blog - Vannes & alentours
Par anars56
(extrait de la brochure "l'anarchisme aujourd'hui" de l'Union régionale Rhônes-Alpes de la fédération anarchiste parue en 1996)
Que veut dire être libre ? Concrètement, la liberté est un pouvoir : celui d’agir ou de ne pas agir. Nous sommes libres quand personne ne nous empêche de faire de notre vie ce que nous voulons et quand personne ne nous impose sa volonté (par la force ou la manipulation). La liberté est d’emblée un rapport social (elle n’existe pas dans la nature mais est une création humaine). Nous ne pouvons être libres là où existe une hiérarchie de commandement et des pouvoirs de coercition : lorsqu’un État nous contraint à effectuer un service national (militaire ou civil) ou lorsque nous sommes à la merci des patrons qui ont tout pouvoir de nous embaucher ou de nous licencier, nous sommes bien entendu toujours “libres” de nous révolter, mais nous ne sommes pas libres, socialement parlant.
Selon la fameuse formule “la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres”, on nous présente la liberté comme quelque chose dont on doit se garder. Elle serait même extrêmement dangereuse car synonyme de “faire tout et n’importe quoi” : “S’ils étaient totalement libres de faire ce qui leur plaît, les humains s’entre-déchireraient dans un chaos généralisé et la vie en société deviendrait impossible”... ! Ce discours n’est pas désintéressé, il permet de justifier le principe de l’Autorité et de transformer la liberté en un “idéal inaccessible”. Elle n’est plus qu’un sujet d’incantation, réservé pour les effets de manches des tribuns politiques. Dans les actes, seules sont tolérées des libertés partielles, cadrées par le Droit et la Loi. La constitution nous autorise la grève bien sage et le droit d’association, mais gare à celui ou celle qui ose s’insoumettre et se rebeller ! Bref, nous sommes tous en liberté surveillée !
En opposition à cette vision réductrice autant qu’hypocrite, les anarchistes ont développé une conception sociale de la liberté humaine. Quand, dans leurs révoltes et leurs luttes, les populations ont exigé la liberté, ce n’était pas une liberté abstraite et philosophique, mais bien une liberté associée au principe égalitaire. Pour nous, la liberté ne peut exister sans l’égalité économique et sociale. Liberté et Egalité sont indissociables. La liberté est pleine et entière quand l’individu, émancipé de toutes tutelles et de toute domination, a la possibilité de construire et d’entretenir des relations volontaires avec les autres. Si être tous libres signifie l’absence de domination, il faut, pour que je sois parfaitement libre, que les autres le soient aussi : la liberté de chacun est la condition de la liberté de tous et comme le disait Bakounine, “La liberté des autres étend la mienne à l’infini”.
Par ailleurs, puisque les individus sont des êtres sociaux, la liberté n’est pas le refus de toutes les contraintes. Pour s’organiser avec les autres, l’individu doit prendre des engagements, établir des arrangements et les respecter. Il atteint sa complète liberté quand il peut choisir ses contrats et en négocier les termes. Enfin, toute censure nous est insupportable car elle suppose un pouvoir, une Autorité pour l’exercer. Si une opinion nous paraît dangereuse, dans ce qu’elle représente et laisse supposer comme actes à venir, on ne résout rien en l’interdisant. Prétendre qu’ "il ne faut pas laisser la parole aux ennemis de la liberté" est le meilleur moyen d’aller vers la dictature.
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