La douleur est-elle différente lorsque ressentie par une femme ?
Des anarchistes US et la porno-torture
par Ben Barker *
Les soi-disant radicaux et l'industrie de l'exploitation sexuelle sont de plus en plus étroitement liés. J'aimerais pouvoir dire que j'ai été
surpris lorsque j'ai appris aujourd’hui que l’édition 2013 de la Foire du Livre Anarchiste du Bay Area (San Francisco/Oakland, en
Californie) va être organisée au Centre communautaire de l’Armurerie, qui appartient au producteur de porno-torture Kink.com.
Kink.com est tristement célèbre pour ses images de femmes « écartelées sur des chevalets, ligotées, à qui on pisse dans la bouche ou qu’on
suspend par les pieds en les connectant à des électrodes, y compris dans le vagin » explique la militante féministe Gail Dines, qui soutient que ce site Web de pornographie contrevient de
façon flagrante à la Convention contre la torture des Nations Unies.
Si vous vous méfiez de ce qu’en dit une féministe, laissons parler Kink.com lui-même. Sur le site, nous apprenons que ce projet a pris naissance
lorsque son fondateur a décidé de « consacrer sa vie à soumettre de belles femmes volontaires à du ligotage strict ».
Ze shit hits ze fan
Évidemment, des féministes ont immédiatement sonné l'alarme et exigé des réponses et des changements des organisateurs du Salon du livre.
Évidemment, on s’est contenté de les ignorer ou de les attaquer.
En toute équité, il faut reconnaître qu’une déclaration traitant des « préoccupations concernant le choix du site »
a été presque immédiatement affichée sur le site du Salon. Sans surprise, cette déclaration a tenté de justifier leur décision, en parlant presque exclusivement d’un budget serré. Quant aux
quelques lignes d’allusion aux protestations féministes, elles ont éludé toute responsabilité en affirmant qu' « il existe une critique politique valable de chaque lieu potentiellement
disponible », parce que « nous vivons dans une société capitaliste, et jusqu'à ce que nous ayons créé une infrastructure explicitement anarchiste qui puisse prendre en charge ce type
d'événement, de telles contradictions et compromis sont inévitables ».
Cul et collusion
Cela donnerait à croire que les organisateurs du Salon du livre anarchiste 2013 du Bay Area n’ont peu ou pas de liens avec Kink.com ou leur salle,
et qu’ils s’imposent effectivement un certain compromis en se résignant à y tenir leur Salon, faute d’alternative. Mais la suite du texte démontre à quel point ils sont conscients des enjeux en
cause. Les organisateurs écrivent: « Nous reconnaissons que la pornographie et la prostitution sont des questions controversées dans la communauté anarchiste. Le choix du Centre communautaire
de l’Armurerie n'est pas une déclaration politique, et le comité exécutif du Salon du Livre Anarchiste n’adopte aucune position politique en ce qui concerne la pornographie. Nous acceptons que
les membres de la communauté (et même des membres de notre comité) ont des opinions différentes sur cette question. Nous organiserons un débat sur les perspectives anarchistes en matière de
pornographie lors du Salon du Livre, et si ce sujet vous intéresse, nous espérons que vous y assisterez.»
Et si c’étaient des Blacks ?
Le pattern devient familier: un grand événement à caractère politique est organisé dans un lieu controversé, ce qui suscite des dénonciations
publiques. Cela ressemble assez à un autre incident, survenu le mois dernier, lorsqu’une bande de Républicains du Congrès américain ont réservé pour leur colloque annuel d'hiver une ancienne
plantation esclavagiste à Williamsburg (Virginie) où, comme pour retourner le fer dans la plaie, ils ont prévu de discuter de « communication réussie avec les minorités et les femmes
»...
Mais voici la différence entre les deux événements : Quand les Républicains ont annoncé le site de leur rassemblement, la gauche s’est manifestée
avec vigueur pour les dénoncer comme racistes et insensibles à la réalité historique de l'esclavage. Lorsque les anarchistes ont annoncé le site de leur rassemblement, la gauche s’est manifestée
avec vigueur… pour dénoncer les objectrices (et objecteurs) féministes comme étant puritain-es, moralistes et «anti-sexe».
Imaginez si les Républicains du Congrès avaient publié une déclaration similaire à celle des organisateurs du Salon du Livre Anarchiste 2013 du Bay
Area. Ils auraient pu écrire: « Nous reconnaissons que la suprématie blanche et l'esclavage ont été des questions controversées au sein de la communauté Républicaine. Le choix de cette
ancienne plantation esclavagiste ne constitue pas une déclaration politique, et le Comité républicain du Congrès n’adopte aucune position politique en ce qui concerne la suprématie blanche. Nous
acceptons que les membres de la communauté (et même des membres du présent Comité) ont des opinions différentes sur cette question. Nous organiserons un débat sur les perspectives Républicaines
en matière de suprématie blanche lors de ce colloque, et si ce sujet vous intéresse, nous espérons que vous y assisterez. »
Pensez-vous que cela aurait suffi à apaiser l'indignation de la gauche ?
Je prie les organisateurs du Salon du livre, et les anarchistes en général, de me répondre concernant cette seule question : La douleur est-elle
différente lorsque ressentie par une femme ?
* Ben Barker est écrivain et organisateur communautaire à West Bend, au Wisconsin. Il est membre de l’organisation Deep Green Resistance et écrit actuellement un livre sur les propriétés toxiques des sous-cultures radicales et sur la nécessité de
bâtir une vibrante culture de résistance.
Post-scriptum : Pour ne rien arranger, le propriétaire de Kink.com vient d’être arrêté pour possession de cocaïne à la suite de la mise en ligne
d’un document Youtube alléguant l’existence d’une galerie illégale de tir au sous-sol de son Armurerie (http://gaw.kr/12HvsWB).
Texte transmis par Yly

Even Cowgirls get the blues est un film de 1993 du réalisateur Gus Van Sant, tiré du roman du même nom, de Tom Robbins, publié en 1976. Une jeune fille est atteinte d'une malformation
des pouces. Ils sont extraordinairement longs. Elle va, une fois adulte, se consacrer à sa passion : l'auto-stop. Elle tient en ces pouces le pouvoir magique d'arrêter tout véhicule apparaissant
devant elle. Elle circule ainsi dans toute l'Amérique en ne s'arrêtant que très rarement, éprouvant ainsi un grand sentiment de puissance et de liberté. Nous n'allons pas vous raconter toute
l'histoire de cette jeune femme et vous gâcher ainsi le plaisir de cette séance de cinémanar. Ce film, vous allez le voir, développe plusieurs thèmes qui rejoignent certaines idées libertaires et
notamment le féminisme *, comme la question du genre, du travestissement, de la sexualité féminine et de l'émancipation des femmes.
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