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Anti patriarcat

Vendredi 22 février 2013 5 22 /02 /Fév /2013 18:44

La douleur est-elle différente lorsque ressentie par une femme ?

Des anarchistes US et la porno-torture
par Ben Barker *
 

Les soi-disant radicaux et l'industrie de l'exploitation sexuelle sont de plus en plus étroitement liés. J'aimerais pouvoir dire que j'ai été surpris lorsque j'ai appris aujourd’hui que l’édition 2013 de la Foire du Livre Anarchiste du Bay Area (San Francisco/Oakland, en Californie) va être organisée au Centre communautaire de l’Armurerie, qui appartient au producteur de porno-torture Kink.com.

Kink.com est tristement célèbre pour ses images de femmes « écartelées sur des chevalets, ligotées, à qui on pisse dans la bouche ou qu’on suspend par les pieds en les connectant à des électrodes, y compris dans le vagin » explique la militante féministe Gail Dines, qui soutient que ce site Web de pornographie contrevient de façon flagrante à la Convention contre la torture des Nations Unies.

Si vous vous méfiez de ce qu’en dit une féministe, laissons parler Kink.com lui-même. Sur le site, nous apprenons que ce projet a pris naissance lorsque son fondateur a décidé de « consacrer sa vie à soumettre de belles femmes volontaires à du ligotage strict ».

Ze shit hits ze fan

Évidemment, des féministes ont immédiatement sonné l'alarme et exigé des réponses et des changements des organisateurs du Salon du livre. Évidemment, on s’est contenté de les ignorer ou de les attaquer.

En toute équité, il faut reconnaître qu’une déclaration traitant des « préoccupations concernant le choix du site » a été presque immédiatement affichée sur le site du Salon. Sans surprise, cette déclaration a tenté de justifier leur décision, en parlant presque exclusivement d’un budget serré. Quant aux quelques lignes d’allusion aux protestations féministes, elles ont éludé toute responsabilité en affirmant qu' « il existe une critique politique valable de chaque lieu potentiellement disponible », parce que « nous vivons dans une société capitaliste, et jusqu'à ce que nous ayons créé une infrastructure explicitement anarchiste qui puisse prendre en charge ce type d'événement, de telles contradictions et compromis sont inévitables ».

Cul et collusion

Cela donnerait à croire que les organisateurs du Salon du livre anarchiste 2013 du Bay Area n’ont peu ou pas de liens avec Kink.com ou leur salle, et qu’ils s’imposent effectivement un certain compromis en se résignant à y tenir leur Salon, faute d’alternative. Mais la suite du texte démontre à quel point ils sont conscients des enjeux en cause. Les organisateurs écrivent: « Nous reconnaissons que la pornographie et la prostitution sont des questions controversées dans la communauté anarchiste. Le choix du Centre communautaire de l’Armurerie n'est pas une déclaration politique, et le comité exécutif du Salon du Livre Anarchiste n’adopte aucune position politique en ce qui concerne la pornographie. Nous acceptons que les membres de la communauté (et même des membres de notre comité) ont des opinions différentes sur cette question. Nous organiserons un débat sur les perspectives anarchistes en matière de pornographie lors du Salon du Livre, et si ce sujet vous intéresse, nous espérons que vous y assisterez.»

Et si c’étaient des Blacks ?

Le pattern devient familier: un grand événement à caractère politique est organisé dans un lieu controversé, ce qui suscite des dénonciations publiques. Cela ressemble assez à un autre incident, survenu le mois dernier, lorsqu’une bande de Républicains du Congrès américain ont réservé pour leur colloque annuel d'hiver une ancienne plantation esclavagiste à Williamsburg (Virginie) où, comme pour retourner le fer dans la plaie, ils ont prévu de discuter de « communication réussie avec les minorités et les femmes »...

Mais voici la différence entre les deux événements : Quand les Républicains ont annoncé le site de leur rassemblement, la gauche s’est manifestée avec vigueur pour les dénoncer comme racistes et insensibles à la réalité historique de l'esclavage. Lorsque les anarchistes ont annoncé le site de leur rassemblement, la gauche s’est manifestée avec vigueur… pour dénoncer les objectrices (et objecteurs) féministes comme étant puritain-es, moralistes et «anti-sexe».

Imaginez si les Républicains du Congrès avaient publié une déclaration similaire à celle des organisateurs du Salon du Livre Anarchiste 2013 du Bay Area. Ils auraient pu écrire: « Nous reconnaissons que la suprématie blanche et l'esclavage ont été des questions controversées au sein de la communauté Républicaine. Le choix de cette ancienne plantation esclavagiste ne constitue pas une déclaration politique, et le Comité républicain du Congrès n’adopte aucune position politique en ce qui concerne la suprématie blanche. Nous acceptons que les membres de la communauté (et même des membres du présent Comité) ont des opinions différentes sur cette question. Nous organiserons un débat sur les perspectives Républicaines en matière de suprématie blanche lors de ce colloque, et si ce sujet vous intéresse, nous espérons que vous y assisterez. »

Pensez-vous que cela aurait suffi à apaiser l'indignation de la gauche ?

Je prie les organisateurs du Salon du livre, et les anarchistes en général, de me répondre concernant cette seule question : La douleur est-elle différente lorsque ressentie par une femme ?
 

* Ben Barker est écrivain et organisateur communautaire à West Bend, au Wisconsin. Il est membre de l’organisation Deep Green Resistance et écrit actuellement un livre sur les propriétés toxiques des sous-cultures radicales et sur la nécessité de bâtir une vibrante culture de résistance.

Post-scriptum : Pour ne rien arranger, le propriétaire de Kink.com vient d’être arrêté pour possession de cocaïne à la suite de la mise en ligne d’un document Youtube alléguant l’existence d’une galerie illégale de tir au sous-sol de son Armurerie (http://gaw.kr/12HvsWB).

Texte transmis par Yly

Par anars56 - Publié dans : Anti patriarcat
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Mardi 5 février 2013 2 05 /02 /Fév /2013 00:15

 

couverture

 

"Les éditions Bambule sont heureuses de vous annoncer la sortie de leur premier ouvrage. Il s'agit d'un recueil de textes de Léo Thiers-Vidal, co-auteur notamment du livre "Au-delà du personnel" (édition Atelier de création libertaire, 1998). En plus d'une quinzaine d'articles, dont quelques inédits, nous avons sollicité l’animatrice du superbe blog "Les entrailles de mademoiselle" pour une préface... non moins superbe.
"Rupture anarchiste et trahison pro-féministe" nous tient particulièrement à cœur car il est à la fois un hommage pour un ami décédé et un outil pour diffuser une réflexion politique originale. Ce livre est disponible en librairie ou à notre adresse pour 8 euros port compris. Paiement par chèque à libeller au nom de Bambule."
Bambule
86 rue de Marseille
69007 Lyon

Par anars56 - Publié dans : Anti patriarcat
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Lundi 18 juin 2012 1 18 /06 /Juin /2012 20:45

Vendredi soir, pour notre projection du film « Even Cowgirls get the blues », à Vannes, nous étions une douzaine. La parole en a été d’autant plus libre et a pu circuler facilement. C’est que ce film comique et déjanté, mais pas seulement, ouvre de nombreuses pistes de réflexion. Il a instauré une ambiance chaleureuse qui a donné à chacune et à chacun l’envie d’en discuter, de confronter ses ressentis. De fait, après avoir dû rendre la salle municipale (23 h), avec une partie du public nous nous sommes retrouvé-e-s au bar l’éloge de la lenteur pour poursuivre la discussion.

Voici l’introduction de cette soirée et des éléments des discussions qui ont suivi (non exhaustifs et probablement pas retranscrits dans les termes exacts qui ont été dits)…

Introduction Projection-Débat « Even Cowgirls get the blues »
 

Le groupe :

 Cette projection-débat est à l'initiative du groupe libertaire René Lochu – Francisco Ferrer de Vannes et Lorient. Ce groupe s'engage notamment à diffuser les idées libertaires :
l'élaboration d'une société dépourvue de hiérarchie, d'autorité, de relation de domination, de pouvoir ; l'élaboration d'une société fondée sur le fédéralisme, l'autonomie, l'auto-gestion ; l'élaboration d'une société juste où l'individu est émancipé, épanoui, conscient et libre. Dans ce cadre de diffusion d'idées libertaires, cette projection-débat, autrement appelée cinémanar, propose en particulier une réflexion sur les questions féministes.

Le groupe fonctionne avec la fédération anarchiste, une partie des membres du groupe y est fédérée, affiliée. Nous proposons l'hebdo qu'elle édite à prix libre - le Monde libertaire -, la radio de la FA -  radio libertaire - peut être écoutée sur Internet par ici, l’organisation s’est dotée d’une structure d'éditions de brochures et livres : les éditions du Monde libertaire, ses  groupes ou liaisons sont présents sur presque tout le territoire français et certains disposent de locaux-bibliothèques-librairies dont Rennes ; elle a aussi un secrétariat aux relations internationales...

Nous avons un blog "anars 56". Il est possible de s'inscrire à la lettre d'infos (2 ou 3 envois par mois).

Le film :

even cow girls Even Cowgirls get the blues est un film de 1993 du réalisateur Gus Van Sant, tiré du roman du même nom, de Tom Robbins, publié en 1976. Une jeune fille est atteinte d'une malformation des pouces. Ils sont extraordinairement longs. Elle va, une fois adulte, se consacrer à sa passion : l'auto-stop. Elle tient en ces pouces le pouvoir magique d'arrêter tout véhicule apparaissant devant elle. Elle circule ainsi dans toute l'Amérique en ne s'arrêtant que très rarement, éprouvant ainsi un grand sentiment de puissance et de liberté. Nous n'allons pas vous raconter toute l'histoire de cette jeune femme et vous gâcher ainsi le plaisir de cette séance de cinémanar. Ce film, vous allez le voir, développe plusieurs thèmes qui rejoignent certaines idées libertaires et notamment le féminisme *, comme la question du genre, du travestissement, de la sexualité féminine et de l'émancipation des femmes.

Nous vous souhaitons une bonne projection.

* Rappelons que le féminisme est cette réflexion et ce combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le débat :


Premier thème : L'image de la femme véhiculée par la société américaine : « Ce sont les difformités imposées aux gens par la société que je trouve navrante. » (Sissi)

C'est d'abord la famille qui transmet l'image de la femme, son devoir-être, son rôle dans la société et dans la famille, ses rapports avec les hommes et les femmes. Ainsi, la mère de Sissi reflète l'exact devoir-être d'une femme dans les années 60 : bien habillée, à la mode, femme au foyer, rejetant l'homosexualité et dont l'angoisse première pour l'avenir de sa fille est son devenir amoureux : va-t-elle trouver un mari ? Le mariage est présenté par ce personnage comme l'objectif premier de toute femme, l'apothéose d'une vie. Le père, quant à lui, véhicule aussi une image particulière de la femme, notamment dans ce qu'elle ne doit pas être, c'est-à-dire un homme : « Elle pourrait faire un sacré auto-stoppeur » lui dit un ami « ça oui, si elle était un garçon » répond le père.

C'est ensuite la société entière qui prend en charge le façonnage du devoir-être féminin : les images publicitaires, le parfum, l'accentuation des stéréotypes du comportement féminin par le personnage du travestis homme en femme appelé « la Comtesse », le corps en perpétuel effort de transformation avec le centre de « beauté » qu'est le ranch. Le corps doit être au plus proche du canon de beauté et de comportement que l'on impose à la femme : elle doit être mince, maquillée, parfumée, jeune, belle.


Deuxième thème : La question du genre. Parallèlement au devoir-être féminin imposé par la société, co-existe dans le film le renversement de ce devoir-être. Les genres se mélangent, se troublent. A la femme au foyer qu'était sa mère, Sissi oppose une vie nomade. Au rêve de mariage et de prince charmant de sa mère, Sissi oppose une masturbation, une homosexualité et des relation sexuelles avec un vieux ahuri légèrement obsédé appelé « le chinetoque ». Le prince charmant, image du héros brandissant tous les obstacles, devient dans le film un émotif asthmatique aquarelliste.

A son boulot de top-model, Sissi oppose une tenue sale, une combinaison à frange, un chapeau mou. Le féminin et le masculin se mêlent dans les personnages de La comtesse et des Cowgirls. Chacun endosse les caractéristiques de l'autre.

La discussion a porté sur la difficulté toujours actuelle par exemple, pour un homme, de se déplacer dans la rue en étant maquillé. Le regard réprobateur des autres et peut-être leurs réactions pèsent encore d’un poids considérable. Cette appréhension est-elle si justifiée ou est-elle partiellement fantasmée ? Car ne nous appartient-il pas si l’on veut se sentir libre de franchir le pas et de réaliser les actes que l’on voudrait ?

Dans le film, nous avons aussi constaté que l’homme qui était particulièrement apprécié des cowgirls, le « Chinetoque », était un individu particulièrement décalé, hors normes, anti-conformiste, de plus assez âgé.

 
Troisième thème : Le parallèle entre les femmes et les grues d'Amérique (oiseaux migrateurs) pouvait aussi faire l’objet d’une réflexion mais nous n’avons guère emprunté cette piste. Il nous a semblé néanmoins qu’il n’était pas légitime de la part des cowgirls de faire ingurgiter une drogue aux grues, entraînant des comportements anormaux, modifiant leur style de vie. L'intégrité des oiseaux n’était pas respectée…
 

Quatrième thème : l'émancipation féminine. Les femmes agissent par elles-mêmes. Leur propre libération, par la réappropriation du ranch et son autogestion, ne vise pas qu’elles-mêmes. Le fait qu’elles ont su garder au sein de la propriété les grues, par un subterfuge, leur donne accès aux médias et elles se livrent alors à une dénonciation de la société patriarcale. Elles soulignent toutes les tares que les hommes (détenteurs de fait des pouvoirs) portent en eux et les dégâts considérables qui en découlent. Elles expliquent qu’elles veulent l’émancipation de toutes les femmes.

Si les femmes se sont armées pour tenir à distance les forces gouvernementales, elles considèrent que pour une véritable libération, il ne leur faut pas utiliser les mêmes moyens que les hommes, à savoir la force armée. Les moyens de l’émancipation sont encore à inventer…


• Cinquième thème : L'autogestion. Au motif (légitime à nos yeux !) que ce sont elles qui font vivre le lieu, les cowgirls s’emparent du ranch où elles travaillent et en chassent le propriétaire légal. Elles se réapproprient donc leur outil de travail et de vie et l’organisent ensuite à leur guise, le défendent contre la police et l’armée (composées uniquement d’hommes dans ce film ! sûrement pas un hasard !) qui veulent les en dénicher. L’autogestion ne nous a pas paru complète car une forme de hiérarchie est maintenue entre les cowgirls, avec un phénomène de leader informelle… Peut-être est-il (temporairement ?) justifié par le fait que cette personne était l’inspiratrice et la théoricienne du rôle des cowgirls ? Ceci dit, les cowgirls semblent tout mettre en commun : travail et répartition de la nourriture.

Auparavant, avant l’expropriation, nous avons aussi pu assister à une discussion collective sur ce qui tourne rond ou pas au sein du ranch, où chaque femme s’exprimait sur ce qui les concerne directement.

 
• Sixième thème : La difformité. Nous nous sommes aussi interrogé-e-s sur son opération qui lui a permis d’avoir un pouce de taille normale. Pourquoi un seul ? Pourquoi en avoir sectionné un : sans doute est-ce celui qui a porté la terrible baffe qui a failli occire la Comtesse ? Rejet de la violence… On a aussi constaté que le pouce avait sa propre autonomie, une fois sectionnée il était toujours en mouvement !

Mais n’est-ce pas cette difformité, cette différence que non seulement elle assume, mais se l’approprie complètement pour en tirer une fierté et le moyen de sa liberté : voyager (ou plutôt « bouger » comme elle le dit elle-même) en auto stop ? Un besoin de circuler et de ne rien payer pour cela, quelque part à la manière des hobos de la 1ère moitié du XXème siècle.

Le film interroge aussi sur comment on arrive à s’affranchir des voies toutes tracées que la famille et la société voudraient nous voir suivre. Jusqu’où ou combien son anormalité physique a-t-elle compté pour lui faire chercher autre chose ?

Voilà donc quelques fragments de l’échange de notre soirée et qui a semblé plaire aux présentes et aux présents. Nous les remercions d’avoir fait le déplacement !

Par anars56 - Publié dans : Anti patriarcat
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Dimanche 10 juin 2012 7 10 /06 /Juin /2012 23:01

fly-cow-girl-copie-1.jpg

Par anars56 - Publié dans : Anti patriarcat
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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 14:24
   
Le délit de harcèlement sexuel n’existe plus dans le Code pénal, depuis le 4 mai 2012. Les membres du Conseil constitutionnel en ont ainsi décidé après avoir été saisis d’une question prioritaire de constitutionnalité déposée par Gérard Ducray, maire-adjoint de Villefranche-sur-Saône, ce dernier étant accusé d’avoir harcelé trois de ses subordonnées des services municipaux entre 2007 et 2009. Il a été condamné en appel le 15 mars 2011 à trois mois de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende et une interdiction d’exercer toute fonction publique. Rappelons que le sieur a été secrétaire d’État au Tourisme de 1974 à 1976, sous Giscard d’Estaing, et qu’ainsi il connaît au moins quatre membres du Conseil constitutionnel : Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, Jacques Barrot (alors secrétaire d’État au Logement) et Hubert Haenel (alors conseiller aux questions judiciaires à l’Élysée), même si les deux premiers n’ont pas siégé. Le Conseil constitutionnel est-il lui-même constitutionnel, quand nous constatons la connivence entre Ducray et quatre des membres ? Dans sa décision, la haute juridiction estime que « l’article 222-23 du Code pénal permet que le délit de harcèlement sexuel soit punissable sans que les éléments constitutifs de l’infraction soient suffisamment définis ».

Il serait sans doute nécessaire de revenir sur l’historique des lois contre le harcèlement sexuel et contre les violences faites aux individus, le plus souvent des femmes et des enfants. Les violences bénéficient d’une très grande tolérance sociale au profit de leurs auteurs, alors que toute atteinte à la propriété privée est sévèrement punie. Ce qui nous laisse augurer que le corps n’appartient pas à l’individu mais à la collectivité, à un groupe social, ou à un autre, une autre qui exerce pouvoir et domination. Nous pensons aux rites communautaires imposant sur le corps des sacrifices, aux pressions sociales ordonnant de s’habiller, de s’enfoularder ou de se dénuder, mais aussi au viol, au système prostitutionnel, à l’esclavage sous toutes ses formes. Et pourtant, l’individu est distinct et indivisible, donc non partageable, il ne peut être une proie. Quel paradoxe !

C’est la loi du 22 juillet 1992 portant réforme des dispositions du Code pénal relatives à la répression des crimes et délits contre les personnes qui crée le délit de harcèlement sexuel par l’article 222-33 : « Le fait de harceler autrui en usant d’ordres, de menaces ou de contraintes dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle, par une personne abusant de l’autorité que lui confèrent ses fonctions, est puni d’un an d’emprisonnement et de 100 000 francs d’amende. » Dès la promulgation de la loi, présentée par Véronique Neiertz, Secrétaire d’État aux Droits des femmes et à la Consommation, les féministes émettent des critiques, particulièrement l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), association créée en 1985. L’AVFT dénonce qu’il faille prouver un défaut de consentement quand l’inverse – s’assurer du consentement – serait plus juste, que les contours du mode opératoire ne sont pas définis, et que l’abus d’autorité nécessite une interprétation par les magistrats tout en exonérant les collègues.

La même année, le Code du travail est modifié par la loi du 2 novembre 1992 relative à l’abus d’autorité en matière sexuelle dans les relations de travail et modifiant le Code du travail et le Code de procédure pénale. Les dispositions relatives au harcèlement sexuel sont intégrées aux articles L122.46 et suivants. Dès 1992, Mireille Beynetout, Sylvie Cromer et Marie-Victoire Louis, toutes trois de l’AVFT, relèvent : « Bien que le projet de loi réformant le Code du travail en matière de harcèlement sexuel puisse apparaître comme une avancée, il est sur le fond insuffisant et juridiquement contestable. » Cette critique porte notamment sur l’approche réductrice du phénomène de harcèlement sexuel, terme jamais cité dans la loi, qui n’inclut pas les comportements sexistes, plus nombreux, qui ont pour but d’humilier la personne harcelée et non d’obtenir des faveurs de nature sexuelle.

Après quelques modifications en 1998 et en 2001, puis sous l’impulsion d’Elisabeth Guigou, ministre de l’Emploi et des Affaires sociales, la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 crée le délit de harcèlement moral et modifie les dispositions relatives au harcèlement sexuel dans le Code du travail et la définition pénale du harcèlement sexuel. L’exigence d’abus d’autorité est supprimée, les collègues ne sont donc plus exonérés de responsabilités, et les termes « ordres, contraintes, menaces, pressions » disparaissent. Mais suite à la recodification du Code du travail en 2008, l’article L1153-2 devient in fine : « Aucun salarié, aucun candidat à un recrutement, à un stage ou à une période de formation en entreprise ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, notamment en matière de rémunération, de formation, de reclassement, d’affectation, de qualification, de classification, de promotion professionnelle, de mutation ou de renouvellement de contrat pour avoir subi ou refusé de subir des agissements de harcèlement sexuel. » Le harcèlement sexuel n’est pas défini ! Et l’article L122-52 [L.1 154-1] du Code du travail devient : « Lorsque survient un litige relatif à l’application des articles L. 1 152-1 à L. 1 152-3 et L. 1 153-1 à L. 1 153-4, le candidat à un emploi, à un stage ou à une période de formation en entreprise ou le salarié établit des faits qui permettent de présumer l’existence d’un harcèlement. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d’un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d’instruction qu’il estime utiles. »

La loi de modernisation sociale modifie également l’article 222-33 du Code pénal, afin d’harmoniser le Code du travail et le droit de la fonction publique avec le Code pénal. L’article devient ainsi : « Le fait de harceler autrui dans le but d’obtenir des faveurs de nature sexuelle est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. » Il s’agit surtout de ne pas créer de régime trop différent entre les délits de harcèlement moral et de harcèlement sexuel. Mais « le fait de harceler » sera toujours jugé à l’aune de l’intentionnalité du harceleur (« dans le but d’obtenir »), non défini par la loi et donc dépendant des interprétations jurisprudentielles, voire de l’analyse subjective des magistrats. Il en va de même pour le but poursuivi, à savoir « les faveurs de nature sexuelle ».

En 2007 et 2008, la France a reçu de la Commission européenne trois procédures d’action en manquement et deux mises en demeure à propos de la mauvaise transposition de plusieurs directives liées à la lutte contre les discriminations ou à l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Dans l’indifférence la plus totale, le gouvernement a donc fait voter en urgence une nouvelle transposition de la directive 2002/73/CE sans reprendre la directive d’origine qui définit précisément le harcèlement sexuel. Ainsi, la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ne satisfait pas les associations qui souhaitaient une définition précise du harcèlement sexuel et l’harmonisation des définitions entre le Code pénal, le Code du travail et le droit communautaire, afin de lever les ambiguïtés qu’elles suscitent.

Vingt ans après la première loi contre le harcèlement sexuel, peu d’affaires arrivent à terme. En effet, les personnes victimes craignent la relaxe pour l’agresseur et le risque de poursuites en dénonciation calomnieuse en violation du principe de la présomption d’innocence. Perdre cette loi est salutaire mais en l’absence de caractérisation du délit de harcèlement, aujourd’hui, les personnes victimes se sentent abandonnées par la justice puisque toutes les procédures pénales en cours sont annulées. Le message d’impunité ainsi adressé aux harceleurs est révoltant. La chasse est ouverte !

À l’appel de plusieurs associations, dont l’AVFT libres et égales, la Marche mondiale des femmes, Femmes solidaires, le Collectif national droits des femmes, le Collectif féministe contre le viol, du jour au lendemain, plus de 300 personnes se sont rassemblées samedi 5 mai, place Colette, dans le Ier arrondissement de Paris, à deux pas du Conseil constitutionnel qui a annulé la loi contre le harcèlement sexuel. Abrogation = permis de chasser ou encore Nous ne nous tairons pas, pouvait-on lire sur les pancartes. Après quelques interventions des associations présentes, le rassemblement s’est terminé par un nouvel appel à continuer la mobilisation. Et puis, sous le coup de la colère et de l’enthousiasme militant, les manifestantes et manifestants se sont dirigés spontanément jusqu’au commissariat de police du Ier arrondissement, en criant sans discontinuer « Harcèlement sexuel, une loi, une voix, pour les victimes ! » Là, une plainte est portée contre le Conseil constitutionnel en la personne morale de son président, Jean-Louis Debré, pour « mise en danger délibérée des personnes victimes de harcèlement sexuel et trouble à l’ordre public » ! Les policiers interloqués ne savent pas si cet enregistrement est recevable : ils consultent le procureur de la République. Enfin, la plainte est enregistrée. Une plainte contre le Conseil constitutionnel est une première !

Bien sûr, certains et certaines s’étonneront que, dans les colonnes du Monde libertaire, nous nous « apitoyions » sur l’abrogation d’une loi, mais n’oublions pas que tant que le patriarcat et le sexisme gangrèneront nos vies, il faudra bien faire savoir que nos corps ne sont pas à prendre, à vendre, à harceler. Le contrat social doit être affiché de façon explicite, de manière à pouvoir rappeler à qui viole, violente ou harcèle que non, nous ne nous laisserons pas faire.

Hélène, groupe Pierre-Besnard de la Fédération anarchiste
Pour apporter son soutien et rester informé-e : http://www.mmf-france.fr
Par anars56 - Publié dans : Anti patriarcat
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Pour nous rencontrer : le 1er lundi de chaque mois, nous tenons une permanence de 18h15 à 20h15 à la maison des associations, 6 rue de la Tannerie, à Vannes. Tables de presse, tracts... Attention : pas de permanence durant l'été.

Agenda de la semaine

Une bonne partie de ces infos paraît déjà dans les pages "actus anars 56", mais sont aussi retranscrits ici des rendez-vous arrivés entre deux envois. A noter que le groupe libertaire Lochu - Ferrer ne se reconnaît pas obligatoirement intégralement dans chacun de ces événements.

Toutes les infos et tous les rendez-vous liés à la lutte contre l'aéroport de NDDLandes (44) et au soutien de la ZAD sont sur https://zad.nadir.org/?lang=fr
 

Prochain RDV organisé par le groupe Lochu : Vendredi 7 juin - Vannes - Face à l'austérité : les résistances sociales et alternatives autogérées en Grèce peuvent-elles nous inspirer en France ? Rencontre débat avec Yannis Youlountas, réalisateur de documentaires, chroniqueur à Siné Mensuel et écrivain sur la situation sociale en Grèce.



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Mardi 21 mai - Saint-Nazaire (44) - Mobilisation au Tribunal  : Relaxe totale pour Christian, non à la criminalisation des opposants à Notre Dame des Landes - 14h00 devant le Tribunal de grande instance


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Mardi 21 mai - Augan (56) - 19h30 Soirée d'information sur un projet de lieu agri-culturel (production de plantes aromatiques et médicinales bio et café-librairie à la ferme) à Sixt-sur-Aff (35) par l'association Micamot - Café coopératif le Champ commun


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Jeudi 23 mai - Rochefort-en-Terre (56) - 20h30 Soirée d'information sur un projet de lieu agri-culturel (production de plantes aromatiques et médicinales bio et café-librairie à la ferme) à Sixt-sur-Aff (35) par l'association Micamot - Café associatif de la Pente


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Jeudi 23 mai - Inzinzac-Lochrist (56), cinéma le Vulcain - Sababou (documentaire avec Tiken Jah Fakoly… porteur du message qu’une Afrique plus humaine est possible) - Soirée  avec le comité de Jumelage, branche Mali - 20h30 - 5 € dont 1€ pour le comité de jumelage


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Samedi 25 mai - Lorient - Festival Les Artdineries (Créez, achetez solidaire au profit de Un Toit pour tous - Droits au logement 56) - 18h30 - Organisé par l’association Les Voisins de jardin - Au bar Des Flots (20, avenue Perrière) - Restauration sur place (7€)


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Concerts

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