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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 20:39

VERS UNE BANALISATION.....

 

« DES HOMMES EN VRAI » 

 

 

Tout mouvement d'émancipation contre l'exploitation et la domination doit non seulement critiquer l'évidence de l'ordre existant mais aussi contrer les éléments réactionnaires qui font obstacle à la révolte.

 

Le féminisme n'échappe pas à la règle ; en plus de combattre les rapports inégalitaires entre les hommes et les femmes, il doit aussi contrer des courants politiques  « masculinistes », composés d’hommes anti-féministes qui s'attachent hystériquement à leurs privilèges, type SOS papa, Réseau Hommes, etc. Dans le seul but de s'opposer aux aspirations féministes pour la justice et l'égalité, ces courants reproduisent ou développent des logiques teintées de haine et de mépris à l'égard des femmes. Le documentaire Des hommes en vrai, diffusé dans le cadre des manifestations proposées par la ville de Rennes autour du 8 mars, laisse une  visibilité importante à des discours qui rappellent curieusement les procédés utilisés par les « masculinistes », à l’instar de ce premier homme interviewé qui déclare sans vergogne : « J’en veux vraiment à la féminité […] j’en veux vraiment à ces femmes, là, qui sont vraiment… elles sont ignobles, ignobles ».

 

Les stratégies déployées par ces mouvements anti-féministes se retrouvent à de nombreuses reprises dans les propos des hommes filmés dans le documentaire, dont nous reproduisons ici des passages (en gras) :

 

*Les solidarités entre femmes contre l'oppression masculine sont dénoncées et caricaturées comme des « petits arrangements ». Tandis que la solidarité et la complicité masculine permettrait de résister aux femmes malfaisantes : « Un par un, ils m’ont pris à part et ils m’ont dit : “On t’a vu avec cette femme ; on en a beaucoup entendu parler, maintenant on l’a vue […] t’es en train de te ruiner la tête, on ne te reconnaît pas quand t’es avec elle. Quand tu rentres à Paris […] lâche-la, qu’on n’en parle plus et que tu redeviennes toi-même’’. »

 

*Une stratégie anti-féministe bien connue consiste à rendre les femmes responsables de la violence masculine qu’elles subissent. Par exemple, alors qu'il vient de mimer le début d'étranglement fait contre sa compagne, et bien qu’il nous dise regretter ce geste, un homme s'explique: « Il y avait quelque chose en elle qui me disait: “alors tu es un mec, allez, vas-y montre le !’’ »  Ailleurs, la violence physique exercée contre les femmes est banalisée : « parfois infidèle, quelque fois agressif, blablabla ».

 

*Le contrôle de la maternité est vue comme la « nouvelle puissance des femmes », qui se servent de leur pouvoir pour faire des enfants dans le dos des hommes et les priver de leur droit à la paternité ! La contraception est une affaire de femmes et la responsabilité des hommes est complètement éludée, comme semble le penser cet homme « victime » d’une de ses conquêtes lui ayant « caché » quelques temps sa paternité : « Elle m’avait dit furtivement qu’elle prenait pas la pilule,  mais je l’ai pas relevé. » Ben voyons…

 

*Les mères sont stigmatisées comme des : « lionnes », « petit caporal », ou « grande figure qui manipule ». Et comme le clame sans relâche SOS papa, les femmes ont la mainmise sur les enfants, privant les pères de leur présence dans les cas de litige. Ces derniers n’ont aucun moyen de se défendre puisque la justice familiale est entièrement entre les mains des femmes : « c’est une femme qui est juge, c’est une femme qui fait l’enquête sociale ordonnée par le juge, c’est une femme qui est psychologue pour faire l’enquête psychologique de la femme, de l’homme et des enfants, et c’est une femme que l’on juge. Contre un homme. »

 

*Et, bien que toutes les statistiques sérieuses démontrent l'étendue des privilèges masculins et l'assignation des femmes à des tâches particulières, certains osent s'épancher sur leur « difficulté d'être un homme ». D'autres inventent même des piètres douleurs et des énormités du genre : les hommes sont « sommés d'éjaculer en permanence ».

 

Contrairement au message implicite du documentaire, les féministes et les mères en général ont toujours souhaité un investissement effectif des hommes dans les soins aux enfants. Elles travaillent politiquement pour une répartition égalitaire des tâches. Elles n'ont jamais stigmatisé les pères en soi, elles signalent davantage leurs incompétences et leur manques, et elles pointent le fait que des femmes doivent y pallier.

 

Des hommes en vrai cherche à  affirmer une communauté d'intérêt des hommes et croit parler au nom de tous. A travers la défense des droits des pères, et en feignant de se préoccuper du bien-être des enfants, certains des hommes du documentaire, comme les masculinistes en général, cherchent à reconduire leur contrôle sur le(ur)s femmes. Et, derrière une supposée banale « quête identitaire », ils souhaitent une réaffirmation de leur position de dominant.

 

Dans les années 70, un travail important a permis de dénoncer la supposée nature des femmes comme outil d'oppression et d'assignation à un rôle féminin. Et c'est pourquoi, grâce à un long travail de conscientisation, on ne parle plus à Rennes de la journée de LA femme mais de la journée DES femmes. La guerre est loin d’être gagnée et il est primordial, non seulement de repérer mais aussi de s’opposer clairement aux ennemis des féministes et des femmes que sont les antiféministes et les misogynes. Ces « loups déguisés en agneaux », pour reprendre les mots de Christine Delphy (sociologue et militante féministe) à propos des « masculinistes », sont bel et bien dangereux, et ne devraient bénéficier d’aucune publicité dans le cadre des journées DES femmes.

 

Le fait que la Ville de Rennes, le Comptoir du doc et les Champs Libres aient programmé un tel documentaire dans l'espace des « documentaires au féminin » et des « enjeux du féminisme au XXIème siècle » demeure pour nous, en plus d'une énigme, une erreur très grave.

 

..... DE L'ANTIFEMINISME ??

 

Des féministes et pro-féministes de Rennes.

 

 

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 10:52

Salut,

Alors que la mascarade électorale bat déjà son plein,  v'là un nouvel agenda un peu + intéressant  et dont les nouveautés débutent par *.

Du lundi 14 au dimanche 20 mars, c'est la semaine d'information sur  la santé mentale. Ce mardi 15 mars, un nouveau projet de Loi liberticide sur la psychiatrie va être discuté au Parlement (cf cette pétition http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php?petition=8),  c'est donc une journée d'action des personnels du secteur mais la  population dans son ensemble est concernée (cf Appel du syndicat Sud  Santé https://nantes.indymedia.org/attachments/mar2011/4_pages_psy_mars_2011.pdf). Ce projet de réforme nuit gravement à la santé des personnels, des usagers et des libertés fondamentales !
Aussi nous est-il paru intéressant de questionner le principe même de "l'enfermement psychiatrique", avec Jacques Lesage de la Haye (psychologue, animateur de l'émission anti carcérale Ras les murs sur  Radio Libertaire, ancien prisonnier, auteur de nombreux ouvrages sur  l'enfermement carcéral et/ou psychiatrique), le vendredi 1er avril au Palais des Arts de Vannes.

Précision : le groupe libertaire de ne se reconnaît pas obligatoirement et intégralement dans ce qui est proposé ci-dessous.
Les excellentes émissions de Radio libertaire sont téléchargeables à partir de ce lien : http://media.radio-libertaire.org/php/grille.php
Couverture et sommaire du Monde libertaire, hebdo édité par la FA, ici :
http://anars56.over-blog.org/article-le-monde-libertaire-1626-du-10-au-16-mars-2011-69028068.html


Samedi 19 et dimanche 20 mars, convergence des luttes anti Loppsi 2 et  contre le sommet du G8/G20. Rdv à Notre-Dame-Des-Landes (44) pour démarrer une action. Info ici : http://lutteaeroportnddl.wordpress.com/

Face à la dictature capitaliste et aux politiciens & politiciennes pantins, là-bas comme ici, révolution + autogestion : pour une société libre et égalitaire, sans classes ni Etat. Vive l@ Sociale ! Rejoignez le groupe libertaire local de votre secteur.

Le groupe libertaire Lochu - Ferrer et la FA Vannes Lorient

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Du mardi 2 mars au 17 mars - Rochefort-en-terre (56) - Café de la pente : Exposition Un bateau français pour Gaza (initiative pacifiste et citoyenne pour briser le siège illégal de la bande de Gaza au nom du droit et de la justice), campagne relayée par l'Association France Palestine Solidarité 56

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Samedi 12 mars - Rennes - Projection débat autour du film Viva Mexico (sur le mouvement zapatiste) à 17h30 - Suivie d'une soirée festive et  musicale au Bar Le Panama (28, Rue Bigot de Préameneu) - 18h - Soirée co-organisée par le groupe la Digne Rage de la FA (Rennes) et la CNT 35

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Samedi 12 mars - Rochefort-en-terre (56) - Café de la pente : A partir  de 21h30, ITHAK en concert - entrée libre, majoration sur les  consommations

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Samedi 12 mars - Nantes -  20h30 - Concert avec Haymarket (punk hardcore) en soutien aux squatters du Tantanik (5 che­min St. Michel)

 

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Samedi 12 et dimanche 13 mars - Concoret (56) - Chantier festif à la  Ferme Ecole : construction d'une mezzanine pour l'accueil des woofers  (terre-paille et ossature palettes) / plantation d'arbres, jardinage / pose d'ardoises sur le toit du puits / cuisson des gâteaux dans le four à  bois... et pis la fête, quoi ! Amenez vos bottes, vos potes, vos outils  et votre panier garni. Organisé par Association ASPAARI - Merci de nous  prévenir de votre venue : 06 73 02 29 63, possibilité de dormir sur  place.

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Dimanche 13 mars - Rochefort-en-terre (56) - Café de la pente : à partir de 18h, Concert de soutien à l'AFPS Association France Palestine Solidarité avec Eva et Christophe qui accompagneront sous forme musicale  (Violon, Harpe, Orgue portatif, percussion) Catherine qui lira des  textes de Mahmoud Darwich. Prix libre.

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Dimanche 13 mars - Notre-Dame des Landes (44) - Projection débat autour du film Viva Mexico (sur le mouvement zapatiste)  - 19h30 - lieu dit  "La Pointe" à Fay de Bretagne

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Lundi 14 mars - Nantes - Projection débat autour du film Viva Mexico (sur le mouvement zapatiste) - 20h30 - Cinéma  Le Concorde (79, Bd de  l'Egalité)

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Jeudi 17 mars 2011 - Rochefort-en-terre (56) - Café de la pente - Soirée Documentaire-débat avec le film GAZA-STROPHE de Samir Abdallah et  Khéridine Mabrouk (Images de Gaza au lendemain de la dernière guerre),  dans le cadre de la campagne « Un bâteau français pour Gaza » avec  l'association France Palestine Solidarité membre du collectif  morbihannais - 20h30

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Jeudi 17 mars - Rennes - Table ronde sur le droit à l'avortement.  Paroles de Rennais et Rennaises engagéEs des années 60 à nos jours.  20h.  Maison des associations (6 Cours des Alliés). Organisé par l'asso féministe Questions d'égalité

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Vendredi 18 mars - Nantes - Café Repaire "Loppsi 2" - 19h20 - Chez Taha au Méliès, rue des Carmélites (presque en face du Cinématographe)

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Vendredi 18 mars - Rennes - Redistribution de légumes et repas collectifs par la cantine de la maison de grève - 20h - au Papier timbré

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Samedi 19 mars - Rennes - Vernissage Expo Frank Zappa en BD &  musique «The best comics you never read in your life» + les 10 ans  d'Interzones - En présence des dessinateurs Tofépi, Lucho Luberti, LL de  Mars, Thierry Alberti, Darwin Toucourt, Masha Krasnovo-Shabaeva,  Aleksei Nikitin, Fred Bé, Bettina Julia Egger et du one-man orchestra  Roland Bafius : Zappa vu du ciel - au Jardin Moderne - 19h

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Dimanche 20 mars - Plougoulm (29) - Marche "du Guillec" des alternatives aux pesticides + Village des alternatives et petite restauration sur  place - 15h

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Dimanche 20 mars - Lannion (22) - Marche des alternatives aux pesticides - 14h - Rdv parking de Caerphilly

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Dimanche 20 mars - Gévézé (35) - Marche des alternatives aux pesticides - 15h

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Vendredi 25 mars - Rennes - Conférence débat "répartition inégalitaire  des tâches domestiques : une entrave à l'émancipation des femmes et à  l'égalité - 20h - Maison internationale - Organisé par l'asso féministe Questions d'égalité

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Samedi 26 mars - Ploemeur - Marche des alternatives aux pesticides - 15h30 Rdv mail République

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Dimanche 27 mars - Audierne -  Marche des alternatives aux pesticides - 14h Rdv parking de la Poste - Tract :
http://www.eau-et-rivieres.asso.fr/media/user/File/Actu2011/tract%20d-appel%20A5.pdf

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Vendredi 1er avril - Vannes - Conférence débat "l'enfermement  psychiatrique" avec Jacques Lesage de la Haye (psychologue, animateur de  l'émission anti carcérale Ras les murs sur Radio Libertaire, ancien  prisonnier, auteur de nombreux ouvrages sur l'enfermement carcéral et/ou  psychiatrique) - Palais des Arts - 20h30 - Entrée libre - Organisée par  le groupe libertaire Lochu - Ferrer (et FA Vannes - Lorient)

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Dimanche 24 avril - Lorient - Journée libertaire : Expo picturale - 10h Jam graffiti - 16h Projection débat - 21h Concert avec HEYOKA (anarcho  punk - Dijon), MAUVAISE GRAINE (anarcho punk - Lorient), HANDYMEN - Bar  LE GALION - Infos : http://mauvaisegrainepunk.musicblog.fr/

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Samedi 30 avril -  Rochefort en Terre (56), au Café de la Pente - Concert de soutien à RESF 56 (Réseau éducation sans frontières) avec  Unité Mau Mau (hiphop enragé - Rennes) + Kings Of Nothing (punk-rock  mélo - Malestroit) + Murder One (hardcore plouc - Vannes) + Collaps  Machines (hardcore - Rennes) - 20h - 5 eur

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 11:32

Organisée par le groupe anarchiste La digne rage (FA Rennes) + la CNT 35

 

  Viva MEXICO Affiche Mexico

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 17:26

 

« Le langage reproduit le monde, mais en le soumettant à son organisation propre. »

É. Benveniste

 

 Où trouver le Monde libertaire près de chez vous ?


ML-1626-recto.jpgML-1626-verso-copie-1.jpgSommaire

Actualité

Squatteurs expulsés, par Jipé, page 3


Villeurbanne en lutte, Collectif du 31BB, page 4

Impressions judiciaires, par A. Sizaire, page 5

L’Autruche, par F. Ladrisse, page 5

Des brèves, un strip, page 6

Prisons suicidaires, par Romain, page 7


Entretien avec des élèves du Lap, par Nicolas, page 8

Santé en péril chez les 18-25 ans, par P. Schindler, page 9


Arguments

Alternatives en actes et en débat, par A. Tsun, page 10


International

Regards sur les États-Unis, chapitre II, par C. Reeve, page 12


Expression

Ceci n’est pas une pipe, par R. Dadoun, page 14


Sciences

Homo destructor ? par P. Auguste, page 17


Histoire

Quelle histoire de l’anarchisme ? par M. Enckel, page 20

Éléments de réponse, par le CRML, page 20


Mouvement

C’est pas du cinoche, par Bibo, page 21

Hommage à Jean-Jacques Legois, par FA Rouen et T. Porré, page 21

La plus enragée des radios, page 22

L’agenda vous appelle, compagnons, page 23

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 22:43

Extrait du Monde libertaire 1624

 

Esprit critique en acier pour gens en taule ? Tentatives d’ateliers critiques en prison
Guillemette Reviron est mathématicienne, Richard Monvoisin, didacticien des sciences. Ils enseignent tous les deux l’esprit critique et l’autodéfense intellectuelle au sein du Cortecs. Tous deux défendent une lecture rationnelle et libertaire du monde.

Devise commune : l’esprit critique est une arme sociale qui ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.
Constat commun : cette arme sociale n’est pas équitablement distribuée.
Solution parmi d’autres : outiller ceux qu’on n’outille pas.

  L’histoire se passe dans le Sud-Est pour l’une, ailleurs pour l’autre, dans l’une de ces villes où il ne fait pas (encore) bon dire qu’on y développe la lecture critique destinée aux détenus.


À l’origine, un dilemme d’enseignants : faut-il accepter d’entrer dans une institution comme la prison et de la légitimer en y tenant une fonction, même pédagogique ? Faut-il au contraire refuser de contribuer de quelque manière que ce soit à cette mécanique qui brise les os des condamnés ? La question est permanente, vicelarde et aussi tenace qu’un scrupule, aussi fallut-il, pour la trancher, admettre ceci : quand bien même attaquer les prisons à coups de burin serait la posture la plus défendable, elle est de toute façon hors de notre portée, par manque de contexte, de forces vives, d’organisation, ou simplement de courage physique.


Alors autant ne pas rester les bras ballants. L’historien Howard Zinn disait qu’il est impossible de se permettre d’être neutre dans un train en marche. Si le dilemme est vraiment épais, et qu’entre faire et non-faire, notre cœur balance, alors il nous semble plus moral de faire. Mais faire quoi ? Si on ne se sent pas prêts à dynamiter les cachots, que peuvent faire des enseignants pour les vider ? À part un plan des égouts ou une lime cachée dans un pain d’épices, que peut offrir un intellectuel à un détenu qui permettrait à ce dernier sinon de sortir plus vite, du moins de ne plus se faire incarcérer ? Nous avions deux types de réponse possibles : enseigner le droit – mais nous sommes incompétents – ou enseigner l’analyse critique.


Or ça, c’était dans nos cordes, car c’est justement l’objet de notre collectif de recherche, le Cortecs 1 : transmettre de l’esprit critique en donnant des outils d’analyse de type scientifique, tirés de la mathématique, de la psychologie, de la sociologie, de l’histoire, etc.


Précisons bien : nous utilisons la science. Non point le groupe social des experts en blouse blanche, ni la technopolitique qui va décider à notre place sur quels programmes de recherches et quels modèles de société sera investi notre argent. Non, il s’agit bien de la science comme démarche visant à dire des choses plus vraies que fausses sur le monde. Tout simplement parce que si on souhaite le changer, encore faut-il le connaître. Et en ce sens, et en ce sens seulement, la science est éminemment subversive. C’est cette démarche qui démontre que le racisme n’a pas de fondement, que le sexisme repose sur un ramassis de sornettes, que certaines lois économiques ne sont que billevesées, que l’amiante était démontré toxique depuis quatre-vingts ans, que les contenus d’enseignement de l’histoire gomment la plupart des mouvements sociaux et des horreurs perpétrées par les gouvernements, que le créationnisme est un scénario idéologique sans preuve et que Déluge, saignées, humeurs, phlogistique, théorie sexuelle freudienne des névroses, infériorité intellectuelle de la femme et influence de la musique sur les plantes sont à ranger dans les rayonnages empoussiérés de la cave des connaissances fausses. Etc.


C’est également la science comme démarche qui fait la preuve que la pensée de Ségolène Royal relève de la droite chrétienne, que Dominique Strauss-Kahn colle à un modèle économique ultralibéral et que Nicolas Sarkozy est le « président des riches 2 ». C’est la science comme démarche qui montre que les populations carcérales sont issues des couches sociales pauvres et que ce n’est pas le paramètre « arabe » ou « noir » qui est pertinent, mais bien celui de capital, qu’il soit financier ou symbolique.


C’est la démarche scientifique qui permet de démontrer que créer des conditions carcérales n’a jamais freiné les actes criminels, réduit la récidive ou aidé quelque personne que ce soit, victime ou fautif, à se reconstruire, ni même à réparer quoi que ce soit.


Et si un jour la science démontrait quelque chose qui nous heurte ? Tout l’art de l’éthique humaine résidera dans la manière d’appréhender cette réalité, même déplaisante. Oui, il semble qu’il n’y ait pas de lien causal entre les pesticides et la « disparition » des abeilles : nous aurions préféré qu’il y en ait un pour mieux dénoncer l’emploi de ces produits, mais dans l’état des connaissances actuelles, c’est ainsi. Alors cela n’empêchera pas de dénoncer cette industrie, mais sur des faits solides – et il y en a assez – et non des fantasmes. En attendant, l’objectif est de trouver ce qui arrive aux abeilles, et se contenter d’une fausse explication ne les aidera pas.


Oui, il y a des gens qui, par exemple, aiment tuer, violer, commander, torturer. Reste à savoir quoi élaborer politiquement pour ces gens, et c’est compliqué. Mais pour le faire, encore faut-il connaître les mécanismes qui les conduisent à ça. Possible que ce que l’on découvre ne nous plaise guère, mais… le monde n’est pas « fait » pour nous plaire.


Pour revenir à la question de la prison, et pour plagier Confucius et son poisson : quand un individu est en prison, mieux vaut lui donner les outils intellectuels et juridiques pour s’en tirer le plus vite possible et faire en sorte de ne pas y retourner que de lui donner une pelle ou une échelle.
Nous savions transmettre des éléments d’esprit critique aux étudiants : analyse des faits, lecture critique des médias, étude scientifique des pseudosciences, zététique 3, psychologie de la manipulation, mensonges politiques, etc. Mais les étudiants sont en majorité des filles et fils d’étudiants, des enfants de bac plus quelque chose. Et s’il est un endroit où l’on est quasi certain de trouver une frange de population qui n’usera jamais son froc sur les bancs des amphithéâtres, c’est bien dans les geôles.


Il fallait une manière d’entrer dans les murs. Pour l’une d’entre nous, la solution indirecte fut le soutien scolaire. Faire beaucoup de maths, puis laisser se décaler les discussions, un peu moins de maths, un peu plus d’analyse critique, de discussions sur les médias, d’analyses de livres.


Pour l’autre, ce fut un atelier « Médias & esprit critique », avec l’ambition de venir projeter des extraits de journaux télévisés, des analyses de « désentubages » cathodiques 4, des bouts d’émission, et de décortiquer la fabrication de l’opinion, le choix des mots, des scénarisations, la manipulation des chiffres et des statistiques. Il faut néanmoins savoir que cet atelier a mis pratiquement deux ans à être accepté par l’administration pénitentiaire : enquête de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), difficultés concernant le matériel informatique pour projeter les documents, etc. Il fallut toute l’opiniâtreté de certains responsables du Service pénitentiaire d’insertion et de probation pour parvenir à démarrer l’atelier en septembre 2010, soit un « cycle de dix interventions hebdomadaires sous forme d’ateliers-débats, à partir de documents vidéo ou papier tirés essentiellement des médias télévisés ou des journaux afin d’élaborer avec le public présent des outils d’analyse critique de l’information ».


Chomsky a écrit que si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. L’accès à une éducation n’étant obligatoire que jusqu’à 16 ans, rendons l’éducation critique optionnelle, omniprésente et séduisante, à partir de 16 ans et demi. Certains sont moins outillés que d’autres et se font broyer par le système ? Alors dénonçons ce qui ressemble à de l’abus de faiblesse. Et puisqu’on trouve dans le Code de la consommation, livre I titre II, chapitre II section IV, l’article L122-8 dénonçant l’abus de faiblesse dans les démarchages commerciaux, il suffirait de créer un article de plus, le 122-16, qui n’existe pas, et qui serait l’abus de faiblesse critique : « Art. L.122-16 – Quiconque aura abusé de la faiblesse ou de l’ignorance d’une personne, ou n’aura pas mis tout en œuvre pour lui fournir une autodéfense intellectuelle suffisante pour lui laisser faire ses choix en pleine connaissance de cause, sera puni par un cours d’esprit critique d’un nombre d’heures à définir, ainsi que par lecture de la bibliographie complète du Cortecs, lorsque les circonstances montrent que cette personne n’était pas en mesure d’apprécier la portée des engagements qu’elle prenait ou de déceler les ruses ou artifices déployés pour la convaincre à y souscrire, ou font apparaître qu’elle a été soumise à une contrainte. »
Luttons pour faire naître de l’autodéfense intellectuelle partout où elle pourra germer.
Même à l’ombre.

Guillemette Reviron
Richard Monvoisin




1. Collectif de recherche transdisciplinaire esprit critique & sciences : www.cortecs.org
2. Titre du dernier ouvrage des sociologues M. Pinçon et M. Pinçon-Charlot, Le Président des riches, Zones, 2010.
3. Ou art du doute (scepticisme scientifique). Étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des « thérapies » antiscientifiques. (Ndlr.)
4. Le désentubage cathodique est un art critique poussé au summum sur Zalea TV et par les Mutins de Pangée. Voir www.lesmutins.org/Desentubages-Cathodiques.html

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 00:34

5 MARS 2011 PARIS

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 17:05

« Je ne me tape que des bombes. »    Jules Bonnot

Où trouver le Monde libertaire près de chez vous ?


ML-1625-recto.jpg

 

Sommaire

 

Actualité

Kadhafi, dégage ! par Mohamed, page 3

Répression antisyndicaliste, par M. Silberstein, page 5

L’Autruche, par F. Ladrisse, page 5

Des brèves, un strip, page 6

Les staliniens contre la CNT, par J.-P. Jacquinot, page 7

Exploitation paysanne en Andalousie, par R. Pino, page 8


Arguments

Développons l’abondance, par V. Gerber, page 9


Dans le monde

Série américaine, premier volet, par C. Reeve, page 12

Le vrai visage du Mexique, par J.-P. Petit-Gras, page 14
ML-1625-verso.jpg

Histoire

Auguste Vermorel, l’anarchiste, par C. Fréjaville, page 17


Lecture

L’homme à la carabine, par B. Collins, page 19

La zone, par P. Schindler, page 20


Mouvement

Appel au don de livres, par La Rue râle, page 21

La plus craquante des radios, page 22

L’agenda vous appelle, page 23

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 22:39

R-Rocker.gifRudolf Rocker : Théorie et pratique de l'anarchosyndicalisme, édition Aden (2011), 19 euros (!!??), 202 pages.


C'est avec un plaisir certain que les anarchistes vont se plonger dans la traduction récente de Théorie et pratique de l'anarchosyndicalisme de Rudolf Rocker. Publié initialement en 1938, on doit sa traduction à Normand Baillargeon - le même qui a incité les éditions Agone à traduire et publier l'incontournable Une histoire populaire des Etats-Unis de Howard Zinn. L'ouvrage est précédé d'une courte introduction qui offre quelques éléments biographiques sur l'auteur.


Pour les autres lecteur-e-s, étranger-e-s à la mouvance libertaire, Théorie et pratique... est une parfaite introduction aux logiques de la pensée anarchiste. Dans un langage très clair, érudit et accessible, Rudolf Rocker y expose l'histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme - ses prémisses théoriques et ses aboutissements politiques. Le livre est alors à la fois une étude socio-historique et une explicitation du mouvement d'émancipation. Il dresse un panorama international de l'activisme anarchiste et s'attarde particulièrement sur la signification et l'importance du soulèvement espagnol de 1936. Mais avant d'en arriver là, R. Rocker retrace, à travers de nombreux exemples historiques, le quotidien de l'exploitation économique et l'étendue des luttes qui ont construit la société actuelle : l'apparition des syndicats, le luddisme, les différentes méthodes d'actions anarchosyndicalistes (grève-boycott-sabotage...) et leur finalité utopique.


L'approche de l'auteur est résolument non-dogmatique : la liberté, l'égalité, « la conscience de la responsabilité personnelle » et « la capacité de compassion envers autrui » servent simplement de guides. Ensemble, ils orientent vers une « perfectibilité » de la vie humaine et sociale.


L'aspiration anarchiste est ici conçue comme un processus résolument dynamique et non figé. Il n'y a pas pour l'auteur de « concepts absolus », il y a au contraire la possibilité d'applications multiples pour l'organisation sociale. Et c'est à juste titre que Noam Chomsky souligne dans sa préface cette reconnaissance des multiples formes sociales possibles et changeantes comme l'une des grandes leçons de l'histoire.


Un des nombreux apports essentiels de l'ouvrage est qu'il témoigne d'une ténacité stimulante, alors qu'il est écrit dans une période propice aux extrêmes droites, juste avant la seconde guerre mondiale. La verve, toujours très contemporaine, avec laquelle R. Rocker dénonce les méfaits du capitalisme et de l'Etat moderne réjouira et inspirera sans doute nombre de lecteur-e-s.


On peut et on doit certes regretter une critique sociale qui tend à se limiter au capitalisme et qui conçoit l'Etat ou l'idée de Nation comme simple instrument au service des industriels exploiteurs. (Le patriarcat et le racisme sont aussi des systèmes distincts d'exploitation et de domination ! Et c'est pourquoi, l'explication concernant « l'accroissement de la prostitution », page 61, m'apparait très insatisfaisante). Le recours à l'idée de nature est également décevant.


Malgré tout, ce livre recèle de véritables extraits d'anthologies: par exemple, j'adore ces :
« L'Etat n'est capable de rien d'autre que de maintenir d'anciens privilèges ou d'en créer de nouveaux : c'est la toute sa substance et sa pleine signification. » « Prétendre que la soi-disant dictature du prolétariat est différente parce qu'elle est une dictature exercée par une classe et non par des individus n'est qu'un tour de passe-passe bon pour les nigauds, qui ne peut tromper aucun individu sérieux. »


Il est alors un parfait antidote contre l'engouement récent autour de l'hypothèse communiste et je-ne-sais quelle nébuleuse « néo-maoïste » ; véritable chapelle-caserne qui n'a de nouveau que le préfixe !
                                                                                                                                 Yly (fév' 2011)

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 10:41

Eugene-Riguidel.jpg

 

  Après Gilles Servat, voici un autre gars du coin, un gars de la côte, qui gagne à être connu... ou plutôt qu'on gagne à connaître !

 

  L'homme, la terre, la mer et l'anarchie...


Version audio de l'entretien donné par Eugène Riguidel à Tébéo TV (Télé Bretagne Ouest), à la mi octobre 2010, pendant le mouvement contre la "réforme" des retraites. 

Ecoute en mp3, là : http://bit.ly/g2zANz ou http://www.mediafire.com/?a22ucbdqw17

 

 

 

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ENTRETIEN du 22 mai 2006 avec Eugène RIGUIDEL, le marin rebelle qui a eu la sympathie de répondre à nos questions pour le Monde libertaire.

 

Eugène, ça fait quoi d’être célèbre ?

Dans mon existence, né à Arradon (Morbihan), j’ai croisé le bateau.

J’ai adhéré et développé un système de contrat avec des sponsors qui m’ont permis de naviguer.

La célébrité, si on peut appeler cela ainsi, est un outil qui permet de développer ce système.

Il est évident que si je n’avais jamais gagné de courses, je n’aurais jamais intéressé personne à mon projet de construction d’un trimaran de 27 mètres.

J’ai usé de cette notoriété comme d’un outil.

Maintenant, je suis content que toutes les manifestations de cette soi-disant notoriété se soient amenuisées, car c’était devenu difficile.

 

Renaud t’immortalisait en 1980 avec sa chanson « dès que le vent soufflera », quel effet ça fait d’être ainsi au hit parade ?

 

L’histoire de cette chanson, je l’ai vécue bizarrement. J’avais eu la chance de rencontrer Renaud autour de la voile, à la base de vitesse de Brest que j’avais eu le plaisir de lancer. On a fait une ou deux fêtes.

Quelques temps après, à la Rochelle, j’étais sur le William-Saurin, Renaud est venu me voir à bord et m’a dit : « Je t’ai mis dans une chanson, est-ce que ça te fait chier ? » Je lui ai répondu : « Non. Si tu as envie de me mettre dans une chanson, c’est ton histoire ».

Quand il a fait la présentation de cette chanson au Zénit, il avait invité toute une bande de marins, c’était sympa.

C’est incroyable l’impact qu’a cette chanson. Je continue à utiliser sa « notoriété » pour faire avancer les choses dans lesquelles je m’engage, auprès des jeunes.

 

Sur quelle période as-tu effectué des courses en mer ? Ta carrière sportive en somme ?

Au début, dans les années 60, j’ai connu les régates dans le Golfe du Morbihan. Puis, comme ça a marché, j’ai fait des courses en Angleterre et des convoyages de bateaux.

En 1970, c’était la création de la course de l’Aurore, la première en solitaire en France. J’ai gagné cette course en 1974. Ce qui m’a donné des appuis pour la suite et m’a permis d’établir un système qui est monté en puissance. J’ai navigué sur le Capitaine Cook, VSD…

En 1979, avec Gahinet, on a gagné la transat en double, les deuxièmes étant Tabarly et Pajot ! Ce fut un gros coup médiatique.

Je conseille de faire de la course car on apprend plein de choses qui permettent d’être peinards pour des balades, des croisières et acquérir la facilité nécessaire pour arriver au monde de la sensation.

 

La course en mer a-t-elle évolué ?

La course a évolué sur les plans industriels, intellectuels et même psychologiques car les limites ont été repoussées de manière inimaginable. C’est une réussite de ce côté-là. 

Maintenant, avec les sommes en jeu, il y a exagération, mais à l’échelle de ce qui se passe dans le football, la Formule 1 et même le vélo, ce n’est presque rien. Les jeux du cirque, quoi !

Le dopage touche-t-il aussi le monde de la coque ?

A mon époque, il n’y avait pas de dopage, si ce n’était à la vitamine C, au tabac, au café fort, au chocolat, aux tablettes de glucose. Maintenant, certains prennent-ils des amphétamines ? Je ne le crois pas, en plus il y a des contrôles… Même le haschich est interdit, alors qu’à part décontracter certains marins nerveux, je ne vois pas l’avantage…

 

Déjà en 1976, le Canard Enchaîné titrait « la coque à Colas dans une mer de pub » à propos du sponsoring. Ca fait quoi de voir son bateau servir d’enseignes publicitaires ?

A l’époque, j’avais fonctionné de manière novatrice. On créait des événements, des régates. On faisait un système. Mais même VSD m’a donné des moyens inférieurs au total de la somme. J’ai été très aidé par les fournisseurs et des coups de main périphériques par des industriels, des ventes de t-shirts même aidaient à boucler les budgets.

Quand j’ai arrêté, j’étais dans le rouge à la banque. Je n’avais pas l’impression d’être une enseigne publicitaire. Je m’en foutais de porter un t-shirt « Jules » si les parfums Jules m’avaient aidé… Je voulais un trimaran de 27 mètres, je me suis donné les moyens.

Je pense qu’il serait intéressant de réfléchir à l’utilisation de la voile dans le monde actuel, à cette époque de pétrole de plus en plus cher, ne serait-ce qu’au niveau du tourisme.

Pendant vingt siècles, les humains ont transporté des marchandises à la voile, maintenant ils font le tour du monde en 60 jours. Il y a là quelque chose à exploiter.

 

Pour l’America’s cup, le bateau « Défi français » avait pour nom Areva, sponsor exclusif… Aurais-tu refusé certaines entreprises ?

Je ne rougis d’aucun de mes sponsors. Ma démarche, mon système, pour obtenir un nouveau bateau consistaient en un programme de courses, en termes de budget, durée (ex : engagement pour six courses sur trois ans), qui aboutissait à un contrat avec la marque.

Ensuite, je renouvelai mes démarches, en proposant un nouveau contrat.

Aujourd’hui, les bateaux coûtent de plus en plus chers. Je déplore les sponsors du style Areva. Ce n’est pas normal. Areva fait dans le nucléaire, promène du plutonium, est inscrit dans une logique militaro-industrielle, la course aux armements, qui vise à la suprématie militaire. C’est comme l’EPR à Flammanville, c’est un danger supplémentaire.

Les actions de protestation que nous avons menées leur font au moins de la contre-publicité. Malheureusement, le nucléaire ne tue pas que ceux qui sont pour. Transparence et démocratie, voilà ce qu’il faut.

 

Que penses-tu de la notion de compétition ?

La régate est la meilleure méthode pédagogique d’apprentissage de la navigation à la voile. Quand tu fais de telles courses, tu acquiers des techniques qui te servent pour la navigation de tous les jours. Elle est issue d’une tradition maritime. Les marins préfèrent être devant que derrière ! Les marins ont toujours mesuré le temps : aller le plus vite possible vers un nouvel abri. Pour chaque trajet, le nombre de jours était compté.

Il est vrai aussi que les régates d’aujourd’hui sont nées de défis entre têtes couronnées (roi d’Espagne contre roi d’Angleterre…), ainsi que l’America’s cup où ce sont des milliardaires qui se font compétition sur des bateaux magnifiques.

En France, cela a entraîné un engouement de la population vers la navigation à la voile.

Un rêve offert ?

Mieux :  « Arrête d’en rêver : va naviguer ! »

 

Comment vois-tu les autres sports, spécialement le football, parfois classé comme une religion ?

Le football est un moyen de communication puissant. Par exemple, Alain Gerbaut a organisé des matches entre les populations îliennes (Tahiti…) pour que chaque village ait son terrain de foot, car les activités coloniales avaient détruit leurs lieux de rassemblements traditionnels.

Le foot, c’est aussi le goût du sport, de la fête, de la tradition. Pour des milliers de gens, le foot est un lieu de dépassement, de déplacement.

C’est aussi devenu un orgueil régional et national, avec ce paradoxe qu’il est servi par des « mercenaires », ce qui au final rétablit peut-être l’esprit mondialiste.

Après, quand on voit qu’il y a autant de flics que de spectateurs à certains endroits…

Mais dans la compétition, il y a aussi cette notion « d’écraser les autres », non ?

Pour moi, faire de la course était le seul moyen d’être marin. Quand t’es dans la compétition, t’y es, tu fonces. Mais les autres étaient des copains, on n’a pas envie de les écraser.

La mer, ça calme ! (rires) Quand on se prend un vent force 9 en pleine gueule, on pense aux copains qui dérouillent aussi.

C’est donc un peu différent des autres sports.

 

Des anecdotes sur le monde de la voile ?

Avec le William-Saurin, pour la course Québec/Saint-Malo, l’ACIMO (Association des Coureurs Internationaux Multicoques… je ne me rappelle plus le O !) dont j’ai été le président, avait imposé une grille de départ aux organisateurs par un parcours chronométré sur le St-Laurent. C’était épique. Le William-Saurin avait fait le meilleur temps. En rentrant le bateau a heurté un gros caillou qui a provoqué une terrible avarie. Il aurait fallu une grue pour soulever le safran et on n’avait pas le temps. J’ai alors loué un marteau piqueur et creusé une tranchée dans le revêtement du port ! Les autorités canadiennes ont hurlé…

 

Ton engagement politique : le(s)quel(s) ? Depuis quand ?

Je me considère citoyen du monde depuis 1968 et citoyen du monde régionaliste depuis 1974.

A partir de cette base, mon engagement, toujours ponctuel, dépend des situations.

Dans ce cadre, je m’applique à :

-         ne faire que ce qui me plaît,

-         essayer de mener à bien les chantiers dans lesquels je m’engage,

-         naviguer et faire naviguer le plus de monde possible,

-         essayer d’aider les amis confrontés à des situations difficiles au niveau écologique.

 

En 1975, à Erdeven (Morbihan), un projet de centrale atomique était repoussé par la mobilisation populaire (cf. ici) . Etais-tu de la partie ?

J’ai juste participé à quelques réunions. J’étais absent à l’époque, de même pour Plogoff.

En revanche, j’ai participé aux commémorations, notamment devant la statue de la main qui  dit « halte au nucléaire », à Erdeven.

 

En 2004, les militaires ont mis ton bateau «  la Rieuse » de côté ! Peux-tu nous raconter cette histoire ?

Greenpeace nous avait alerté que du plutonium américain était transporté à Cherbourg.

Comme je fais partie de la « flotille de la paix », on est monté en amenant « la Rieuse » avec nous. En manoeuvrant dans la rade de Cherbourg, on a franchi les bornes. On a été arraisonné par les Commandos de Marine, accompagnés d’un officier de police judiciaire ! On a eu 24 heures de garde à vue à décliner nos identités et expliquer pourquoi on était là, ceriguidel-87f09.jpg qui prenait pourtant juste 10 minutes… Deux jugements ont eu lieu au cours desquels les tribunaux se sont déclarés à chaque fois « incompétents ». Résultat, le procureur, sinistre personnage, détient depuis deux ans  « la Rieuse » par abus de pouvoir…

Mais, en fait, ça c’est rien, le plus grave, c’est qu’ils continuent le nucléaire, le plutonium et qu’ils fonctionnent comme des dictateurs.

(Pour plus d'infos, voir sa très intéressante interview pour le site Brest ouvert)

 

En 2000, c’était la catastrophe de l’Erika. Avec des membres de la Confédération Maritime, vous vous êtes invités au château de Thierry Desmarrets, PDG de Total(ement dégueulasse). Raconte-nous un peu.

En fait, c’est le château SECONDAIRE de Thierry Desmarrets ! On savait qu’ils n’étaient pas là. On ne les a pas agressés physiquement. Nous étions 9 et portions un t-shirt « nous ne sommes pas venus chez vous par hasard. AZF & Erika » Nous avons occupé les lieux, éclusé 15 bouteilles de vin… qui n’était pas si terrible que ça. On a aussi restitué une dizaine de kilos de fioul, récolté des plages, qu’on a badigeonné sur les façades. On a aussi démonté les fenêtres qu’on a mises au garde-à-vous dans la pelouse pour qu’elles servent à boucher les trous d’AZF…

Cela nous a valu trois convocations au TGI d’Auxerre (soit des centaines de kilomètres de routes à faire) pour être condamnés au final d’un euro pour les dommages et intérêts et être amnistiés pour fait syndical…

Fais-tu partie de la Confédération Maritime ?

J’ai été membre d’honneur. Mais je ne le suis plus. Parce que je veux le contrôle de mes engagements, de mes apparitions.

Je fais aussi partie de SOS incinérateurs, sortir du nucléaire, menhirs libres

Je souhaite préserver ces autres engagements, être entièrement libre de mes mouvements…

Aussi bien pour l’écriture, le jardinage, la lecture, la navigation…

Faire de la voile ce n’est pas le « tout tourisme » et sa vocation commerciale, avec les ports « parkings à bateaux », les corps morts qui défigurent le paysage, qui grignotent les plages familiales…

Pour le golfe du Morbihan, je voudrais que soit étudiée cette formule : suppression de tous les moteurs à hydrocarbure au profit de la voile, de la perche, des avirons et même du moteur électrique, rechargeable par des batteries fonctionnant aux éoliennes. Ce territoire fragile et merveilleux mérite d’être un tel laboratoire. Il faudrait aussi revoir le nombre de bateaux à circuler.

 

L’école Diwan, c’est quoi pour toi ? L’immersion (procédé pédagogique qui consiste à étudier chaque matière en breton et à échanger dans la cour et la cantine en breton, le français étant étudié en tant que langue vivante), fait débat : quelle vision en as-tu ?

J’ai le souhait  de développer la réalité péninsulaire armoricaine. Dans cela, il y a trois points :

l’aménagement du littoral, la préservation de la science mégalithique, la culture et la langue bretonnes. Ce qui me sensibilise, c’est la préservation de la vie bretonne.

De la lutte à Carnac autour des menhirs pour éviter la destruction d’une ferme et pour le maintien des personnes en activités, nous avons été amenés à faire des recherches sur l’histoire des menhirs pour contrer les inepties des « Versaillais ». Cela a entraîné des rencontres avec des musiciens, des artistes bretons (conteurs, chanteurs…) déjà sensibles à la question. Cette fréquentation se complète et s’entrecroise.

Pour ce qui est de l’aménagement du littoral du Golfe, je fais partie de l’association « Golfe clair » qui tire des constats et fait des propositions.

La palette de l’enseignement de la langue bretonne se compose de :

- Div yez : étude bilingue dans le cadre de l’Education nationale,

- Dihun : école bilingue confessionnelle

- Diwan : laïcité, gratuité et immersion.

Ces trois piliers de Diwan sont sa réalité. Pour moi, Diwan est la meilleure solution. Et je n’ai qu’à me féliciter de l’enseignement qu’a reçu l’un de mes enfants à Diwan.

Pour mieux la faire connaître, j’organise chaque année la « Diwan Kup », un rassemblement maritime qui se déroule dans le Golfe. La prochaine a d’ailleurs lieu le samedi 10 juin.


Un projet d’intégration de Diwan dans l’Education Nationale a suscité une vive polémique, y compris au sein de Diwan. Quelle est ta position ?

Je suis pour l’intégration à part entière de Diwan dans l’Education nationale, comme élément du service public d’éducation à la condition que son fonctionnement actuel soit maintenu. Du genre « donnez les mêmes sous qu’aux autres écoles, nous saurons les dépenser. »

 

L’indépendance de la Bretagne, ça fait toujours tilt chez toi ? Qu’est-ce que ça t’évoque ? Quel sens lui donnes-tu ?

La Bretagne est une entité géographique extrêmement intéressante, depuis toujours.

Le détachement de la Loire-Atlantique par Pétain est un affaiblissement de cette région. Je suis donc pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne.

Dans le cadre du système républicain actuel, je suis pour que soient renforcés les pouvoirs régionaux. Comme citoyen du monde régionaliste, je préférerais une Europe des Régions à une Europe des Nations, c’est-à-dire chaque région indépendante dans un ensemble européen.

Mais, ne retrouve-t-on pas, à l’échelle régionale, tout le spectre politique de l’extrême gauche à l’extrême droite autour d’un projet voisin ? Même le patronat breton, regroupé par exemple à l’Institut de Locarn, soutient une Europe des Régions avec l’idée de Code du Travail régional, Education régionale, formation professionnelle régionale selon ses besoins… Que réponds-tu ?

Oui, c’est très dangereux. Je réponds « service public universel » : accès à l’eau, à l’énergie, à l’autosuffisance alimentaire, etc… à gérer à l’échelle planétaire. Je suis pour une gestion solidaire universelle par-dessus les Etats. C’est-à-dire que chaque région préserve son autonomie mais apporte aide et appui à celles qui en ont besoin.

 

Te considères-tu comme militant ?

Oui, dans le sens où l’on se définit et s’engage autour d’actions.

 

Tes souvenirs militants les plus rigolos ? les pires ?

Le pire souvenir fut sans doute notre voyage au Mexique, au Chiapas. La police mexicaine de l’immigration ne nous a pas lâchés. Nous étions surveillés. On nous a consignés à bord. Un copain était même interdit de débarquer.

Il y a eu aussi la charge des gardes-mobiles à Carnac qui nous ont tapé violemment après que le drapeau français suspendu à la mairie eut brûlé. Il y a eu cinq blessés.

Et rigolos ?

Lors de la journée du patrimoine, nous avions porté les revendications de « Menhirs libres », au château de Josselin de Rohan qui était alors président du conseil régional de Bretagne. Il n’était pas content le duc de Rohan !

En fait, ce n’est jamais très drôle d’être obligé pour faire entendre une cause juste, en tout cas qui mérite examen, de dépasser son comportement habituel, car c’est le seul moyen dont la population dispose.

Si la majorité des gens s’intéressaient aux problèmes qui les concernent directement, les choses pourraient vraiment changer. Les plus nombreux sont les déshérités.

 

Et l’anarchie, alors ?

C’est comme la sainteté, c’est rare !

J’ai eu la chance de lire certains bouquins, je pense en particulier à « la vie de Max Jacob ». J’ai aussi rencontré Coluche. Je ne sais pas si on peut dire qu’il était vraiment anarchiste, mais il m’a marqué.

Tu as défini quelque part l’anarchie comme « la responsabilité sans le pouvoir »…

C’est la seule solution, car elle ne retire rien à l’individu.

 

Entretien réalisé le 22 mai 2006 pour le Monde libertaire et paru dans le numéro 1447 (des 21-27 septembre 2006)

NB : A propos des luttes culturelles en Bretagne, voici une position qu ele groupe avait adoptée en 2002 avec les autres groupes de la fédération anarchiste de Bretagne : ici.

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 13:26

Où trouver le Monde libertaire près de chez vous ?


ML-1624-recto.jpgSommaire

Actualité

Justice nulle part, par A. Sulfide, page 3

Flics et voyous, par G. Goutte, page 4

Météo syndicale, par J.-P. Germain, page 5

L’Autruche, par F. Ladrisse, page 5

Des brèves, un strip, page 6

Nouvelles des fronts, par Hugues, page 7


Potkine enlève la naphtaline

La déshabitation de soi, par N. Potkine, page 8


Arguments

Libérer les idées en prison, par G. Reviron et R. Monvoisin, page 9

Matériaux pour penser l’auto-organisation, par P. Servigne, page 11

Violence et anarchisme, par A. Bernard, page 13

ML-1624-verso.jpg
Sciences

Homéopathie ? Pauv’ Juliette ! par J. Segal, page 14


Histoire

Terroriser la bourgeoisie, par P. Schindler, page 16


Documentaire

exe et handicap, par Paco, page 19


Lecture

Les affiches s’affichent, par Wally, page 20


Mouvement

Une bonne tranche de Melon, par Laurent, page 21

La plus craquante des radios, page 22

L’agenda vous appelle, page 23

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  • : Le blog de anars 56
  • : Le blog du groupe libertaire René Lochu (Vannes)
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Agenda de la semaine

Le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

 

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Mardi 10 novembre - Vannes, Lorient et Pontivy - Appel unitaire à la grève. Rassemblements (autorisés) des personnels de l’Éducation Nationale (écoles, collèges, lycées) pour l'amélioration des conditions sanitaires, pour l'allègement des effectifs et le recrutement de personnels (ceux des listes complémentaires etc...) . 10h30 Vannes, devant la DSDEN (3, Allée du Général Le Troadec), 10h30 Lorient devant la sous-préfecture, 10h30 à Pontivy à La Plaine. A l'appel des syndicats de l’Éducation Cgt, Fo, Fsu et Sud

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Jeudi 10 décembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Autonomes" (documentaire de François Bégaudeau), en présence de Benjamin Constant, présent dans le film. Tarifs habituels

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