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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 10:29

 

 

« Ce que nous affirmons, c'est que la tare

doit être expulsée une fois pour toutes. »

martinique.jpg

Frantz Fanon

 

L'Histoire officielle est souvent l'œuvre des classes dominantes. Elles y écrivent prioritairement leurs seules perceptions, dans la défense, involontaire ou non, de leurs propres intérêts. L'Histoire des populations opprimées y est généralement filtrée, rétrécie ou occultée. Implicitement, le dernier livre de Gilbert Pago, L'insurrection de Martinique -1870-1871, est une invitation à rompre avec ce schéma. L'universitaire martiniquais a déjà publié plusieurs ouvrages dont : Les femmes et la liquidation du système esclavagiste à la Martinique (éd. Ibis rouge). Ici, il nous convie à découvrir une page de l'Histoire largement ignorée. Ignorée particulièrement par une population blanche enlisée dans de faux questionnements concernant la culpabilisation de l'occident autour d'une repentance intolérable.

 

Noircir les pages


Dans son dernier ouvrage, G. Pago relate et analyse les jours de révoltes qui ont secoué le territoire antillais sous tutelle française à la fin du XIXème siècle. Comme pour d'autres soulèvements, que Alain Plénel rappelle dans sa préface, c'est un fait divers qui a été le déclencheur de la révolte paysanne : l'injustice coloniale à l'égard d'un noir de 22 ans condamné à la déportation. La colère insurrectionnelle a été la réponse spontanée de la population noire ; solidaire contre l'injustice subie par l'un d'entre eux et solidaire contre les provocations de la caste des béké-es : propriétaires et décideurs blancs, pour certains, nostalgiques de la période esclavagiste. La révolte déferlera à la fin du mois de septembre 1870 pendant 5 jours, incendiant et pillant les maisons des blanc-hes en fuite. Le contre-coup sera cependant tragique : une répression féroce et mortelle s'abattra avec des peines de prisons, des déportations, des peines de morts et une coercition exacerbée pendant plusieurs années.

Pour expliciter cette révolte populaire, G. Pago contextualise. Il nous dévoile alors les tensions d'une société héritière de l'esclavage (Après un rétablissement en 1802, la France avait aboli à nouveau la traite négrière en 1848). Autant dire que le spectre d'un nouveau rétablissement demeurait une crainte de la population noire de l'île, alimentée par un racisme qui imprégnait toujours l'ensemble des relations entre blanc-hes, mulâtres-ses et noir-es. L'auteur décortique les enjeux politiques de l'époque dans un langage assez clair : l'ensemble des protagonistes et des différents groupes sociaux y sont décrits avec finesse, tout comme la succession des événements. La mise à jour des stratégies de la justice coloniale blanche lors des procès est particulièrement intéressante.

Pour appréhender ce qu'on nomme désormais L'insurrection du sud, l'auteur a dépouillé de multiples documents d'archives. Certains sont reproduits en annexe : par exemple la liste nominative des insurgé-es réprimé-es puis condamné-es. De plus, sensibilisé à la critique féministe de l'Histoire, G. Pago n'occulte pas la participation et l'activité des femmes. Il pose alors les bases d'une analyse des rapports sociaux de sexe pour la plupart des faits : insurrection, procès, etc.

(On peut certes regretter quelques lignes trop marxisantes. Cependant,...)

Ce petit livre est une très bonne entrée en matière pour découvrir l'Histoire méconnue des sociétés antillaises.

 

Blanc comme neige ?


Dans une certaine mesure, l'ouvrage de Gilbert Pago permet d'une part de constater les continuités historiques, et d'autre part d'expliciter les soulèvements populaires qui suivront dans les colonies françaises d'outre-mer : comme le mai 67 guadeloupéen, ainsi que le récent LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon). D'ailleurs, suite à cette mobilisation exemplaire de 2009, signalons que les accords signés avec les autorités françaises sont magistralement bafoués : illustration supplémentaire du désormais classique mépris républicain.

Pendant des décennies, la France a enseigné à un peuple esclavagisé, déporté et colonisé le célèbre « Nos ancêtres les gaulois » - suscitant ainsi une forme particulière de désintégration sociale pour une pseudo-intégration à la métropole universelle. Ce livre de Gilbert Pago nous dévoile l'autre face du phénomène, il nous montre une autre Histoire. Une Histoire occultée, celle d'un peuple de résistant-es, faite de révolte, de solidarité et d'aspiration à l'égalité, réelle.

Yly

 

 Gilbert Pago:L'insurrection de Martinique -1870-1871, édition Syllepse (2011), 155 pages, 9 euros.

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Jeudi 10 décembre - Auray, cinéma Ti Hanok - 20h30 Ciné-débat "Autonomes" (documentaire de François Bégaudeau), en présence de Benjamin Constant, présent dans le film. Tarifs habituels

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