blog - Vannes & alentours
De nombreuses raisons incitent à s'opposer au choix absurde et suicidaire de la filière nucléaire (choix réalisé par les "élites") : multiples incidents, insécurité (erreur humaine, défaillance technique, risque terroriste), atteintes graves à la santé humaine,
gestion des déchets toujours sans solution et donc reportée sur les générations futures, pseudo-indépendance énergétique, instrument illusoire de la paix mondiale, coût réel élevé, pouvoir centralisé et contrôle policier, voire militaire...
Mais exiger l'arrêt du nucléaire en conservant la société qui l'a engendré ne sert rigoureusement à rien. Y compris dans les pays où le nucléaire n'est pas développé, les mêmes mécanismes de régression sociale et de saccage écologique sont à l'oeuvre. Rappelons aussi que la nucléarisation massive avait pour finalité de prendre le relais du pétrole pour assurer une énergie abondante et accessible, c'est-à-dire assurer le règne du gigantisme, de la démesure, du gaspillage systématique. Il ne suffit donc pas de sortir du nucléaire, mais aussi de la croissance économique, c'est-à-dire du productivisme et de l'idéologie scientiste qui le justifie. Nous prélevons les ressources naturelles plus vite qu'elles ne se reproduisent. Notre « empreinte écologique » (même si elle n'est pas un outil strictement scientifique) dépasse largement les capacités de régénération de la planète. Notre modèle « occidental » de consommation n'est pas soutenable.
Or sortir de la croissance économique, c'est nécessairement sortir du capitalisme, puisque cette croissance a toujours été la fuite en avant qui lui a permis de surmonter ses contradictions internes (c'est-à-dire de masquer les inégalités sociales pour éviter un soulèvement des populations). Notons – ironie de l'histoire – que le capitalisme a sapé lui-même les bases d'une croissance dont il a besoin pour se perpétuer. D'où la « crise » actuelle. Quoi qu'il en soit, le franchissement des limites physiques de la planète interdit désormais toute croissance, sauf à créer délibérément un désastre écologique, ce qui ne saurait durer très longtemps. Le capitalisme est clairement incompatible avec le maintien de la vie sur Terre.
Mais il serait tout aussi stérile de sortir du capitalisme sans sortir de l'Etat, c'est-à-dire de l'électoralisme et du parlementarisme qui l'accompagnent. C'est bien l'Etat qui, par la loi, a légitimé la propriété privée, et qui la protège. C'est lui qui a permis la puissance colossale des multinationales par des subventions, des allègements fiscaux, des crédits de formation et de recherche, la mise à disposition d'infrastructures, des privatisations, la prise en charge des pertes financières et autres législations sur mesure. C'est bien cet Etat, garant du capital, qui s'applique à faire régler à la population la facture d'une dette dont elle n'est pas responsable. C'est aussi la dimension même des travaux commandés par les Etats qui conforte nécessairement la taille des entreprises, à commencer par le complexe militaro-industriel. Faudrait-il aussi ignorer les nombreuses carrières croisées entre le public et le privé ? Que l'on cesse donc de faire semblant de croire qu'un Etat de droit va surgir dans la jungle de la mondialisation capitaliste. La corruption, la désinformation massive, le mensonge, la falsification ont créé une situation irréversible.
Renoncer à prendre ses affaires en main se paiera toujours par une exploitation économique et une domination politique. Surexploiter les écosystèmes se paiera toujours d'un effet boomerang préjudiciable à la santé et au bien-être de l'homme. Il s'agit donc de passer d'un capitalisme industriel – la pire des civilisations, celle qui a dressé l'homme contre la nature pour qu'une minorité puisse mieux asservir les deux – à une société à la fois de gestion directe et de sobriété énergétique. C'est-à-dire présentement une décroissance libertaire. Partage des richesses et usage social des biens. Appropriation sociale des moyens de production, d'échange et de distribution, mais aussi autolimitation individuelle et collective des besoins.
La question posée est en définitive celle de l'économie, c'est-à-dire de la fabrication de biens à partir des ressources naturelles dans un monde limité. C'est-à-dire encore la question du sens du travail, de la finalité de la production. Car produire plus, c'est travailler plus (souvent pour gagner moins d'ailleurs). Donc plus de souffrance au travail pour plus de destruction du milieu naturel. Trop fort ! L'émancipation de l'Homme passe par la préservation de la biosphère, et réciproquement. Et les deux passent nécessairement par une révolution sociale. La rupture ouvrirait des perspectives, la continuité est sans avenir. Il va falloir choisir. On ne résout pas un problème avec le mode de pensée qui l'a engendré, disait Einstein.