blog - Vannes & alentours
Le mouvement japonais, dit « révolution des hortensias », qui s’oppose au nucléaire et se mobilise chaque semaine, organise un temps fort ce week-end des 13-14 octobre, ne se satisfaisant pas de la position de leur gouvernement lié aux opérateurs atomiques privés, de relancer le « mix énergétique », incluant le nucléaire jusqu’en 2040… En écho, les antinucléaires d'ici se donnent rendez-vous samedi 13 octobre lors de huit manifestations décentralisées sur le sol du pays le plus nucléarisé du monde et grand promoteur de la chose atomique… et de ses gros sous... dont nombre d'entreprises privées profitent. Si Lille, Metz, Strasbourg, Lyon, Narbonne et Bordeaux sont de la partie, regardons de plus près celles de Paris et surtout celle de Laval.
A Paris, il y a deux rendez-vous… signe d’une certaine désunion dans le mouvement antinucléaire. Pour les uns, les partisans de l’arrêt immédiat et définitif du nucléaire civil et militaire, il s’agit de se retrouver devant l’ambassade du Japon sur une base sans ambiguïté et cohérente : « Non au redémarrage du nucléaire au Japon, arrêt partout ailleurs »… et donc pas seulement en France et au Japon, tant nous sommes tous concernés si un accident majeur se produit sur un des sites de la planète. Les autres, regroupés autour du réseau Sortir du nucléaire, se retrouvent Place de la Bastille avec pour mot d’ordre « la révolution énergétique, c’est maintenant »… Ce qui peut signifier se positionner pour un arrêt seulement progressif des réacteurs, étalé sur quelques décennies... ce qui laisse une fenêtre de tir (si l'on ose dire !) pour que se produise une catastrophe. Apprécions tout de même l’expression « révolution énergétique » plus radicale que la position du gouvernement PS-EELV d’une simple « transition énergétique », comprendre qui ménage les intérêts du Capital, le temps que les capitalistes aient suffisamment développé d’alternatives lucratives de toutes sortes (renouvelables ou non).
Mais le gros morceau sera indubitablement Laval qui entend mobiliser tout le « grand ouest ». La Mayenne n’a pas été choisie au hasard par le réseau Sortir du nucléaire, car c’est là que doit s’achever la ligne THT (très haute tension) Cotentin-Maine qui part du réacteur EPR en construction à Flamanville. La ligne THT est le maillon faible de l’industrie nucléaire. De fait, un document confidentiel d’EDF paru en avril 1983 précise « Lorsque les écologistes militants, qui sont aujourd'hui axés sur le nucléaire, prendront dans leur collimateur les lignes HT, la situation risque d'être grave, car si l'on peut protéger les centrales nucléaires par des barbelés et éventuellement des pelotons de CRS, ce n'est pas le cas des pylônes. » La voie à suivre nous est indiquée ! Les déboulonneurs de pylônes s’inscrivent dans cette perspective. Les pouvoirs publics se focalisent d’ailleurs contre ces militants et militantes, n’hésitant pas à les présenter comme des casseurs auprès de l’opinion publique et à les réprimer violemment (Chefresne en juin dernier), trouvant une oreille complaisante dans nombre de médias…
Il y a une dizaine d'années, alors qu'une opposition vive se faisait jour en Mayenne contre la ligne THT, y compris parmi de nombreux conseils municipaux, l'usure, les pressions et la manne financière proposée par RTE (c'est-à-dire l'achat des élus) ont eu raison presque à 100 % de cette résistance. Aussi n'est-il pas impertinent de concentrer des forces à Laval. Les revendications sont multiples : arrêt immédiat des chantiers EPR et THT, fermeture des réacteurs vieillissants (ceux qui dépassent les 30 ans de vie, durée pour laquelle ils avaient été conçus...), arrêt du projet ITER, arrêt de la fabrication du combustible MOX, du « retraitement » des déchets à La Hague, des projets d’enfouissement de déchets radioactifs.
Bien que non associés (volontairement ?) à la préparation assez tardive de cette mobilisation, les anticapitalistes et libertaires s'invitent à ce rassemblement pour rappeler la nécessité de l'arrêt immédiat. Ce mot d'ordre clair nous épargne d'établir une liste alambiquée et hiérarchisée de priorités, comme peut l'être le « catalogue » de Sortir du nucléaire... avec le risque qu'une exigence soit au mieux satisfaite, sauvant la face d'un certain parti de gouvernement mais permettant aux autres problèmes de continuer. D'autant que d’un point de vue technique, un réacteur « récent » peut être plus dangereux qu’un réacteur de 30 ans (par exemple Civaux mis en service en 1997).
Or, outre ses coûts démesurés et constamment sous-estimés (notamment le démantèlement et le traitement des déchets toujours insolubles), « même en fonctionnement ''régulier'', toutes les installations nucléaires sont autorisées à rejeter des particules radioactives qui portent gravement atteinte à la santé des travailleurs et des populations, même très lointaines » (…) « Depuis l’extraction de l’uranium jusqu’aux déchets radioactifs, la pollution de l’air, des sols et des eaux est omniprésente. » (extrait du tract de Sortir du nucléaire). Comment peut-on faire un tel constat et s'arc-bouter sur un arrêt progressif des réacteurs ?
Les victimes de Tchernobyl, de Fukushima, d'Hiroshima, de Nagasaki, des essais nucléaires sont déjà de trop.
L'arrêt immédiat est possible techniquement. Sa rapidité de mise en œuvre est proportionnelle au niveau de conscience et de volonté de la population... et au rapport de force qu'elle créera face à l'Ėtat. En Bretagne, se constitue d'ailleurs une fédération antinucléaire sur cette base. Nous y reviendrons.
Si contre les grands projets d'aménagement capitaliste du territoire (aéroport de Notre-Dame-des-Landes, nucléaire, lignes à grande vitesse, infrastructures portuaires...), une convergence logique des luttes se constate, la jonction avec les luttes sociales reste à construire.
Il ne faudra malheureusement pas compter sur les grandes confédérations syndicales pour être un appui...