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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 23:46
Article repris au site BZH Explorer : http://www.bzh-explorer.com/spip.php?article456 Merci à lui !!

Un "bagne" pour enfants en Bretagne

Autrefois, la Bretagne comptait plusieurs centres de rééducation bretons, publics ou privés. Le plus connu fut l’institution publique de Belle-Île-en-Mer (Morbihan), autour de laquelle s’est forgée la légende noire d’un bagne d’enfants parmi les plus répressifs et répulsifs.

La "notoriété" de ce bagne pour enfants a éclaté dans les années 1930, lors d’une émeute à l’intérieur de cette prison unique. La presse a alors dénoncé les colonies dites “pénitentiaires” ou “correctionnelles” pour mineurs comme étant des bagnes d’enfants.

L’institution belliloise, dite de la "Haute Boulogne", est une ancienne colonie agricole et maritime datant de 1880, située sur un terre-plein derrière la forteresse Vauban, au Palais. Elle est définitivement fermée en 1977.

En août 1934, une révolte éclate sur l’île. Un des enfants, avant de manger sa soupe dans le silence absolu, a ce jour-là osé mordre dans un morceau de fromage. Les surveillants l’ont alors rossé de coups. A la suite de ces mauvais traitements administrés à leur camarade, une émeute éclate au sein de l’institution de Belle-Île-en-Mer, qui provoque l’évasion massive de 55 pupilles. Ce fait divers est suivi d’une campagne de presse très virulente, et va inspirer des intellectuels comme Jacques Prévert, qui écrit son célèbre poème "La Chasse à l’enfant". Il y dénonce la "battue" organisée sur l’île, avec prime de 20 francs offerte aux touristes et aux habitants de Belle-île, pour chaque garçon capturé.

 

Extraits : "Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! Maintenant il s’est sauvé Et comme une bête traquée Il galope dans la nuit Et tous galopent après lui Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C’est la meute des honnêtes gens Qui fait la chasse à l’enfant..." (Jacques Prévert)


Entourée par un mur d’enceinte, l’institution se composait d’une série de baraquements disposés plus ou moins en quinconce sur le terrain. Y sont détenus les jeunes d’au moins treize ans condamnés à des peines de 6 mois à 2 ans ainsi que des adolescents détenus jusqu’à leurs 16 ans ou à leurs 21 ans.peniten.gif

En 1902 la colonie pénitentiaire de Belle-Ile installée à côté de la Citadelle (Le Palais) est agrandie pour accueillir davantage de détenus (117 hectares sur le domaine de Bruté, à cinq kilomètres à l’intérieur de l’île). Le pénitencier compte jusqu’à 320 pensionnaires.

L’année 1940 marque la fin dans les textes de ce que l’on appelait les bagnes d’enfants. La "maison" de Belle-Ile alors devenue "institut public d’éducation surveillée" (IPES) fonctionnera encore quatre ans. En 1945, l’institut est évacué puis Haute-Boulogne reprend du service en accueillant des mineurs coupables d’avoir appartenus à la Milice installée en France par les nazis pendant l’Occupation.

Fin 1947, l’IPES rouvre ses portes, avec un régime assoupli, plus "éducatif" que "répressif".

 

Qui allait à Belle-île ?

Parce que c’était sur une île, la colonie de Belle-Île s’est retrouvée presque naturellement destinée à accueillir ceux que l’on considérait comme “les plus durs”, les plus insubordonnés. Selon Marie Rouanet, les occupants de ces "prisons" pour enfants étaient le plus souvent coupables de petits délits, ou tout simplement indisciplinés. De 1850 jusqu’au milieu du XXe siècle, des milliers de jeunes sont condamnés à la maison de correction, et y subissent de durs châtiments.

Parmi les délits recensés dans ces institutions françaises, le vol est l’un des plus courants (tuiles d’église, vol de saucisse...). Après une plainte de voisin par exemple, le voyou peut en prendre pour 4 ans !

Autre exemple, cité par Marie Rouanet, que celui d’un garçon de 12 ans contre qui le curé de Cintegabelle porte plainte. Le jeune homme "fume ostensiblement, ne retire pas sa casquette et tient des propos irrévérencieux au passage d’une procession. Coupable de « trouble à l’ordre public sur le parcours d’une procession et pendant l’exercice du culte », celui-ci est condamné à deux ans de maison de correction". Les enfants errants, les mendiants et les petites filles qui se prostituent, sont également enfermés. D’autres encore viennent de l’Assistance publique, après une mauvaise conduite dans leur famille d’accueil par exemple.

 

La vie au quotidien

La journée décrite ci-dessous se déroulait ainsi dans la plupart des institutions pénitentiaires pour enfants en France. On peut donc imaginer qu’elle était semblable à Belle-île. Lever à 6 heures du matin avec des exercices d’hygiène rudimentaires. Pour le petit déjeuner, un simple morceau de pain. Puis ils vont aux ateliers agricoles ou dans leur salle de cours, selon la saison. Les jeunes marchent à pied en rang serré jusqu’aux champs, avec interdiction de se parler pendant les huit à douze heures de travaux quotidiens. Pour le déjeuner, du pain trempé dans du bouillon de légumes, et un plat de légumes (souvent secs). Le soir, de la soupe.

En cas de manquement à la discipline, les punitions sont diverses : régime pain sec, piquet dans la position à genoux pendant les récréations, cachot... En théorie, les coups sont interdits, mais les mauvais traitements sont nombreux (coups de ceinture, coups de trousseau de clefs, sévices sexuels).

Après 1945, une ordonnance sur la protection judiciaire de la jeunesse considère le jeune délinquant comme un individu digne de ce nom. L’enfant est autorisé à sortir le dimanche. L’accent est mis davantage sur l’éducation au détriment de l’apprentissage, lequel a montré ses limites. Des efforts sont fait en matière d’hygiène et d’activités sportives.

L’institution de Belle-île ferme définitivement ses portes en 1977.

 

Biblio :

-  Jean Fayard, "Une enfance en enfer", éditions Le Cherche Midi (2003).

-  Marie Rouanet, "Les enfants du bagne", éditions Pocket (2001). Elle retrace cent ans d’histoire de la délinquance juvénile, à travers la vie dans les pénitenciers pour enfants qu’on appela les "petits bagnes".

-  Yann Le Pennec, "Le bagne des enfants de Belle-île"

 

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Jacques PREVERT : La chasse à l'enfant

 

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu'est-ce que c'est que ces hurlements ?
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Il avait dit j'en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s'est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Pour chasser l'enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s'y sont mis
Qu'est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C'est un enfant qui s'enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent ?
Au-dessus de l'île on voit des oiseaux
Tout autour de l'île il y a de l'eau.

(Jacques Prévert, extrait de Paroles, éditions Gallimard)

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commentaires

mahaut 25/04/2015 08:45

il y a déjà tant de site sur belle île, mettray, ect...et tant de personnes qui en parle...mais il y a eu tant d'autres "centres éducatifs et/ou d'éducation surveillée" avec des noms charmants "l'Arc-en-ciel", "Beauregard", "les fontaines", ect..."Mon logis"...et si peu de site, de livres, de personnes pour en parler...Car cela ne peut avoir existé ! Tant chacun adulte serait renvoyé à ce qu'il est, serait. Sa propre image en serait dévalorisée et celle de la société. Son égo, leur égo en prendrait un coup. Alors personne n'en parle. Le dernier mitard a fermé en 1974, et le dernier bagne en 1977. Pourtant des lois existaient pour que cela n'existe plus depuis longtemps. Mais il aura fallut attendre 1970 pour qu'un adulte ne puisse plus faire placer son enfant sans délit dans un établissement, et pourtant par la complaisance de médecin, de psychologues, ect...et de magistrats cela s'est perpétué jusque dans les années 80 et il aura fallut l'arrivée de Badinter au ministère de la justice pour que cela cesse vers 83(?!, environ)...Et que ces établissements petit à petit changent et se tournent vers un éducatif beaucoup plus léger et vers du demi-pensionnat voir plus de pensionnat du tout...Et ne soit plus la corrida, la mort de l'enfance.

ochietti bernard 24/06/2014 10:23

bonjour j ai de la chance d avoir vécu mon enfance a l institut départemental de l enfance de grugny par cleres on etait aussi dans des baraquements en prefabrique j étais dans le batiment 8 ..que
de mauvais souvenir surtout un éducateur qui nous frappaient pour rien ou pour pas grand chose ... le nom de se educateur il s appelle delatouse roland c est un nom que je me souviendrais toute ma
vie

Odette Laplaze-Estorgues 25/03/2013 19:10

Grand merci pour ces lignes très documentées illustrant le poème de Jacques Prévert que je connaissais, et ai entendu
chanté par la compagnie Jolie Môme.

anars56 29/03/2013 13:54



Merci Odette pour le commentaire.


Pas trouvé sur le net la version de la Cie jolie môme, voici celle de Damn' Dynamite



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Agenda de la semaine

Le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

 

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Jeudi 17 septembre - Partout en France - Mobilisation sociale et intersyndicale (grève et manifestations...) pour les salaires, la réduction du temps de travail, pour une autre production de biens et services, etc...Appel de syndicats et d'organisations étudiantes et lycéennes. Vannes (10h30 Rond-point Le Poulfanc), Pontivy (10h30, la Plaine), Lorient (10h30 Place Glottin), Belle-Ile (11h port Le Palais)

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Jeudi 17 septembre - Rochefort en Terre, Café de la Pente - 19h30 Théâtre clownesque, poésie dénonciatrice "Punctum Diaboli" par la Compagnie des Oubliettes. Pot pourri historique sur la persécution des femmes. Prix libre, durée : 1h30

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Samedi 19 septembre - Port-Louis - 20h : rencontre avec Isabelle Attard autour de son essai "Comment je suis devenue anarchiste", animée par Roger Le Vilain. Entrée libre mais réservation indispensable. "La Dame Blanche" Librairie, Café, Salon de thé

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Dimanche 20 septembre - Concarneau - 15h Appel de la CNT Quimper à un cordon libertaire "REFUSONS CE MONDE, PRENONS NOS VIES EN MAIN". Sur les quais entre la ville close et le port de plaisance

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Dimanche 20 septembre - Etel, cinéma la Rivière - 17h Projection-débat "Plogoff, des pierres contre des fusils". Plogoff, février 1980. Toute une population refuse l’installation d’une centrale nucléaire à deux pas de la Pointe du Raz, en Bretagne. Six semaines de luttes quotidiennes menées par les femmes, les enfants, les pêcheurs, les paysans de cette terre finistérienne, désireux de conserver leur âme. Six semaines de drames et de joies, de violences et de tendresse:  le témoignage d’une lutte devenue historique. Projection suivie d’un débat avec la réalisatrice Nicole Le Garrec ainsi que l’association Les Lucioles - Ria en  transition. Sur Erdeven a eu lieu en 1975 une bataille moins violente contre un projet de centrale nucléaire. Et maintenant quelle est notre capacité à être autonome énergétiquement ?

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Mercredi 23 septembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h45 Projection de "Plogoff. Des pierres contre des fusils" en présence d'Erwan Moalic, président des "ami.e.s de Nicole et Félix Le Garrec"

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Vendredi 25 septembre - Concarneau - Rassemblement festif et populaire ouvert à tous pour dénoncer le modèle des chalutiers géants, scandaleux sur le plan social et environnemental, à l'occasion du baptême d'un nouveau chalutier de pêche industrielle (le SCOMBRUS). A l'appel de l'association Pleine Mer (pêcheurs-artisans...). 11h, face au bureau de France Pélagique, dans la zone du Moros

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Samedi 3 octobre - Auray, cinéma Ti Hanok - 19h Ciné-débat "Numéro 387" de Madeleine Royer suivi d'un échange avec SOS Méditerranée

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Lundi 12 octobre - Angers - 9h Rassemblement de soutien à Vincenzo devant la Cour d'appel. Pour sa totale liberté

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Concerts

Autres événements

Ciné concert "Rock against racism" au Ti Hanok à Auray

 

 

 

Ciné débat "Plogoff. Des pierres contre les fusils"