Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 20:16


A Tokyo, lundi 19 septembre, des dizaines de milliers de personnes, bien plus lucides que les membres de leur gouvernement et des dirigeants de l'industrie qui le finance et... le mandate officieusement, ont manifesté pour la sortie du nucléaire.
Avant de voir où l'on en est en France, survolons ce qui se passe dans d'autres pays européens.

Certains pays ont acté cette année la sortie progressive du nucléaire : Suisse, Autriche,...
Le cas de l’Allemagne est assez emblématique pour résoudre le dilemme qu’il y aurait entre les réalistes et leur soit disant sortie progressive et les prétendus inconscients de l’arrêt immédiat du nucléaire. En 2000, le gouvernement Schröder avait ainsi acté la sortie progressive du nucléaire en 20 ou 25 ans. A peine arrivée au Pouvoir, la chancelière Merkel prolongeait cette sortie de 10 ans… pour ne pas montrer franchement qu’elle était contre. La force et la diversité du mouvement antinucléaire allemand ne permettent effectivement pas aux dirigeants du pays de faire exactement ceux qu’ils veulent en la matière. Ce que l’on constate d’emblée, c’est que la sortie progressive, adaptée à un besoin éventuel du capitalisme, est réversible car à la merci d’un changement de personnel politique ! Les  antinucléaires devraient s’en méfier comme… d’un fût de plutonium ! La catastrophe nucléaire japonaise aura contraint la chancelière allemande à faire machine arrière, à entamer dès à présent une sortie définitive du nucléaire avec pour échéance 2022, soit en moins de douze ans.

Cette catastrophe nucléaire à Fukushima en mars 2011 aura résonné jusqu’au pays de l’atome : la France... Peut-être va-t-elle sonner le glas de cette industrie mortifère ? Alors que d'énormes rejets radioactifs ont été projetés dans l’air et l’océan, avec des impacts encore incalculables sur la santé des habitants, les médias français ne s’émeuvent plus guère.
Au printemps, en France, il y a bien eu quelques manifestations sporadiques (dont nous fumes) pour relancer la nécessité d’une sortie du nucléaire, mais sans aller au delà des cercles habituels… un peu comme si la population française était anesthésiée sur le sujet.

Cette dernière décennie, le mouvement antinucléaire français a été porté largement par le réseau Sortir du nucléaire. Lequel a développé une force de frappe militante assez prodigieuse par la diffusion massive de tracts et fascicules qui ont permis à de nombreuses personnes de se forger un argumentaire de base anti nucléaire solide. Mais le réseau s’est fragilisé en ne tranchant pas entre sortie immédiate et sortie progressive du nucléaire, car il devait faire avec des éléments politiciens en son sein, donc compatibles avec le capitalisme et la gestion de l'Etat. Il s'est aussi un peu englué dans des actions qui se voulaient médiatiques, donc « spectaculaires »... avec tout le vide politique que ces stratagèmes génèrent parfois. Comme toute structure, surtout avec des budgets de certaines tailles, il a cherché à se pérenniser et à devenir une sorte de voix officielle que l’on consulte. Dans ses stratégies, la question du lobbying auprès des élus était devenue de plus en plus présente. Le réseau prétendait jouer sur les deux tableaux : la manifestation de rue et le lobbying. Déjà, au Grenelle de l'Environnement, des membres du Conseil d'administration du Réseau avaient été tentés par cette mascarade. Ils étaient heureusement en minorité à l'époque...Cette recherche de reconnaissance officielle, a eu son pic en 2009, lors du Sommet de Copenhague, avec la signature du texte « ultimatum climatique », lequel n’évoquait même pas le nucléaire ! Le réseau s’asseyait ainsi sur l’objet même qui le constitue !  Cette signature a été retirée mais l’on peut voir jusqu’où l’on peut être absorbé quand cette voie est empruntée.

D'autres éléments discordants que nous ne développerons pas se sont joints et le réseau a scissionné. Des collectifs locaux indépendants ont alors commencé à réapparaître, même si d'autres avaient maintenu une activité en dehors du réseau.

En 2011, le débat sur la sortie progressive ou immédiate du nucléaire prend une nouvelle tournure avec le vieillissement des centrales... ce qui les rend potentiellement plus fragiles et accroît les risques d'accidents majeurs. 21 réacteurs ont dépassé les 30 ans de fonctionnement initialement prévus et les autres arrivent à échéance. Edf se mobilise pour un prolongement de la durée de vie de ces centrales d’au moins 10 ans, ce qui a un coût énorme. Il faut remarquer que Tepco, l’opérateur gestionnaire de la centrale de Fukushima Daiichi, venait d’obtenir justement un prolongement de 10 ans le mois précédant le tsunami… Si la centrale avait été arrêtée, les dégâts auraient été moins considérables. Aussi, si on prévoit une sortie à 20, 30 ou 40 ans ou pire de seulement réduire la part du nucléaire, il implique soit d’obtenir un allongement de la durée de vie de certains réacteurs, dont certains sont vétustes, soit... de construire de nouvelles centrales !
Or, l'on peut constater que les chantiers EPR à Flamanville mais aussi en Finlande ont pris un retard considérable et voient déjà leur budget multiplié par 2 (de 3 milliards à 6 milliards d'euros... et ce n'est pas fini !).... avec de surcroît des défauts de conception et de réalisation.
L'acheminement de l'électricité qui serait produite implique en plus la construction de gigantesques lignes à très haute tension (Tht) qui dégradent les paysages et dont l'impact sur la santé des animaux et des humains est quasi avéré.

Développé initialement à des fins militaires, avec la culture du secret inhérente, le nucléaire français qui n’est pas un mode de production d’énergie anodin, s’est vu propulsé dans les années 70 après le premier choc pétrolier, dans une volonté affichée (mais erronée) d’indépendance nationale... Il est vrai aussi que des mastodontes du capitalisme français étaient prêts à profiter de ces gigantesques chantiers. Sa puissance et sa dangerosité impliquent un contrôle policier et militaire constant. Même s'il existe des pays productivistes sans nucléaire, il est une réponse à une société énergivore, développée par la logique capitaliste, productiviste et consumériste. Mais, en retour, il influe sur le fonctionnement de cette société et pousse à la surconsommation électrique. Les entreprises capitalistes, mais aussi le secteur tertiaire, qu'il soit privé ou public, y trouvent leur comptes : la facture Edf ne comporte qu’une petite provision dédiée au démantèlement des centrales, à la gestion des déchets et à l’assurance en cas d’accidents. Cette insuffisance de provision directe qui ferait grimper de manière exponentielle le kilowatt heure nucléaire est reportée sur la collectivité ! Mais, contrairement à la propagande de l’Etat et d’Edf, le prix de l’électricité française n’est pourtant qu’à la 13ème place dans l’Europe et non la meilleure marché. La privatisation d’Edf va évidemment contribuer à l’augmentation du prix…. Non pour provisionner le démantèlement mais pour enrichir l’Etat actionnaire…. Qui a une mentalité d'actionnaire comme les autres… Aussi, est-il important de soutenir le statut des travailleurs d'Edf et de l'énergie en général pour faciliter les reconversions.
L'arrêt immédiat et définitif du nucléaire, civil et militaire, que portent certains collectifs et les  libertaires rencontre un écho de plus en plus grand. Certaines industries énergivores et sans intérêt social (complexe militaro industriel, aéroport international de Notre-Dame-Des-Landes (44), Lignes à Grande Vitesse (LGV), Ligne Lyon Turin, etc...) sont ainsi logiquement contestées. Pour réaliser cet arrêt immédiat (en mois ou quelques années tout de même), outre l'arrêt de l'exportation d'électricité, sans doute faudra-t-il avoir recours au moins temporairement à la production d'électricité d'origine thermique (centrales gaz, charbon « moins polluant »). Le débat n'est pas tranché et sera conditionné par les besoins en énergie.

Se passer de nucléaire s'associe à un changement de société sur au moins deux aspects qui  intéressent les libertaires : quels sont nos besoins en énergie ? Comment se prennent les décisions et par qui ? Nous voyons que dans la société de classes, avec démocratie parlementaire, le productivisme et le centralisme conduisent à des modes de production gourmands en énergie, polluants, dangereux pour les travailleurs et facteurs de corruption voire de guerres : pétrole et nucléaire.  L’autogestion de l’énergie pourrait être une réponse appropriée. Reposant sur de petites unités de production d'énergies renouvelables décentralisées, sous formes de coopératives sans but lucratif, associant travailleurs et usagers,  cette autogestion est à même de trouver la formule adaptée aux capacités géographiques locales. Qui dit autogestion, dit socialisme (égalité), fédéralisme (liberté) et entraide ou mutualisme, compte tenu des disparités locales justement. Cette définition des besoins par la population elle-même devrait s’inscrire dans un esprit de décroissance libertaire (non contrainte) jusqu'à être compatible aux capacités de régénération de la planète et permettre l'accueil de nouvelles générations.

Prendre cette voie ne pourra que reposer sur un rapport de force populaire et relativement constant dans l'action. L'annonce de manifestations a déjà un premier résultat chez des pros nucléaires : une candidate à la primaire « socialiste » s'engage à mettre fin au chantier EPR si elle était élue ! La période est donc propice pour aller le plus loin possible. Le mouvement antinucléaire pourrait être alors un levier pour la sortie du capitalisme et de l'étatisme.

C'est sur cette base que la Fédération anarchiste répond présente et participe déjà aux mobilisations. Ainsi, dans l'ouest, il sera possible de nous trouver dans les composantes libertaires, elles-mêmes incluses dans le cortège « Le nucléaire, c'est le capitalisme : arrêt immédiat ».

Le 15 octobre 2011, un collectif d'organisations dites de 'l'ouest' (Normandie, Bretagne, pays de la Loire, centre) organise une manifestation à Rennes, pour dire STOP au nucléaire et exiger l’arrêt immédiat des chantiers EPR/THT. Cette initiative suscite de nouvelles mobilisations d’arrêt de tous nouveaux chantiers nucléaires et d’arrêt immédiat d’installations nucléaires à risques : Gravelines (Dunkerque), Fessenheim, Bugey (entre Genève et Lyon), Golfech/Blayais (Sud-Ouest)... Le 15 octobre, des manifestations auront donc lieu aussi à  Dunkerque, Bugey, Bordeaux et Toulouse.

Ces mobilisations ne sont qu'une première étape pour un mouvement antinucléaire qui se restructure à la base. En novembre, deux rendez-vous sont déjà annoncés : l'un à Valognes, dans la Manche, un camp servira de base pour le blocage d'un convoi par rail de déchets nucléaires vers l'Allemagne, l'autre serait un forum antinucléaire ouvert à toutes et tous à Rennes.

 

--------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Lire aussi l'excellente analyse proposée par l'Organisation communiste libertaire :

Les manifestations du 15 octobre, un enjeu important

L’incapacité à réagir à la catastrophe de Fukushima est lourde de sens quant au poids du lobby nucléaire en France, et à la dégénérescence du mouvement antinucléaire hexagonal de ces dernières années. L’initiative impulsée par la coordination antinucléaire de l’Ouest de faire du 15 octobre 2011 une journée nationale pour dire Stop au nucléaire revêt donc une importance particulière pour l’avenir de cette lutte.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de anars 56
  • : Le blog du groupe libertaire René Lochu (Vannes)
  • Contact

Pour nous contacter, ne pas passer par la page "contact" du blog. Ecrire à : groupe.lochu(a)riseup.net

Vous pouvez aussi vous abonner à la feuille d'infos "Anars 56" (par mail, en texte brut, deux ou trois fois par mois).
Il suffit de nous le demander par mail à l'adresse suivante : groupe.lochu(a)riseup.net

 

Depuis quelques temps, des publicités intempestives (et insupportables par définition) apparaissent sur le blog, sans qu'on ait moyen de les empêcher. Nous vous recommandons de télécharger un bloqueur de publicités qui les neutralisera.

Recherche

Agenda de la semaine

Le groupe libertaire René Lochu ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Vendredi 2 octobre - Angers - 14h Rassemblement de soutien à Vincenzo devant la Cour d'appel (rue Waldeck Rousseau). Pour sa totale liberté. Pour des covoiturages, contactez le comité de soutien.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 3 octobre - Auray, cinéma Ti Hanok - 19h Ciné-débat "Numéro 387" de Madeleine Royer suivi d'un échange avec SOS Méditerranée. Tarifs habituels

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 3 octobre - Lorient, café Komment ksé ? - 19h30-22h00 Conférence gesticulée "Burnout.com Le management à contresens" par Arthur MOLVEAU – 19h30 – 22h

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lundi 5 octobre - Etel, cinéma la Rivière - 20h30 Ciné-rencontre "Je veux vivre avec vous" (sur l'immigration) avec la réalisatrice Kristell Menez.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Mardi 6 octobre - Vannes, cinéma La Garenne - 20h Ciné-rencontre "Le char et l'olivier. Une autre histoire de la Palestine", documentaire de Roland Nurier. Projection en sa présence. Organisé par l'AFPS Vannes (Association France Palestine Solidarité)

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Mercredi 7 octobre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Le char et l'olivier. Une autre histoire de la Palestine", documentaire de Roland Nurier. Projection en sa présence. Organisé par l'AFPS Vannes (Association France Palestine Solidarité). Tarifs habituels

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 10 octobre - Rochefort en Terre, café de la Pente - 20h30 Soirée concert du Planning familial. Dans le cadre de son week-end annuel la Fédération de Bretagne du Planning Familial vous propose une soirée festive avec des artistes militantes ! Rouge Feu (Slam), Ratur (Rap), DJ Set Lysistrata (set féministe). L’entrée est à prix libre pour financer la caisse IVG hors délai du Planning 35

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 10 et dimanche 11 octobre - Melrand - Week-end festif et solidaire sur la question des exilé.e.s, Organisé par HAPAX, RESF Pontivy - Soutien aux familles exilées et KerOchap. Conférences gesticulées, spectacles, concerts, tables rondes, repas... Réservation obligatoire : 07 66 09 06 90. Prix libre

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Dimanche 11 octobre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-rencontre "Je veux vivre avec vous" (sur l'immigration) avec la réalisatrice Kristell Menez. Tarifs habituels

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Mardi 13 octobre - Questembert, cinéma Iris - 20h30 En partenariat avec Cinéphare, ciné-rencontre "La nuit venue" (polar social, quasi documentaire) avec le co-scénariste Frédéric Farrucci

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Jeudi 15 octobre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Un pays qui se tient sage" de David Dufresnes (sur les violences policières), avec Gwendal Le Roy, éborgné lors d'une manifestation à Rennes. Tarifs habituels

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 17 octobre - Lorient - 14h30 Place de la Mairie - Rassemblement "Notre assiette pour demain" organisé par le collectif lorientais contre Bayer Monsanto

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Samedi 17 Octobre - Rennes - 14h : Débat - Animation et exposition sur l’amiante, avec Virginie Dupeyroux, auteure et animatrice de http://amiante-et-mensonge-notre-perpetuite.com/ au local la commune, 17 rue de Châteaudun, Rennes. Par le groupe la Sociale de la Fédération anarchiste

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Lundi 19 octobre - Quimperlé (29), cinéma la Bobine. - 20h30 Proposé par l'association Chlorofilm, ciné-rencontre "Antigone" (sur une famille d'immigré.e.s algérien.ne.s au Canada) de Sophie Deraspe, en présence du producteur Marc Daigle

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Jeudi 27 Octobre - Rennes - 20h. Réunion publique : « Les résistances paysannes : une autre conception du progrès » avec Silvia Pérez-Vitoria (universitaire, auteure de « La riposte des paysans » et « Manifeste pour un XXIème siècle paysan », elle collabore aux revues « L’Ecologiste » et « Nature et Progrès »…). - Salle 12 Maison des associations 6 Cours des Alliés. Par le groupe la Sociale de la Fédération anarchiste

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Jeudi 12 novembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h45 Ciné-débat "La cravate" (sur le parcours d'un militant d'extrême-droite), en présence du co-réalisateur Etienne Chaillou. Tarifs habituels

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Jeudi 10 décembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Autonomes" (documentaire de François Bégaudeau), en présence de Benjamin Constant, présent dans le film. Tarifs habituels

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Concerts

Autres événements