blog - Vannes & alentours
(extrait de la brochure "l'anarchisme aujourd'hui" de l'Union régionale Rhônes-Alpes de la fédération anarchiste parue en 1996)
Les aristocrates de l’Ancien Régime justifiaient leurs positions sociales en se référant au divin et à leur “sang bleu”. Aujourd’hui encore l’inégalité fondamentale entre les êtres humains continue d’être proclamée : des talents inégalement répartis “dès la naissance” condamneraient une fraction de l’humanité à la “médiocrité” tandis que l’autre (composée de riches hommes d’affaires et de grandes personnalités politiques...) serait naturellement appelée à dominer. N’est-ce pas cela qu’on tente de nous apprendre dans les livres scolaires, au travers des biographies de ces grands bourgeois et chefs d’État “qui font l’Histoire” ?...
Ces discours simplistes se retrouvent dans des conversations quotidiennes et des réflexions "anodines”. Combien de fois a-t-on pu entendre : “Cette personne a du talent, un don, il est normal qu’elle gagne plus ” ? C’est bel et bien à un véritable consensus inégalitaire que nous sommes confrontés. Contre de telles idées reçues, nous affirmons que les “différences de potentialités innées” (à supposer qu’elles existent réellement, ce qui sur le plan scientifique fait encore l’objet de nombreuses polémiques) sont négligeables par rapport à l’influence du milieu social. Les fameux “niveaux de compétences”, sur lesquels les hiérarchies prétendent s’établir ne sont que le produit d’une éducation et plus globalement d’un système de classes qui conditionnent notre vie dès le plus jeune âge. Lorsqu’on est ouvrier dans une usine, ce n’est pas parce qu’on “n’est bon qu’à cela”, c’est parce que rien ne nous a permis ou “incité” à faire autre chose ! Il est évident qu’en règle générale, on poursuit des études longues seulement si on peut bénéficier d’un appui familial (sur le plan financier et/ou culturel)... Bien entendu, il existera toujours des différences : égal ne doit pas être confondu avec identique. Les individus ne sont pas comparables à des “feuilles blanches” sur lesquelles l’environnement social écrirait l’intégralité du texte. Les personnalités existent et heureusement ! Par contre, dans un contexte favorable, chaque personne, en fonction de ses centres d’intérêts et de ses envies, devient capable de développer des connaissances et des aptitudes à des activités complexes. Pour l’unE, ce sera dans l’art, pour l’autre dans un domaine scientifique ; pour unE troisième, dans un méfier requérant un fort sens pratique ou des dispositions particulières pour le dialogue, etc.
Notre égalitarisme va donc s’opposer à la “méritocratie”. Comme son nom l’indique, ce principe consiste à fonder les hiérarchies sur le mérite. Ainsi, pour les démocrates, la justice sociale se limite à garantir une égalité des “chances” et des “droits”, sans faire une seule seconde le procès de la compétition et de ses conséquences. C’est une façon de nous dire : “Vous aurez, au départ, les mêmes atouts, et il n’y aura qu’une seule et unique règle du jeu ; au bout du compte, les meilleurs devront être récompensés de leurs efforts, de leur sens de la responsabilité et de l’initiative”... Dans ce système, les privilèges de la naissance sont officiellement abolis : qu’on soit né dans une famille riche ou pauvre ne change rien... En théorie, n’importe lequel d’entre nous est autorisé à devenir ingénieur ou haut fonctionnaire ! Et on nous donne en modèle ce fils d’ouvrier, ce “self-made man” qui par son “courage”, sa “ténacité” et son “habileté”, a fait fortune ! Bref, on veut nous persuader que les possibilités d’ascension sociale sont égales pour tous et toutes... Quelle absurdité ! On ne peut oser soutenir que chacun peut s’élever socialement alors que le système hiérarchique établit, par définition, des “gagnants” et des “perdants” ! Dans la réalité, nous savons ce qu’il en est : les “réussites” spectaculaires de personnes issues de classes populaires restent de rares exceptions et la classe bourgeoise n’a aucun mal à préserver ses prérogatives, ne serait-ce que par l’héritage.
Pour prévenir le risque de cette réflexion subversive sur l’égalité, la propagande libérale a continuellement joué sur la peur de l’uniformisation, du nivellement par le bas. Mais pourquoi l’égalité empêcherait-elle la diversité des cultures et des mœurs ? Pourquoi rendrait-elle impossible de consommer et de travailler selon ses goûts personnels ? Pourquoi signifierait-elle un appauvrissement généralisé alors que nous vivons tous et toutes pour la plupart au dessous du salaire et du revenu moyen ? L’égalité économique entraînerait au contraire l’amélioration du niveau de vie pour l’immense majorité ! Plus que cela, elle est une condition incontournable à l’émancipation et à l’épanouissement de chacun et de chacune, en permettant des relations humaines sans domination.
L’inégalité, c’est aussi pratiquer des discriminations ou légiférer en fonction de la couleur de peau, du sexe, des préférences sexuelles, de l’âge...