dire que le capitalisme subordonne les lois de la physique et de la vie à ses propres lois économiques, et en plus au nom du réalisme.

 

Il faut noter que le recours au charbon est dû à une exploitation inconsidérée du bois au point de provoquer une situation de crise grave. C'est en se plaçant eux-mêmes dans une impasse énergétique que nos ancêtres ont été contraints d'exploiter de nouvelles filières et de passer outre leurs inconvénients.

 

Il faut aussi rappeler que les limites du système énergétique médiéval conduisirent à prélever des ressources à l'extérieur du royaume et donc à conquérir de nouveaux territoires, ce que les puissances européennes réalisèrent par le commerce maritime, la colonisation des Amériques et l'esclavage, notamment en Afrique. Le progrès technique s'est souvent accompagné de massacres sociaux et environnementaux.

 

Cette transition énergétique de la fin du Moyen Age présente une situation similaire à celle que nous vivons actuellement, sauf qu'il n'y a plus, aujourd'hui, de nouveaux territoires à conquérir, et que toutes les énergies fossiles sont en passe d'être dilapidées.

 

Avec l'essor des énergies fossiles, on assiste donc à une montée en puissance des économies occidentales, convaincues de leur supériorité, avec l'idée que les réserves en énergie, et en matières premières, n'ont pas de limites, que la croissance est normale, nécessaire et qu'elle peut durer indéfiniment.

 

Ce qui est sidérant aujourd'hui, c'est la facilité avec laquelle on brûle un litre d'essence, et le fait de savoir que pour obtenir ce litre d'essence, il aura fallu que 23 tonnes de matière organique soient transformées sur une période d'au moins un million d'années. Il y a bien un télescopage entre le temps industriel et le temps géologique.

 

Le piège que l'humanité s'est tendu à elle-même se referme, à savoir que la croissance économique couplée à la croissance démographique ont créé un ensemble gigantesque de besoins que les capacités de régénération de la planète ne vont désormais plus pouvoir satisfaire.Le sociologue Alain Gras explique dans son livre « Le choix du feu » que si la biosphère se porte mal, c'est à cause de l'utilisation incontrôlée par l'espèce humaine de la puissance du feu. Les énergies naturelles imposaient des limites, elles contraignaient à la prise en compte d'éléments extérieurs à la volonté de l'homme : le vent parce qu'il est instable, le bois parce qu'il se reproduit lentement, l'eau parce qu'elle ne fournit sa force que sur les lieux précis. Le feu de l'énergie fossile débloque ce verrouillage, et par conséquent dissipe la notion de contrainte, et donc la fonction de vigilance. Tout est désormais permis. Il n'y a plus de signal d'alarme.

 

S'agissant des lois de la physique et de la vie, il faut savoir que les systèmes vivants peuvent accroître leur niveau d'ordre et de complexité en augmentant la quantité d'énergie qui les traverse ; mais ce faisant, ils augmentent inévitablement l'entropie au sein du système plus vaste auquel ils appartiennent. L'ordre a toujours un coût en termes d'énergie. Voici ce qu'écrit Richard Heinberg dans « Pétrole la fête est finie » : « Telles sont les règles du jeu en ce qui concerne l'énergie et la vie : les ressources sont toujours limitées et rien n'est gratuit. A long terme, il est dans l'intérêt de toutes les espèces d'utiliser l'énergie de manière parcimonieuse. Si la compétition existe évidemment dans la nature, elle est temporaire et limitée ; la nature privilégie les arrangements stables impliquant l'autolimitation, le recyclage et la coopération ».

 

Voici les principales caractéristiques de la situation énergétique actuelle : il se trouve qu'elles sont toutes plutôt défavorables.

 

° La dépendance totale des sociétés modernes vis-à-vis des ressources énergétiques fossiles

Presque tout ce que nous pouvons toucher contient du pétrole, soit dans le processus de fabrication soit dans l'acheminement. Les transports représentent le premier des débouchés du pétrole avec la moitié des produits pétroliers consommés dans le monde.

 

L'agriculture et l'agroalimentaire sont devenus très dépendants du pétrole : mécanisation, pompage pour l'irrigation, engrais industriels, pesticides, culture sous serre, acheminement des produits agricoles, emballage, réfrigération. Ainsi, le pétrole et ses dérivés interviennent à quasiment toutes les étapes de la chaîne agroalimentaire.

 

° La vulnérabilité des sociétés industrielles face aux ruptures économiques et politiques résultant de réductions même mineures de la disponibilité des ressources énergétiques. Plusieurs événements (pannes, défaillances, grèves, sabotages, attentats, troubles politiques...) ont, depuis le début de l'ère pétrolière, perturbé plus ou moins gravement, l'activité économique et la vie quotidienne (voir surtout le premier choc pétrolier de 1973).

 

° L'augmentation prévisible de la demande Deux facteurs conjuguent leurs effets :

  • l'augmentation de la population mondiale, qui va passer d'un peu plus de 6,5 milliards aujourd'hui à environ neuf milliards vers 2050, c'est-à-dire des besoins nouveaux considérables en termes de nourriture, d'habitat, de chauffage, de transport...

  • le développement économique de plusieurs pays comme la Chine, l'Inde, la Russie, le Brésil, c'est-à-dire là aussi un prélèvement important d'énergie et de matières premières.

 

°La question du réchauffement climatique Même s'il n'est pas sûr que cette question soit la plus importante des problèmes écologiques, elle n'est pas vraiment prise au sérieux par beaucoup parce que ses effets apparaissent lointains, globaux et diffus. Or les taux de CO2 actuellement constatés (et surtout dûs à la combustion des énergies fossiles) sont supérieurs de 30% aux taux maximaux constatés ces 400 000 dernières années. Les conséquences sont difficiles à évaluer mais suffisamment inquiétantes pour amorcer un changement radical de nos modes de vie.

 

° Le caractère inévitable de l'épuisement des énergies fossiles La production journalière vient probablement d'atteindre son maximum et va bientôt commencer à décroître, selon un phénomène que l'on appelle la déplétion.

 

En supposant une croissance de la consommation mondiale d'énergie primaire de 2,53% par an, les réserves mondiales prouvées en nombre d'années de consommation sont de 25 ans pour le pétrole, de 35 ans pour le gaz naturel, de cent ans pour le charbon, de 55 ans pour l'uranium.

 

D'autre part, les découvertes de pétrole diminuent. Il faut rappeler que les dix plus importants gisements au monde en termes de débit ont tous été découverts entre 1927 et 1976. Globalement, nous consommons aujourd'hui quatre barils de pétrole pour un baril découvert.

 

Pour ce qui concerne le pétrole « non conventionnel », c'est-à-dire non exploitable directement – sables asphaltiques, schistes bitumineux, huiles extra-lourdes – il se caractérise par un rendement énergétique médiocre, voire nul, et un coût d'exploitation élevé ; il ne représente donc en aucune façon un réel espoir.

 

Un autre facteur risque d'aggraver la situation : la raréfaction prévisible de nombreuses matières premières, comme le cuivre ou le platine, essentielles à la production, au transport, à la distribution et à l'utilisation de l'énergie, au-delà du tarissement attendu des réserves énergétiques fossiles.

 

° La loi des rendements décroissants à laquelle sont sujettes les stratégies de captage d'énergie des sociétés industrielles : il faut de plus en plus d'énergie pour produire une même quantité de pétrole, de gaz ou de charbon. Il faudra bientôt investir plus d'énergie, en moyenne, pour explorer, forer et extraire le pétrole que les puits eux-mêmes pourront produire.

 

° Le caractère immédiat du pic de la production d'hydrocarbures Hubbert, géophysicien américain, avait suggéré dans les années 1940 que la courbe de production d'une matière première donnée est une courbe en cloche (une phase ascendante, un plateau ondulé, un déclin). Pour les estimations pessimistes, le pic oscille entre 2007 et 2012. Selon les optimistes, il aura lieu vers 2030. Or l'AIE, jusqu'à présent optimiste, vient de reconnaître que l'on est en train de vivre en ce moment le pic de production (la production mondiale de pétrole stagne depuis deux ou trois ans autour de 85-86 millions de barils par jour, alors qu'elle a toujours augmenté jusque-là )

 

° L'impossibilité de remplacer intégralement par des alternatives cette source d'énergie concentrée et pratique que constituent les hydrocarbures.

  • Le gaz naturel est loin de posséder les qualités du pétrole et, de toutes façons, il suit la même courbe de Hubbert que celle du pétrole avec un léger décalage.

  • Le charbon : c'est le plus abondant, mais le plus controversé en raison des dégâts humains et environnementaux qu'il occasionne.

  • Sous les apparences d'une énergie propre, le nucléaire cumule de nombreux le-cri-nucleaire.pnginconvénients (accidents, prolifération, déchets, effets sur la santé des salariés et des populations environnantes, coût réel exorbitant, notamment du démantèlement des centrales, minerai d'uranium en quantité limitée et présent dans quelques pays seulement, société policière, militarisée induite par le choix du nucléaire).

Les énergies renouvelables (solaire, hydraulique, éolienne, la biomasse, c'est-à-dire les matériaux végétaux, l'énergie des mers, l'énergie géothermique). Il est très probable que ces énergies ne constitueront qu'un appoint. Les énergies renouvelables cumulées ont un potentiel théorique très élevé de production énergétique, mais ces gisements très abondants sont en fait extrêmement difficiles à exploiter massivement, de façon durable.

Leur gros avantage, par contre, est qu'elles sont largement réparties sur l'ensemble de la terre. Une des conséquences de cette répartition est l'idée d'une possible production délocalisée de l'énergie, ce qui constitue un atout évident pour une société libertaire.

 

Concernant les agrocarburants, il faut rappeler que, même avec une amélioration future des rendements, leur production mobilisera des pourcentages insupportables de terres cultivables, créant une compétition entre cultures vivrières et cultures destinées à la production d'énergie.

 

Quant à l'utilisation d'autres sources d'énergie pour la propulsion des véhicules – voiture à hydrogène ou voiture électrique – ces solutions présentent en fait un potentiel très limité. Concernant l'hydrogène, il faut rappeler qu'il n'est pas une source d'énergie mais un vecteur d'énergie. Pour donner un ordre de grandeur, il faudrait multiplier par deux le parc mondial de centrales nucléaires pour obtenir l'hydrogène nécessaire au remplacement du parc automobile mondial actuel. S'agissant de la voiture électrique, outre le temps de chargement assez long des batteries et la faible autonomie, généraliser la voiture électrique impliquerait, là aussi, un recours important au nucléaire. Avec la nouvelle catastrophe au Japon, rien n'est moins sûr.

 

Si l'on procède donc au bilan global des ressources énergétiques plausibles par rapport aux besoins prévisibles, l'optimisme n'est pas de mise. Une demande en hausse, une production en baisse, pas de solution de rechange, des prix qui s'envolent : c'est bien une crise énergétique qui se profile, et qui va toucher des populations absolument pas préparées puisqu'abreuvées de discours rassurants.

 

Richard Heinberg, auteur de Pétrole la fête est finie, écrit : « Une fois que l'humanité aura traversé la période à venir de diminution de la complexité, il est entièrement possible que nos descendants jouissent d'un mode de vie bien moins gourmand en énergie et plus épanouissant. Mais le parcours nécessaire pour y arriver, en partant d'où nous sommes, a de fortes chances d'être extrêmement pénible, et la satisfaction éprouvée une fois la destination atteinte dépendra dans une large mesure des actions entreprises maintenant ».

 

Il n'est pas envisageable d'empêcher les pauvres de s'assurer un minimum de croissance économique. Il n'est pas envisageable non plus d'obliger les nouveaux arrivants (plus de deux milliards d'ici 2050) à manger des cartes de crédit ou des pommes de terre virtuelles. Il reste donc à remettre en cause le gaspillage, mais aussi en partie le mode de vie des pays industrialisés, et plus précisément celui des riches des pays riches, mais aussi des riches des pays pauvres. Jusqu'où ? Telle est la question.

 

Les axes fondamentaux autour desquels se décline la sobriété énergétique qui nous attend sont connus :

° le respect du rythme de régénération des ressources renouvelables (forêts, ressources halieutiques) ;

° le ralentissement de la consommation des ressources non renouvelables ;

° les économies d'énergie ;

° l'éco-efficience : rationalité technique qui permet de fabriquer un même objet avec moins d'énergie et de matières premières ;

° la relocalisation de la production ;

° le recyclage des matériaux ;

° le développement des énergies renouvelables.

 

Les solutions au quotidien sont également connues. Côté transport (50% de la consommation de pétrole, rappelons-le) : contraction du commerce mondial (des dizaines de milliers de tonnes de marchandises parcourent chaque jour des dizaines de milliers de km, avec souvent les mêmes produits dans les deux sens). Réduction de la mobilité des hommes : distances du domicile au lieu de travail, ce qui suppose une réorganisation du travail et de l'urbanisme, utilisation de modes de transport doux (marche, vélo pour les courtes distances), covoiturage (ce qui suppose une remise en cause des habitudes), transports en commun. Côté alimentation : nourriture produite localement, plutôt biologique, de saison, moins carnée, lutte contre le suremballage.

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 20:36

 

Communiqué du groupe La Digne Rage

Fascistes, sexistes, antisémites, homophobes: no pasaran!

Samedi 21 mai avait lieu à Rennes un rassemblement contre une conférence organisée par le groupuscule néo-fasciste Égalité et Réconciliation, implanté depuis peu à Rennes. Les antifascistes présent-e-s avaient décider d'empêcher cette conférence, en bloquant l'entrée du bar. Durant une heure, la tension avec les militants d'extrême droite ainsi qu'avec le gérant du bar(qui ne pouvait ignorer la nature de l'évènement qui se tenait dans son établissement ), fut vive, mais les militant-e-s antifascistes ont su garder leur sang froid, malgré les propos antisémites, sexistes et homophobes de leurs interlocuteurs. Vers 15h, les nervis d'extrême droite venus assister à la conférence ont sorti des armes de poings (gomme-cognes) ainsi que des bombes lacrymogènes, tirant en pleine rue sur les antifascistes contraints de refluer pour éviter les projectiles de flash-balls. Au moins un militant a été blessé au dos par une balle en caoutchouc tirée en direction des manifestant-e-s. Plus grave, un des agresseurs s'est servi de son véhicule pour percuter un des antifascistes présents, ce qu'on peut qualifier sans hésiter de tentative d'homicide.

Le groupe La Digne Rage tient à dénoncer fermement ces agressions, et assure de son soutien les personnes blessées et choquées lors de ces évènements.

Ici comme ailleurs, aujourd’hui comme hier, combattons le fascisme et le racisme !

Le groupe anarchiste La Digne Rage, membre de l'Union locale de la Fédération Anarchiste
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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 10:04

L'atelier de vélos Crade (cf. notre article), basé à Concarneau dans un squat, est menacé d'expulsion.

 

Ci-dessous un extrait d'une mise au point de l'association sur l'état actuel de la situation.

 

" Chères adhérentes, chers adhérents, chères sympathisantes, chers sympathisants,

 

La procédure engagée par la CCI contre le Centre de Recherche sur l'Avenir des Déplacements Écologiques, nous sommait de quitter les lieux de ses biens et personnes pour le 15 Mai 2011.

La CCI refuse toujours de nous accorder le droit de disposer de ce local et aucun autre relogement n'est proposé par la Mairie ou autre.
Nous occupons donc toujours le local, au 8 rue des thoniers à Concarneau. L'activité est suspendue. Un premier huissier est passé mardi 17 Mai pour nous demander de quitter les lieux sous 24h. Le second ne devrait pas tarder pour nous sommer de déguerpir (terme juridique) immédiatement. En cas de non respect de cette ordonnance, l'huissier fera alors appel au Préfet. Ce dernier pourra faire vider par la force les lieux de ses biens et occupants si l'occupation crée un "trouble à l'ordre public". Il peut donc ordonner l'expulsion pour le jour-même ou dans deux mois, en tout cas pas avant la semaine prochaine. L'astreinte peut être réclamée par le plaignant, lorsque les lieux seront vides.

Un rendez-vous a été pris avec l'avocat pour 10h, lundi 23 Mai 2011, pour une lecture explicative du jugement et des risques encourus par rapport à l'astreinte, notamment.

Un entretien téléphonique a été effectué avec un responsable de la CCI. Il argumente principalement sur la non assurabilité pour les non-usagers de la zone portuaire. Une lettre demandant un rendez-vous pour trouver un accord dans ce sens a été écrite. Elle sera envoyée demain au Président de la CCI.

Plusieurs courriers ont été écrits à la Mairie de Concarneau. Une adhérente à eu un rendez-vous avec l'élu au développement durable, sans solution concrète. Une demande de rendez-vous pour une délégation a été demandée avec le même élu.

Mercredi 18 Mai, un communiqué a été dit au "Télégramme" et "Ouest France". Il signifie ce qui est écrit ci-dessus. Il demande aussi à tous ceux qui oeuvrent publiquement pour le développement durable et les déplacements doux de se prononcer sur la situation de l'association. A ce titre, le communiqué rappelle l'activité de l'association en terme de chiffres: 85 adhérents, 300 passages à l'atelier, 200 vélos récupérés, plus de 100 remis en circulation, 200 personnes uniques aux 9 velorutions et plus de 500 personnes venus sur le marché. Soit beaucoup de monde sensibilisés, informés, et mis en selle.

Une réflexion est en cours pour formaliser une demande publique aux privés.

L'accès à l'emplacement associatif pour les marchés du Vendredi semble compromis pour cet été. Une réponse formelle de la Mairie est attendue.

La prochaine velorution aura lieu le 18 juin, place de la Mairie, RDV 14h et départ 14h30.

Le local reste ouvert. Il suffit de frapper et de s'annoncer. On peut donc passer quand on le souhaite et ainsi apporter des idées et un souhaitable soutien.

Il est nécessaire que la Mairie continue à recevoir l'opinion des adhérents, sympathisants par écrit au service qui concerne l'association : le développement Durable, Mairie de Concarneau, 29900 Concarneau.

 

(...)

 

Paix, Solidarité, Courage, Force et Détermination.

Et Vive le vélo ! "

 

Contact du Crade : crade29@gmail.com

 

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Selon Ouest-France du 19 mai 2011

Le Crade toujours dans les locaux de la CCI

Malgré la visite d'un huissier mardi, l'association occupe toujours les locaux rue des Thoniers.

Depuis dimanche, le Crade est expulsable des locaux de la CCI sur le port. Le tribunal avait donné à l'association jusqu'au 15 mai pour quitter les lieux, qu'elle occupe illégalement depuis l'automne. Mais elle n'a depuis pas bougé un vélo.

Mardi, le Crade a reçu la visite d'un huissier rue des Thoniers. « Il nous a signifié de partir sous 24 h, indique un des membres de l'association. On ne l'a pas fait. Car aucune solution de repli ne nous a été proposée. »

Du coup, l'association a écrit à la chambre de commerce et d'industrie. Elle a demandé un « entretien pour trouver une solution durable ». Hier, elle a également sollicité la mairie par téléphone. Et souhaite rencontrer une délégation de la Ville. Toujours dans l'optique de se reloger ailleurs.

Dans l'attente d'une roue de secours, le Crade prévient : « Dans la semaine, un deuxième huissier va nous signifier de partir immédiatement. Si on n'a toujours pas trouvé de solutions, on restera. »

Appel aux acteurs publics

Dans ce bras de fer qui oppose la CCI et l'association, le Crade demande « aux personnes engagées publiquement dans le développement durable de se positionner publiquement. Partis politiques, associations ou institutions ».

Depuis lundi, l'association a cessé toute activité dans son atelier de vélo. « On ne veut pas se retrouver avec des adhérents en situation d'expulsion », explique l'association, qui continuera de réparer les vélos sur le marché de Concarneau.

 

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Selon le Télégramme du 16 mai 2011 Concarneau 

Samedi après-midi, plusieurs cyclistes sont venus apporter leur soutien au Crade lors d'une

nouvelle «vélorution». 

 

Crade velorution 140511

 

Concarneau

Port. Expulsé, le Crade réfléchit à un relogement

C'est ce soir que le Centre de recherches sur l'avenir des déplacements écologiques (Crade) doit se réunir pour trouver une solution après l'expulsion prononcée par la Justice.

Selon le jugement prononcé le 6 avril dernier, par le tribunal de Quimper, le Centre de recherches sur l'avenir des déplacements écologiques (Crade) est expulsable depuis hier, du local qu'il occupe au 8, rue des Thoniers. Dans cet entrepôt, propriété de la chambre de commerce et transformé en siège social de l'association voila six mois, on s'attend d'ailleurs à la visite imminente d'un huissier. Partir immédiatement ou se maintenir temporairement, malgré l'astreinte de 20 EUR par jour prononcée par le tribunal ? Les animateurs de l'association n'ont pas encore tranché. «Nous devons nous réunir en comité réduit pour en décider» explique Rémi Guitteny. Au nombre des fondateurs du Crade, il rappelle qu'il s'agit de «la seule association cycliste utilitaire de Concarneau et l'unique site du Finistère apparaissant sur la carte du réseau des ateliers-vélos *». Un atelier de vente et réparation fréquenté par environ 300 personnes depuis sa création.

Un problème «global» de locaux associatifs

Au-delà de cette expulsion, Rémi Guitteny juge que le problème est «global». Selon lui, «La véritable solution consisterait à se fédérer pour faire évoluer la mentalité et qu'il y ait un véritable effort pour attribuer des locaux aux associations».

Fin de la présence sur le marché du vendredi

En attendant, le Crade se cherche un autre local, tout en étant conscient qu'aucune solution ne viendra de la municipalité. Les relations avec la collectivité restent en effet compliquées. Dernier épisode en date:l'impossibilité pour l'atelier-vélos de continuer à être présent lors du marché du vendredi. «On nous a expliqué que jusqu'alors c'était accordé à titre exceptionnel mais que cela créait une inégalité vis-à-vis des autres stands, quoi qu'il en soit, nous continuerons à participer au marché bio du mercredi». Pour Rémi Guitteny, cette expulsion ne signe pas pour autant la mort du Crade. «L'association existe, avec ses statuts et ses 80 adhérents, c'est plutôt un changement de siège social». Si la structure entend continuer à être actrice du débat sur l'avenir des déplacements, reste le problème du relogement de l'atelier. L'association n'exclut pas, en fonction des conditions, de recourir à un bailleur privé. Un appel pour obtenir le prêt d'un local pourrait également être lancé de façon plus formelle, «il est vrai que nous ne l'avons encore jamais fait».

* http://www.heureux-cyclage.org

 

 



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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 10:02

« Rhon, pushhhh, rhooonn, pushhh. Atchoum ! »
    Dark Vador, enrhumé

 

Où trouver le Monde libertaire près de chez vous ? Cliquez ici !


ML 1636 rectoSommaire

Actualité

Salauds de pauvres, par J.-P. Levaray, page 3

Suicides en prison, par P. Schindler, page 4

Météo syndicale, par L. Barbesois, page 5

L’Autruche, par F. Ladrisse, page 5

Des brèves et un strip, page 6

Syndicat des prisonniers, E.H. Omar, page 7

Laurent de Merdici, par J. Langlois, page 8

Arguments

Racisme contre les Roms, par Nicolas, page 9

Loin Deyzieu, loin du coeur, par Réflexes, page 11

International

Forum social de La Havane, par D. Pinos, page 13

Solidarité avec les camarades cubains en lutte, page 17

Histoire d’une lutte coréenne, par Isabelle et Sung-ai, page 18

Histoire

La Communauté du Sudet l’autogestion, par Communidad, page 19

Mouvement

C’est pas du cinoche, par Bibo, page 21

Riri, the best !, page 21

La plus parlante des radios, page 22

L’agenda vous appelle, camarades, page 23

ML 1636 verso

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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 13:22
Texte du lundi 9 mai 2011 repris à la Cnt-Ait Toulouse : original en cliquant ici ! Merci à elles & eux.

 

L’émotion collective suscitée par la catastrophe nucléaire nippone obéit à un sentiment parfaitement légitime d’insécurité face à ce mode de production d’énergie. Constatons que l’État, par la voix de son sinistre Besson, a tout fait pour se montrer rassurant, rappelant ce nuage radioactif venant d’Ukraine et déclinant poliment son identité à la douane française en 1986 pour se voir interdire le survol de l’espace aérien hexagonal.

Dans cette actualité dramatique (parmi d’autres), nous souhaiterions ici analyser plus avant la question nucléaire, d’un point de vue anarchiste. Pour cela - question de vocabulaire nécessaire -, nous appellerons nucléarisme la pensée favorable à la production d’énergie nucléaire, pour ensuite en décliner les différents aspects.

 

I. Le nucléarisme est un étatisme


L’État-Nation, sous le prétexte (entre autres) d’indépendance énergétique, a imposé cette solution de production d’électricité dans les années 70. Il n’y a pas eu de débat démocratique et la violence [1] de la Raison d’État a balayé les révoltes nées de cet arbitraire. Cet arbitraire d’État concerne deux nucléarismes : militaire et civil. Pour le nucléaire militaire, l’inscription de la nation France dans le champ de la « dissuasion » témoigne de son agressivité foncière vis-à-vis des autres nations, une attitude séculaire de militarisme et d’impérialisme colonial que le simple humanisme déplore, quand l’internationalisme doit le combattre résolument. La république ne fait ici que reprendre, en plus dangereux, la théorie du « pré-carré » de Louis XIV, Vauban et Louvois.

À cette agressivité militaire répond l’outrance de l’équipement civil, avec 58 réacteurs nucléaires produisant plus des 3/4 de l’électricité en France (un taux unique en Europe et dans le monde). L’État possède également la mainmise sur le marché britannique (British Energy), 4 réacteurs en Allemagne (EnBW), et 7 réacteurs en Belgique (Electrabel, filiale de GDF) [2]. Nous pouvons donc parler ici d’un projet étatique dépassant largement le cadre de l’autosuffisance énergétique pour apparaître plutôt comme un instrument d’extension de l’influence de l’État.

Deuxième appendice de l’étatisme, le Secret d’État, ou Mensonge d’État, est à l’oeuvre en la matière : soi-disant garant de la sûreté des dispositifs techniques, l’État ne considère que le sentiment de sécurité ou d’insécurité (notions subjectives aux « citoyens », et non objectives, liées aux faits et risques, comme la sûreté [3]). Sa propagande créera donc de l’insécurité dans la ruelle de banlieue et de la sécurité dans les centrales nucléaires (La manipulation des sentiments et des émotions est utilisée pour contrôler la population, vers les fins voulues par l’État). Le secret d’État couvre ses crimes : contamination des ouvriers dans le désert algérien, accidents répétés dans les centrales, assassinat du Rainbow Warrior... Par ailleurs, la logique de la Raison d’État permet de s’acoquiner avec les tyrans les plus sanguinaires (le Shah, Saddam Hussein, l’Afrique du Sud au temps de l’Apartheid, Kadhafi,...)

 

II. Le nucléarisme est un capitalisme


Avec notamment ces deux mastodontes que sont EDF et AREVA [4], le nucléaire constitue un exemple important du capitalisme, avec toutes les caractéristiques afférentes : utilisation vorace et destructrice de biens publics gratuits tels que l’eau et l’air, exposition des salariés à des conditions de travail dangereuses [5], incapacité foncière à envisager les risques pour la population ou les générations futures. Nous avons là un résumé des tares du capitalisme. Sur la question des biens publics, le nucléarisme a pour caractéristique de ne pas payer les coûts réels de sa production en profitant à outrance des biens publics et en amassant une dette en termes de coûts de pollutions qu’il souhaite faire payer aux générations futures. Ce transfert du coût donne l’illusion aux générations présentes que cette technique de production d’énergie est valable et moins coûteuse. Ceci repose en fait sur une imposture comptable  : les financiers ne confondent pas le principal et l’intérêt dans leurs comptes, mais quand il s’agit de la nature, patrimoine commun dont nous ne sommes que les usufruitiers, cette confusion scandaleuse opère sans beaucoup de contestation.

Autre caractéristique du capitalisme : son absolue cécité face à la nécessité éthique (celle qui ne rapporte jamais rien) et à la corruption politique qui en découle. L’exploitation de l’uranium par Areva à Arlit et Akouta au Niger a produit des dommages écologiques considérables, et constitue par ailleurs une caricature du post colonialisme de la France au Niger. Au niveau de la théorie anarchosyndicaliste, on perçoit bien ici la différence entre un syndicalisme révolutionnaire qui considère le syndicat comme le centre décisionnel après la Révolution, et l’anarchosyndicalisme qui prévoit la dissolution du syndicat à ce moment : en effet, comment empêcher une prise de pouvoir, si on laisse un groupe de personnes décider seul des destinées d’un lieu aussi important qu’une centrale nucléaire ?

 

III. Le nucléarisme est un scientisme


Nous appelons scientisme la confusion opérée entre le progrès humain et le progrès technique, ou plus précisément l’identification de ces deux progrès. Le scientisme a une conséquence politique : ses tenants refusent que les scientifiques répondent de leurs actes devant la communauté, au non de l’expertise, qui ne pourrait obéir à l’ignorance. L’aventure du nucléarisme en France répond parfaitement à ce schéma, avec un lobby de scientifiques (CEA : Commissariat à l’énergie atomique, EDF...) qui obtient l’oreille de l’État et impose ses vues sans qu’une quelconque consultation de la population ait lieu. Il faut donc ici rappeler qu’il n’existe pas d’élite pouvant se permettre de confisquer le débat politique, quelles que soient ses compétences (scientifiques, militaires, oratoires...). La science permet le progrès technique (ce n’est pas uniquement son objet), mais doit de ce point de vue répondre démocratiquement de ses avancées [6] devant l’assemblée générale.

Face à la catastrophe se pose la question d’un optimisme forcené basé sur les possibilités de la technique. Celle-ci pourrait en effet tout résoudre et garantir à la communauté des hommes une énergie infinie et une sûreté face aux phénomènes naturels. Cette croyance est en partie née d’un autre tremblement de terre, celui de Lisbonne (1755), qui a vu l’émergence de nouvelles disciplines scientifiques comme la sismologie, laissant espérer que la prévision permettrait d’éviter « le mal ». Le débat initial de Voltaire [7] et de Rousseau à ce sujet n’est pas clos, mais nous pouvons considérer à juste titre que la conjonction des catastrophes naturelle et nucléaire balaye l’optimisme forcené de ceux qui croient que la technique peut tout résoudre.

Le scientisme s’accompagne généralement d’un tel mépris du bon sens qu’il nous permet cet aparté. Il repose en effet sur un mythe du progrès technique que l’on pourrait qualifier de prométhéen. Que penser en effet de cette catastrophe au Japon, où l’on a construit des centrales nucléaires « sur un volcan  ». « Le dragon s’est réveillé » aurait-on pu entendre dans un conte traditionnel. Quel échec en tout cas de l’entendement humain et de la raison, au non de la rationalité et de la Science (en apparence...). La politique consiste donc aussi à connaître les mythes agissants dans le monde, avec une sympathie pour l’expérience des hommes du passé (les habitants de Pompéi ne nous sont plus aussi lointains ces derniers jours...).

 

IV. Le nucléarisme est un élément particulièrement probant de la nocivité du Contrat Social


Le Contrat social, ou pacte social est une théorie politique qui considère que les individus, à un moment donné de leur histoire, ont passé un pacte mutuel et transféré leur souveraineté à l’État, afin de gagner plus de liberté, en tant que groupe, qu’en tant qu’individus isolés face à la nature. Cette théorie est née au XVIIIème siècle, avec Hugo Grotius, et surtout Jean-Jacques Rousseau [8].

Cette théorie était en rupture avec les considérations traditionnelles sur la monarchie, l’État de droit divin ; aussi est elle souvent présentée comme une idée progressiste, ancrée dans la philosophie des Lumières, présentée comme un bloc positif dans les manuels. Cependant, Le contrat social est plutôt à considérer comme une justification laïcisée de l’existence de l’État et de la souveraineté nationale. S’ils sont en rupture avec la monarchie absolue, les révolutionnaires de 1791 n’en sont pas moins des tenants de l’État central, détenteur d’une souveraineté nationale transcendante par rapport aux individus. Cette théorie est en rupture avec le libéralisme politique, notamment hérité de John Locke. Pourquoi évoquer ici cet aspect de l’histoire des idées politiques  ? Tout simplement parce que l’obligation faite aux générations futures de gérer les déchets nucléaires, la servitude imposée à ces personnes non encore nées est l’expression parfaite de l’arbitraire des décisions « démocratiques » reposant sur le contrat social. Ces personnes à naître ne peuvent être consultées, mais elles sont déjà liées, parce que les générations antérieures considèrent qu’elles doivent se soumettre aux décisions antérieures justifiées par la souveraineté nationale, qui n’est d’aucun temps, comme l’État.

Nous ne pouvons que refuser ce « serf-arbitre », en reprenant les arguments de Thomas Paine en 1791 : « Il n’exista, n’existera et ne pourra jamais exister de parlement, ou des hommes d’aucune sorte ou d’aucune génération, dans aucun pays, possédant le droit ou le pouvoir de lier et de dominer leur postérité jusqu’à la "fin des temps", ou celui de commander à jamais comment le monde doit être gouverné, ou qui doit le gouverner ; par conséquent, toutes les clauses, actes et déclarations produites par leurs initiateurs pour essayer ce qu’ils n’ont, ni le droit, ni le pouvoir de faire ou d’exécuter, sont en elles-mêmes nulles et vides. Chaque âge et génération doit être aussi libre d’agir pour lui-même dans tous les cas que les générations qui l’ont précédé. La vanité et la présomption de gouverner depuis la tombe est la plus ridicule et la plus insolente de toutes les tyrannies. L’homme n’à aucune propriété sur l’homme, pas plus qu’aucune génération n’a de propriété sur celles qui suivent. » [9]

Dans les faits, nous constatons ici que, de manière caricaturale, la théorie du Contrat Social, et l’État pseudo-démocratique qui en dérive, n’est qu’une continuité « laïque » des États de monarchie de droit divin. Ici le roi avait deux corps [10], l’un physique et périssable, l’autre immortel, et au décès d’un roi, le « mort saisissait le vif » (le successeur, avec l’expression convenue, le « Roi est mort, Vive le Roi ! »), là un État crée un phénomène physique polluant et dangereux qui saisit les générations à venir d’une main de fer. Tyrannie insolente, contradictoire avec ses principes démocratiques apparents, mais ô combien cohérente avec l’essence-même de l’État et de la souveraineté nationale qui a pour projet de perdurer à jamais.

 

Conclusion : l’éthique doit être au cœur du projet politique anarchiste !


L’anarchisme n’est pas un léninisme, qui asservit les moyens aux fins : il doit subordonner l’action à la réflexion éthique. De ce point de vue, il ne m’apparaît pas possible de défendre un projet nucléariste, expression de la raison d’État, capitaliste et scientiste, subordonnant les moyens d’actions aux fins envisagées. Une assemblée générale ne peut envisager de produire une électricité qui empêcherait de manière irréversible les assemblées générales à venir de choisir elles-mêmes leur propre destin. Et cela simplement parce qu’elle n’en n’a pas le droit. Non pas le droit bourgeois, mais l’impératif moral créé par le souci de ne pas imposer la souveraineté des vivants à celle des hommes à naître. Aussi faut-il certainement envisager une économie moins gourmande en électricité, et cela est notre problème, qui est d’ailleurs plus une question de sobriété que de survie.

Citons en guise de conclusion un passage éclairant de Rudolf Rocker, critique de Rousseau : « C’est un phénomène étrange que le même homme, qui prétendument dédaignait la culture et prônait le retour à la nature, l’homme pour qui la sensibilité rejetait le monument de la pensée intellectuelle des encyclopédistes ; et dont les écrits éveillèrent chez ses contemporains un si profond désir de retourner à une vie simple et naturelle, il est étrange que ce même homme, en tant que théoricien de l’État, ait administré la nature de bien pire façon que le plus cruel des despotes et mis tout en place pour la réduire au diapason de la loi. » [11] Il me semble que l’électricité nucléaire est un diapason supplémentaire de l’activité humaine que nous devons refuser.

 

SIA 32 CNT-AIT

 

[1] Exemple : mort d’une manifestant à Creys-Malville en juillet 1977.


[2] Voir l’article de Courrier International N°1068, citant l’hebdomadaire autrichien Profil à ce sujet (21-27 avril 2011 ; p°18).


[3] Voir à ce sujet l’article de Jean Delumeau sur la différence entre sûreté et sécurité, dans l’Histoire N°88, pages 71-75 (La « sécurité » n’est plus ce que l’on croit !)


[4] 9,104 milliards d’euros de CA en 2010, et 883 millions d’euros de résultat ;


[5] Accidents connus à Marcoule en 1959, Chinon en 1965, Saint-Laurent-des-Eaux en 1969, 1980, 1984, 1987...


[6] Ce point précisé, nous devons dire que l’anarchosyndicalisme s’oppose autant au scientisme qu’aux courants anti-scientifiques, qui, dans une sorte de pensée magique, privent les travailleurs des avancées possibles pour diminuer les efforts et les risques nécessaires à la vie en société, et à la survie en général.


[7] Voltaire, auteur du poème sur le désastre de Lisbonne en 1756, s’interroge sur le mal physique.


[8] Du Contrat Social ou Principes du droit politique, publié en 1762.


[9] There never did, there never will, and there never can, exist a Parliament, or any description of men, or any generation of men, in any country, possessed of the right or the power of binding and controlling posterity to the "end of time," or of commanding for ever how the world shall be governed, or who shall govern it ; and therefore all such clauses, acts or declarations by which the makers of them attempt to do what they have neither the right nor the power to do, nor the power to execute, are in themselves null and void. Every age and generation must be as free to act for itself in all cases as the age and generations which preceded it. The vanity and presumption of governing beyond the grave is the most ridiculous and insolent of all tyrannies. Man has no property in man ; neither has any generation a property in the generations which are to follow.” Thomas Paine : Rights of man - Being an Answer to Mr. Burke’s Attack on the French Revolution - Part I - 1791.


[10] Voir làdessus le livre d’Ernst Kantorowicz : Les Deux corps du roi - Essai sur la théologie politique au Moyen Âge


[11] Rudolf Rocker - Nationalisme et culture - chap X, p. 180.

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Le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

 

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Mardi 10 novembre - Vannes, Lorient et Pontivy - Appel unitaire à la grève. Rassemblements (autorisés) des personnels de l’Éducation Nationale (écoles, collèges, lycées) pour l'amélioration des conditions sanitaires, pour l'allègement des effectifs et le recrutement de personnels (ceux des listes complémentaires etc...) . 10h30 Vannes, devant la DSDEN (3, Allée du Général Le Troadec), 10h30 Lorient devant la sous-préfecture, 10h30 à Pontivy à La Plaine. A l'appel des syndicats de l’Éducation Cgt, Fo, Fsu et Sud

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Jeudi 10 décembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Autonomes" (documentaire de François Bégaudeau), en présence de Benjamin Constant, présent dans le film. Tarifs habituels

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