blog - Vannes & alentours
Invité par un enseignant du Bono, pour faire une leçon d'instruction civique [1] aux élèves du CM1, le nouveau député de la circonscription Auray - Quiberon, Philippe Le Ray, s'est présenté comme un "citoyen normal" qui "représente (...) environ 120 000 personnes". (Ouest-France du 26 juin 2012).
Prenons ces paroles au mot et soumettons les à notre examen pour déterminer si cet homme dit vrai ou s’il tente de nous intriguer en donnant une certaine image de sa personne.
Rappelons qu'au premier tour des législatives, notre élu a récolté 15 144 voix, soit un peu plus de 12,5 % des 120 000 humains qu'il prétend représenter. Au second tour, il a recueilli 31 942 suffrages (26,6 % de 120 000 êtres doués de raison… mais dépossédés de leur souveraineté sur les affaires qui les concernent : souveraineté qui est accaparée par le détenteur du chèque en blanc que constitue la délégation sans contrôle à un député, a contrario du mandat impératif préconisé par les anarchistes). On se demande si auprès des jeunes cerveaux du CM1, il a parlé en chiffres bruts du nombre réel de gens qui ont voté pour lui et leur a soumis cet étrange problème mathématique, où dans une prétendue démocratie, dont la règle est le principe dit majoritaire, celui qui parle pour 120 000 personnes ne le fait qu'avec l'accord (et encore, combien ont voté pour cette personne à défaut de quelqu'un d'autre ?) d'un quart des représentés... ? Sans compter qu’un député légifère (décide de ce qui est autorisé ou interdit, de ce qui est bien ou mal au regard d’un certain « ordre ») pour l’ensemble des citoyennes et citoyens : soit plus de 65 millions d’individus en France !
Notre député s'affiche à l'instar de notre bon Président de la République française (que nous préférons appeler "Chef de l'Etat français"), comme un "citoyen normal". Mais il est instructif de lire la presse locale, car dans un article consacré à l'élection du nouveau député, nous apprenons que celui-ci "percevra une indemnité mensuelle de (...) 5189,27 euros net. Il touchera aussi une indemnité de frais de mandat de 6 412 euros par mois et un crédit ouvert mensuellement de 9 138 euros pour la rémunération de ses collaborateurs. Les députés disposent aussi d'un accès gratuit à l'ensemble du réseau SNCF, en première classe". (Ouest-France du 19 juin 2012)
L’article a négligé de préciser qu’au bout de 5 ans de ce mandat, il pourra toucher une retraite de 1 549 euros mensuels…
Ainsi, le concept de "normalité" se mesure à l'aune de cet autre article de la presse locale qu'il nous paraît pertinent de mettre en parallèle : en 2010 le salaire moyen en France s'élevait à 2 082 euros net par mois ; le salaire médian, quant à lui, est à 1 657 euros net (c'est-à-dire que 50 % des salariés gagnent plus, et 50 % des salariés gagnent moins que cette somme). Les 10 % les mieux payés touchaient 3 317 euros (3 663 euros pour les hommes et 2 812 euros pour les femmes), et les 1 % les mieux payés palpaient 7 654 euros nets par mois...
Ajoutons que notre député local, apparenté UMP (mais non adhérent), est également conseiller général du canton d'Auray et conseiller municipal de la commune de Plumergat. Au titre de ces deux tâches [2], il bénéficie de quelques indemnités. Le cumul des "mandats" est un sport national en France puisque les 3/4 des députés les cumulent (Cf le Monde du 27 juin 2012). Il faut croire qu'être chargé d'un mandat occupe peu de temps. En effet, de deux choses l'une : ou cette activité laisse beaucoup de temps libre et il n'est alors pas faux de déclarer que nos élu-e-s n'en font pas une rame quand ils sont porteurs d'un seul mandat, ou alors un "mandat" est une tâche à plein temps… le cumul signifie dans ce cas, s'occuper des affaires par dessus la jambe !
Ainsi, notre citoyen député se revendiquant « normal » fait partie des 1% les plus riches, et ses frais sont pris en charge. Il est des normalités qu'on aimerait partager ! Qu'est-ce que cet individu rompu aux "serrages de louches et oeillades marquées" (Télégramme du 19 juin 2012) peut comprendre au quotidien des gens (la moitié des salariés français vivent avec moins de 1 657 euros par mois, et beaucoup d'entre eux et elles avec beaucoup moins... et leurs frais ne sont pas pris en charge !) ? Voilà un autre problème d’instruction civique qui n’a probablement pas été discuté avec les écoliers…
Dans un monde de riches et de pauvres (maintenus pauvres pour que les riches puissent exister), il n'y a pas d'intérêt général ! Le député est celui de la classe dominante, c’est-à-dire des riches, qu'il porte l'étiquette gauche ou droite. Il n'est d'ailleurs pas rare que des textes législatifs soient conçus en amont par des lobbies efficaces et rompus à la négociation (et aux petits cadeaux qui les accompagnent, lesquels agrémentent le quotidien des élu-e-s éprouvé-e-s par tant de responsabilités...).
Au vu de l'ensemble de ces éléments, chacune et chacun estimera si ce député est bien un "citoyen "normal"...
Si nous avons allumé un député de droite, le feu de notre rage et de notre rejet de cette clique vaut pour toutes et tous les autres, quelles que soient leur tendance. Nous ne leur accordons aucune légitimité. Nous gardons notre entière liberté de parole car nous ne leur avons pas donné notre voix...
[1] C'est-à-dire d'endoctrinement à l'idéologie de l'Etat capitaliste et à sa pseudo démocratie. Le professeur de ce service public a donc bien fait son travail d'endoctrinement pour l'Etat. Il aura certainement une bonne note...
[2] Nous n'osons dire "mandat" car dans la démocratie bourgeoise les mandants (le peuple) n'ont aucun pouvoir sur le "mandaté"... C'est une donc une usurpation du langage que de laisser penser qu'un ou une élu-e serait porteur d'un mandat !